Tribunal sur le changement climatique en Inde : une étape importante pour les victimes

6 Décembre, 2010 | CULTIVONS
Sugna a un bébé de 9 mois. Elle est partie dans la banlieue de Jaipur pour travailler sur un chantier. Photo: Ami Vitale/Oxfam
Sugna a un bébé de 9 mois. Elle est partie dans la banlieue de Jaipur pour travailler sur un chantier. Photo: Ami Vitale/Oxfam

Alors que j’achevais mon précédent article, le Tribunal national des peuples indiens sur le changement climatique allait s’ouvrir. Après plusieurs mois de préparatifs, on a peine à imaginer qu’il s’est achevé il y a plus de dix jours de cela. Voici comment tout s’est déroulé :

Le matin du Tribunal national des peuples indiens sur la crise du climat, à 8h30, le Centre culturel islamique indien situé au cœur de New Delhi était calme et tranquille. Une silhouette solitaire nettoyait le sol près de l'auditorium. Ceci mis à part, rien ne bougeait.

A 9h15, la situation avait déjà pris une toute autre tournure. L’auditorium était en pleine effervescence et à 10h, le tribunal débutait. Les six heures suivantes ont été capitales pour celles et ceux que le changement climatique en Inde a mis en grande difficulté. Le tribunal, composé de juges à la retraite et d’autres personnalités de premier rang, a écouté attentivement les témoignages évoquant à quel point les changements climatiques sont une menace permanente pour la vie et l'avenir des communautés en Inde. Des experts sont également venus témoigner sur les causes de ces changements.

L’histoire moderne de l’Inde se construit autour du développement et de l’innovation. Se défaisant rapidement de son étiquette de "pays en développement", l’Inde travaille aujourd’hui à devenir une "puissance émergeante". Et dans ce contexte, il est choquant de constater qu’un mode de vie, celui des petits exploitants agricoles, qui est la clé de voute de l'Inde est peu à peu en train de disparaître. Les survivants, des agriculteurs autrefois prospères, se voient privés de ressources et doivent aller chercher du travail dans les villes, souvent comme ouvriers sur les chantiers. Ont-ils vraiment d’autres choix quand on sait que la saison des pluies ne dure plus que deux jours alors qu’autrefois elle s'étalait sur quatre mois ?

C’est une histoire similaire qu’a rapporté au tribunal Kotha Bai, de Purampur, au Rajasthan. Aujourd'hui, avec son mari, leurs enfants et petits-enfants, ils doivent aller chercher du travail ailleurs cinq mois de l’année. Souvent les familles sont obligées de dormir non loin de leur lieu de travail, au bord de la route ou sous les ponts parce qu’elles ne peuvent pas s’offrir de logement. Les plus âgés des enfants veillent sur les plus jeunes et donnent un coup de main lorsqu’ils le peuvent. Aucun n’est scolarisé. Cette réalité est insupportable pour une femme qui a travaillé dur pour que ses enfants reçoivent l’éducation à laquelle elle n’a jamais eu accès : en à peine une génération, elle est à nouveau hors d’atteinte. L’éducation fait partie de ces choses innombrables qui sont sacrifiées à cause de l’impact du changement climatique.

Ajay Jha, directeur de l’organisation Pairvi, pense que le tribunal sur le climat permettra aux gouvernements des différents états et de la nation indienne de mieux comprendre les implications et les impacts du changement climatique et de fournir les preuves nécessaires en vue d'engager des poursuites judiciaires sur les responsabilités du changement climatique en Inde comme ailleurs. J’espère qu’il a raison et que cet événement n’est que le début d’un dialogue qui permettra de rendre justice et de soutenir des personnes comme Kotha Bai et sa famille.

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