Sida : Exiger la justice

Annie Lennox
Ambassadrice Internationale d'Oxfam
Annie Lennox

J'ai rencontré Zackie Achmat pour la première fois au cours d'un dîner plutôt formel en l'honneur de Nelson Mandela, sous la toile d'une grande tente-marquise, où les tables avaient été dressées de manière élaborée et où des femmes en robe de soirée avançaient d'un pas léger autour d'hommes habillés en costume.

L'un des invités se démarquait du reste des convives, arborant un t-shirt noir sur lequel était écrit en lettres blanches, créant un contraste frappant, les mots « HIV positive ».

C'était Zackie... bien entendu.

En Afrique du Sud, et dans les cercles internationaux des défenseurs des personnes séropositives, son nom est quelque peu légendaire. La campagne qu'il a menée pour garantir un traitement sûr aux personnes vivant avec le VIH et le sida l'a mené jusque devant les tribunaux, et l'a poussé à refuser publiquement et personnellement de bénéficier d’un traitement antirétroviral (ARV) tant que celui-ci n'était pas disponible pour toutes les personnes qui en avaient besoin dans son pays.

Il va sans dire qu'il a gagné son combat. Son travail en tant que fondateur de la campagne d'action pour le traitement (Treatment Action Campaign - TAC) a permis de faire une énorme différence pour les 5,2 millions de personnes qui vivent aujourd'hui avec le VIH/sida en Afrique-du-Sud. Notre rencontre fortuite dans la ville de George est à l'origine de ma décision de soutenir TAC et de militer en sa faveur.

En 2003, inspirée par Zackie et le travail du TAC, j'ai lancé la campagne SING pour venir en aide aux femmes et aux enfants qui sont infectés ou affectés par le virus. Ensuite, je suis devenue Ambassadrice mondiale d'Oxfam, afin d'apporter mon soutien à son appel aux Gouvernements pour libérer les 10 milliards de dollars par an nécessaires au travail de prévention, au traitement et aux soins universels du VIH/sida.

De grands progrès ont été réalisés ces dernières années. Les taux d'infection sont en baisse, et un meilleur accès aux traitements a permis de réduire le nombre de décès de 10 % au cours des cinq dernières années. En Zambie, 50 fois plus de personnes qu'il y a six ans bénéficient aujourd'hui d'un traitement grâce à la distribution d'antirétroviraux gratuits. Juste à coté, au Malawi, le gouvernement fournit des ARV aux trois quarts des personnes qui en ont besoin.

Mais les progrès ne sont pas assez rapides.

A travers le monde, l'année dernière, 2 millions de personnes sont mortes de causes liées au sida, tandis que moins de la moitié des 9,5 millions de personnes ayant besoin d'un traitement ARV ont pu en bénéficier. Mais ce qui est le plus difficile à accepter, c'est que ces statistiques ne sont pas inévitables : elles viennent des plus riches qui ne tiennent pas leurs promesses envers les plus pauvres. La nouvelle année étant dans tout juste un mois, il semble que l'Objectif du Millénaire pour le développement, fixant à 2010 l'accès universel au traitement contre le sida, ne sera pas atteint.

Toutefois, une action rapide pourra réduire le coût humain de ces promesses non tenues. Des investissements supplémentaires doivent être effectués sans plus tarder dans les services de santé publique, dans les pays en développement et dans le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui a prouvé qu'il pouvait sauver des vies.

Alors que les budgets des pays riches se trouvent sous pression à cause de la crise économique, le moment semble assez inopportun pour demander de plus grands investissements. Pourtant, les sommes qu'il a été possible de trouver pour renflouer les banques démontrent bien ce qu'il est possible de faire en réponse à une crise. Et deux millions de morts par an (principalement évitables), cela constitue bien une crise.

Il faudrait aussi mettre à meilleur profit les sommes actuelles.

Les gouvernements devraient faire pression sur leurs sociétés pharmaceutiques nationales afin qu’elles acceptent de créer une communauté de brevets pour les médicaments contre le VIH, ce qui permettrait d'accélérer la mise au point de nouveaux traitements et de faire baisser leur coût. Un certain courage politique sera nécessaire pour défendre l'idée de nouveaux investissements et pour s'en prendre aux intérêts des compagnies pharmaceutiques.

Mais c'est ce qu'exige le courage de Zackie et de nombreux autres militants tout aussi exemplaires.

En cette journée de solidarité mondiale, rejoignez la Grande Promesse d'Oxfam. Demandez aux leaders mondiaux de tenir leurs promesses en matière de santé et d’éducation pour tous, comme celle de procurer un accès universel à la prévention, au traitement, aux soins de santé et à l'appui aux efforts de lutte contre le VIH/SIDA d'ici 2010 

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