Etre sage-femme au Ghana
Delphine Bedel, chargée des relations médias de la campagne santé maternelle d'Oxfam France, nous donne ses premières impressions lors de sa visite récente d’une maternité dans la capitale du Ghana.
Après avoir passé près d’une heure dans le brouhaha chaotique d’un embouteillage mêlant chaleur moite, poussières irritantes et klaxons anarchiques, j’arrive enfin à l’Achimota Hospital, hôpital de district situé au Nord d’Accra.
Le long couloir sombre de l’entrée principale de l’hôpital débouche sur une vaste cours intérieure ou de nombreux patients attendent leur consultation sur des bancs posés ca et là.
Il est 10h30 et il fait déjà très chaud à Achimota. Sur l’aile droite, une entité un peu à part, les bancs sont occupés uniquement par des femmes enceintes : c’est la maternité.
Les futures mères, jeunes et moins jeunes, sont nombreuses à attendre patiemment dans leurs habits colorés. Nous sommes jeudi : c’est le jour des consultations prénatales. A peine ai-je passé le seuil du bureau que je suis rapidement accueillie par Patricia Conduah, directrice des sages-femmes de l’hôpital.
Patricia a 55 ans et travaille depuis de nombreuses années au Achimota Hospital. En 35 ans de métier, elle a vu naitre de nombreux bébés, et ce dans des conditions souvent difficiles, me confit-elle en m’invitant à pénétrer dans la salle de travail.
Cette salle exiguë est composée de deux lits obstétriques, d’une vielle armoire métallique, d’une table rouillée et de quelques objets médicaux qui, tout comme la couleur rosâtre des lits, témoignent de la vétusté des lieux. Patricia explique que souvent, lorsque les deux lits sont déjà occupés, elle installe un matelas par terre et les mères accouchent à même le sol. « Ce n’est pas l’idéal, mais on n’a pas le choix. On fait avec » ajoute-t-elle.
Au mur, un papier est accroché. C’est la liste du matériel que doivent apporter les futures mères le jour de la naissance : serviettes hygiéniques, vêtements usés, antiseptiques, savon, bassines, etc.
« Nous n’avons pas de matériel et les douches ne marchent pas » m’explique Patricia. Cette liste est donnée aux jeunes femmes lors de la première consultation. Pour la majorité d’entre elles, elles achètent ces fournitures progressivement, une à une. Certaines mettent même parfois les 9 mois de la grossesse à les rassembler. Par ailleurs, si par mal chance une mère est allergique à un des médicaments de l’hôpital, l’assurance ne couvre pas les médicaments supplémentaires et c’est alors à la patiente de les payer.
Lorsqu’en 2008, le gouvernement ghanéen a développé une politique d’accès gratuits aux soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, le nombre des consultations a considérablement augmenté. Entre 2008 et 2009 par exemple, il y a eu 430 000 consultations de femmes enceintes de plus que l’année précédente. Ce qui explique l’engorgement actuel des hôpitaux ghanéens qui ont du mal à suivre cette importante hausse de fréquentation, comme c’est le cas à la maternité d’Achimota qui peut enregistrer jusqu'à 400 consultations par jour, chiffre d’autant plus impressionnant pour un hôpital où il n’y a qu’un seul médecin, 8 infirmières et 20 sages-femmes.
Patricia m’invite ensuite à passer dans la salle de repos. Un son sourd émanant d’un vieux poste de télévision noir et blanc s’abat sur la pièce où huit mères et leur nouveau-né se reposent sur de petits lits usés. « C’est trop petit et tout le temps bondé. Il faudrait au moins une vingtaine de lits supplémentaires » explique-t-elle. Après avoir accouché, les mères restent 8 heures en observation dans cette pièce unique, avant d’être renvoyées chez elles. « Nous n’avons pas de place pour les garder plus longtemps » ajoute-t-elle. Il y a plusieurs années, les hôpitaux n’étaient pas aussi bondés, mais il y avait beaucoup plus de mères et d’enfants qui mourraient pendant l’accouchement.
Aujourd’hui la maternité d’Achimota a eu le plaisir d’accueillir 9 naissances : 7 filles et 2 garçons.
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