Laos: Le pays le plus bombardé au monde

15 Novembre, 2010 | Conflits et Urgences

Ce n'est pas tous les jours que vous montez à bord d'un petit avion avec une princesse et plusieurs ministres de gouvernement. Mais c'est la situation dans laquelle je me suis retrouvé tôt hier matin. Je suis monté dans un petit avion à l'aéroport de Vientiane, au Laos, avec la princesse Astrid de Belgique, des ministres de Nouvelle-Zélande, du Luxembourg, de Norvège et de Zambie, ainsi que d'autres militants de la Coalition contre les sous-munitions. Le vol de 30 minutes nous a menés dans la province de Xieng Khouang, au nord du pays, pour une visite de reconnaissance VIP – afin de voir la réalité des sous-munitions dans le pays le plus bombardé au monde.

Nous étions tous là pour la première réunion des États parties à la Convention sur les armes – ce qui veut dire que c'est la première assemblée annuelle depuis l'accord sur le traité concernant les bombes à fragmentation. C'est un endroit très pertinent, puisque plus de 2 millions de tonnes de bombes ont été larguées sur le Laos au cours de la « guerre secrète » de l'Amérique, entre 1964 et 1973. Au moins 30 % d'entre elles n'ont pas explosé, et des décennies plus tard, jusqu'à 80 millions de petites bombes à fragmentation non explosées sont dispersées dans le pays.

En descendant de l'avion dans la province de Xieng Khouang, nous étions dans une zone très rurale. On y trouve beaucoup de champs, avec des buffles d'eau et les rizières, et dans la campagne vallonnée s'entrecroisent les champs des agriculteurs et les petites maisons traditionnelles en bois. C'est un cadre doux et paisible, qui cache bien l'héritage meurtrier de l'époque de la guerre, qui est partout – 100 % des villages par ici ont des UXO (munitions non explosées) dans les champs et dans les environs.

Les opérations de déminage sont bien organisées, professionnelles et laborieusement lentes. Nous avons visité le village de Ban Tontai, où, la veille, les hommes et femmes bien organisés des équipes de déminage d'UXO Lao avaient balayé leurs détecteurs de métaux sur le terrain, et creusé délicatement à chaque fois qu'ils avaient un bip, comme un archéologue pourrait creuser un précieux site historique. Excepté le fait qu'au lieu d'objets antiques, les démineurs risquent leur vie en découvrant des sous-munitions mortelles ou « bombies ».

Nous avons marché autour d'un champ où le sol était littéralement jonché de petits trous et de drapeaux, marquant ainsi les sous-munitions dangereuses enfouies quelques centimètres sous la surface. Il devait y avoir 50 munitions dispersées, sur un champ de la taille d'un terrain de basket. Un détonateur était placé à côté de chaque munition, car elles sont trop dangereuses à déplacer. Le BLU 24 est l'une des sous-munitions les plus courantes au Laos, et il y en avait au moins 20 parmi les mortiers, obus et autres munitions non explosées sur ce champ.

À distance, la responsable de l'équipe de déminage a fait les vérifications de sécurité – communiquant par radio à des « sentinelles » postées autour du village, afin de s'assurer qu'aucun villageois n'était à proximité. Puis la Princesse Astrid de Belgique et les ministres de Nouvelle-Zélande et du Luxembourg ont eu l'honneur discutable de déclencher les explosions. Même lorsque vous vous y attendez, la détonation est un choc, comme un énorme feu d'artifice avec des panaches de fumée noire qui tournoient dans le ciel.

Au Laos il y a beaucoup, beaucoup de survivants des munitions à fragmentation. De nombreuses organisations, y compris Oxfam, offrent des formations à de bonnes pratiques agricoles (par exemple, la façon de creuser doucement d'une manière qui ne déclenchera pas une petite bombe, si une bêche la heurte), et il y a des programmes de sensibilisation dans les villages, en particulier pour former les enfants aux dangers, de manière qu'ils comprennent qu'il ne faut pas ramasser les drôles d'objets métalliques, de la taille d'une balle de tennis qu'ils pourraient trouver en jouant. Mais cela prendra de nombreuses dizaines d'années pour débarrasser le Laos de son héritage meurtrier de la guerre.

La Convention sur les armes à sous-munitions est une réussite fantastique, on peut presque palper la fierté de nos collègues laotiens – cette conférence internationale est un énorme événement à organiser pour un pays très pauvre et souvent très marginalisé. Et ils ont bien réussi. Un document final qui définit une vision ambitieuse pour la mise en œuvre du traité, et en augmente le nombre de signataires, est une réussite remarquable.

C'est une fête, mais la réalité de la vie au Laos s'est brutalement rappelée à nous ce matin, lorsque le président de la Conférence du Laos a rapporté encore une histoire tragique, dont la victime est un enfant. Hier, une fillette de 10 ans est morte après que la bombe à fragmentation qu'elle avait ramassée près de son village, dans la province de Bolikhamxay, ait explosé. Sa sœur de 15 ans est encore à l'hôpital, avec des blessures graves.

C'est pour cela que la Convention sur les armes à sous-munitions est si importante. 108 pays l'ont déjà signée, aujourd'hui tous les autres pays doivent faire de même.

Consultez stopclustermunitions.org pour savoir si votre pays a ratifié la convention, et pour participer à la campagne.

Galerie de photos de la Convention sur les armes à sous-munitions