OMD : les dirigeants vont-ils se réveiller ou appuyer encore sur « snooze » ?

20 Septembre, 2010 | Santé et éducation pour tous
Irungu Houghton parle à des militants et des citoyens à New York
Irungu Houghton parle à des militants et des citoyens à New York

Premier jour du Sommet des Nation Unies sur les objectifs du Millenium pour le développement, et je me trouve judicieusement dans les rues de New York en train de discuter avec des militants et des citoyens. Sous la bannière de la coalition pour l’Action Mondiale contre la Pauvreté, un rassemblement a été organisé sur les marches du Lincoln Center. J’en ai profité pour dissuader les militants présents de penser que c’est la crise financière mondiale qui est responsable du manque de progrès de la réalisation des OMD.

La communauté internationale s’est engagée en l’an 2000 à atteindre huit objectifs pour le développement, le premier étant la réduction de moitié d’ici 2015 des personnes vivant avec moins d’un dollar par jour. Malheureusement, on est encore loin de ces objectifs et encore plus de ceux concernant la santé infantile et maternelle et la faim dans le monde. Ces dernières semaines, les dirigeants mondiaux ont dit ce qu’il fallait dire vis-à-vis des actions qu’il faudrait entreprendre pour stimuler le développement dans de nombreux domaines - mais toutes ces paroles semblent manquer de conviction. Et ce qu’il manque surtout, de toute évidence, c’est un programme concerté d’action mondiale.

Le fossé entre les aspirations des OMD et la réalité quotidienne de la majorité des populations est causée par le non-respect des échéances et des budgets et l’absence d’actions décisives. Il y a eu du progrès et cela doit nous convaincre qu’il est possible d’atteindre les OMD. Pourtant, ce progrès n’est pas à l’échelle des actions et des investissements nécessaires.

  • Environ 400 millions d’hommes et de femmes se sont peut-être tirés de l’extrême pauvreté mais, en Afrique seulement, ce sont 300 millions qui, en 2010,  vivent encore dans la pauvreté.
  • Les gouvernements africains ont peut-être doublé leurs investissements dans l’agriculture mais l’Afrique importe encore 30 % des denrées alimentaires dont elle a besoin.
  • La mortalité maternelle a baissé dans le monde mais les femmes et filles africaines ont toujours une chance sur 24 de mourir pendant l’accouchement.

Les gouvernements sous pression

Les millions de personnes qui se sont rassemblées pour la campagne Stand up le savent. Elles savent que la tendance des gouvernements à souffrir d’amnésie ou à appuyer sans cesse sur le bouton « snooze » signifie la peine de mort des les plus pauvres et les plus marginalisés. Toutes ces personnes se font entendre pour rappeler aux gouvernements qu’ils ont fait des promesses et se rassemblent pour apporter de nouvelles solutions à de vieux problèmes. Ils se souviennent du plan de croissance des années 80. Un plan qui priorise la croissance sans combattre la pauvreté et les inégalités est clairement à courte vue. Comme le Kenya nous l’a prouvé il y a deux ans, même un taux de croissance de 6 % ne peut empêcher qu’une économie soit mise à genoux par une société de jeunes hommes et de jeunes femmes sans emploi, et sans option.

Les gouvernements se trouvent sous une pression croissante, créée par l’accumulation de la crise financière, des répercussions du changement climatique et des crises alimentaire et du carburant. Et ce sont les personnes les plus pauvres, dans les régions les plus pauvres du monde, qui paient le plus grand prix pour ces crises. En conséquence des crises alimentaire, financière et du carburant, 64 millions de personnes supplémentaires sont tombées dans l’extrême pauvreté en 2010. Ceci vient s’ajouter à la vulnérabilité croissante de nombreuses communautés et à la menace grandissante du changement climatique. L’accumulation de ces pressions vient ralentir, et parfois même annuler, les progrès en matière de réalisation des OMD.

Appuyer sur le bouton « snooze »

C’est dans ce contexte que de nombreux gouvernements préfèrent presser le bouton « snooze » que de tenir leurs promesses envers les personnes les plus pauvres du monde. En 2005, lors du Sommet du G8 de Gleneagles, les dirigeants avaient promis d’augmenter l’aide étrangère de 50 milliards de dollars d’ici 2010, dont 25 milliards devaient être destinés à l’Afrique. Sur ces 50 milliards promis, Oxfam estime que seuls 30 milliards seront donnés. Les 20 milliards manquants ne représentent que 0,0006 % du RNB du G8, et pourtant cela suffirait à scolariser tous les enfants du monde et à empêcher que des millions d’enfants meurent du paludisme. En Afrique, seuls 11 milliards des 25 milliards de dollars promis ont été versés. Il s’agit du continent le plus pauvre de la planète et c’est pourtant là que les donateurs ont été le moins capables de remplir leurs promesses.

Le Document final, qui devra être approuvé pendant le Sommet de cette semaine par les dirigeants, souligne que les gouvernements doivent remplir leurs promesses passées et confie à l’ONU le rôle de vérifier que les gouvernements se portent responsables de respecter leurs engagements. Il propose également que les dirigeants se réunissent de nouveau en 2013 pour faire le bilan des progrès.

Qui agira et qui se cachera ?

Il s’agit d’un bon point de départ mais un plan d’action pour les OMD se fait attendre depuis bien trop longtemps. Il est aujourd’hui temps que les dirigeants qui se réuniront à New-York déterminent exactement comment ils rempliront les promesses faites aux personnes les plus pauvres du monde.

Comme l’avait dit un des plus grands dirigeants américains, « La mesure ultime des qualités d’un dirigeant n'est pas la façon dont il agit en temps de sécurité et de confort, mais plutôt de savoir comment il agit en période d'incertitude et de crise ».

Dans l’attitude de quel président cette citation de Martin Luther King se reflétera le plus ces prochains jours ? Lequel se cachera derrière la crise financière mondiale pour abandonner ses responsabilités ? Nous, les citoyens, devons rester vigilants, crier quand il le faut et apporter notre coopération où nous pouvons.

En savoir plus

Quels sont les Objectifs du Millénaire pour le développement ?

Notre plan de sauvetage pour les OMD