Le casse-tête du travailleur humanitaire étranger
Alexandros Yiannopoulos, coordinateur pour Oxfam en sécurité alimentaire et moyens de subsistance en Haïti écrit des blogs pour le site Channel 4 News Online.
Le travailleur humanitaire mène une drôle de vie.
Les funérailles de deux travailleurs d'Oxfam, morts pendant le tremblement de terre, m'ont fait repenser à ce dernier mois passé en Haïti. J'ai commencé à penser aux différences d'opinion vis-à-vis des travailleurs humanitaires et de ce qu'ils font.
Mes amis, ma famille et de nombreuses personnes que je rencontre croient que ce que vous faites en vaut la peine : aider à sauver des vies et à améliorer le mode de vie des Haïtiens.
D'un autre côté, je me souviens d'un entretien qui avait été retransmis par IRIN, le service d'informations de l'ONU : l'on demandait à une dame âgée son point de vue sur les travailleurs humanitaires, et elle a répondu (du mieux que je puisse me souvenir) : « Oui, ils ont l'air de faire du bon travail, ils affirment aider les gens mais tout ce qu'ils font vraiment c'est de conduire leur 4x4 et ils ne s'arrêtent même pas pour me faire monter en voiture lorsqu'ils voient que je suis chargée ! » Comme l'indique ce commentaire, les personnes que nous sommes venues aider nous considèrent peut-être ainsi : riches et probablement arrogants, conduisant nos 4x4 blancs, toujours pressés, sans jamais avoir le temps de nous arrêter et d'écouter les problèmes de chaque personne. Malheureusement, ce tableau correspond parfois à la réalité : souvent, les règles de sécurité nous interdisent de transporter des personnes qui ne font pas partie du personnel ; nous subissons de nombreuses contraintes de temps pendant une urgence ; et aussi, nous devons avoir l'air de nous comporter de manière équitable envers tout le monde, sans signe de favoritisme - ce qui est difficile lorsqu'il se trouve autant de monde autour de nous.
Cela fait partie du casse-tête : nous sommes ici pour « aider les gens » mais en même temps nous sommes limités par nos ressources, nos réglementations et le fait que nous sommes aussi humains. Ainsi devons-nous choisir qui recevra quelque chose et qui ne recevra rien. Même nos actions doivent être minutieusement calculées : par exemple je me rappelle qu'au Sri Lanka nous avons aidé un certain nombre de commerçants, par le biais de dons, à construire un petit magasin et acheter des articles. Il s'agissait d'une idée formidable ; toutefois, dans un quartier, nous avons financé trop de magasins par rapport à la demande, ce qui a entraîné la faillite des deux tiers de ces commerces. Même avec les meilleures intentions, nos actions peuvent quand-même être nuisibles.
Nous subissons aussi un certain nombre de pressions morales et sociales, exercées autant par l'extérieur que par nous-mêmes, au point de nous sentir coupables de nous rendre dans un restaurant ou à la plage pour nous détendre le dimanche. Il s'agit pourtant d'activités normales aussi bien pour les Haïtiens que dans les pays d'où nous venons. Notre situation est délicate lorsque nous vivons dans une zone urbaine qui est aussi la "zone affectée", où tous les groupes de personnes, des plus pauvres aux plus riches, ont été touchés, et que nous sommes venus en tant qu'étrangers pour les aider. Comment gardons-nous le moral, en nous comportant de manière responsable, alors que nous sommes encerclés par les tristes conséquences du séisme ?
Si les funérailles m'ont fait penser à ces questions c'est parce que je ressens de la compassion après la perte de deux collègues, alors qu'en même temps j'étais étranger à ces deux personnes qui viennent de mourir tout comme à la société haïtienne. Je suis un visiteur et, pour beaucoup de personnes ici, un étranger.
Parfois, au cours d'une urgence, alors que vous essayez de faire votre travail le plus vite possible, vous devez prendre du recul, vous rappeler que vous travaillez avec d'autres êtres humains comme vous et les traiter avec le niveau de respect et de dignité qu'ils méritent. Cela peut revêtir la forme d'une simple salutation, de demander à quelqu'un comment ça va ou d'entamer une conversation. En même temps, nous ne sommes pas différents des autres.
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Commentaires
Le casse-tête du travailleur humanitaire étranger
Mon cher, bon jour!Je vous ecris des l´Uruguay. Je fais des documentaires depuis... 30 ans. Ce dont vous parlez m´est familier. Mais... j´ai 57 ans, j´ai donc eu bien plus de temps pour y reflechir... D´autant plus que j´ai grandi au milieu d´une ecole, dans un quartier tres pauvre, en etant la fille du directeur! J´avais donc des chaussures... d´autres non. Je connais bien Haiti, j´ai monté une dizaine de documentaires avec des paysans haitiens de la region de Moneyron, sud ouest du pays. Savez vous que le paysan haitien est un des paysans plus sages du monde, en 1984 ils etaient capables de produire presque 3 tonnes de matiere seche consommable, sans entraint industrielles et presque sans eau? A l´epoque le Institut de Recherches Agronomiques francais a mene une etude approfondie des techniques parmi ces agriculteurs. Je faisait partie du equipe de cinema dirige par Gerald Belkin. Oxfam nous a aide enormement pour financer ces travaux de filmage et montage. C´etait fin de années 80. Mon ami, permettez moi de vous appeller ainsi, les questions que vous posez sont tellement sinceres! merci d´en parler! Evidement j´ai mes propres reponses a ces questions... Et voila que chacun doit trouver une reponse au fond de son coeur... Aimez vous votre tache? Allez y mon vieux... il y aura toujours beaucoup a faire! Un abrazo uruguayo, Silvia