Pakistan : retrouvailles avec Razia

9 Décembre, 2010 | Conflits et Urgences
Portrait de Razia
La première rencontre avec Razia a eu lieu lors d'une remise de chèques pour aider des déplacés en septembre. Photo : Jane Beesley/Oxfam

Retrouver la trace de personnes rencontrées dans des camps est souvent difficile, notamment quand elles sont retournées dans leur village. Jane Beesley a pu revoir l'une d'elle, Razia, qui raconte son retour chez elle.

Souvent, les gens me demandent si j'ai revu X ou ce qui est arrivé à Y. Cela fait aussi partie, fréquemment, des exigences des donateurs que de suivre quelques personnes et de fournir des informations sur ce qui s'est passé dans leur vie. Mais, avant tout, je veux moi-même savoir ce qui leur est advenu. Il y a quelques temps, j'ai essayé de retrouver trois hommes que j'avais rencontrés début septembre. La mauvaise nouvelle est que je n'y suis pas parvenue ; la bonne est qu'ils étaient rentrés chez eux, bien que je ne sois pas certaine de ce qui les attendait.

Razia est une jeune femme que j'ai rencontrée alors qu'elle venait recevoir un chèque lors d'une distribution d'argent par Oxfam. Elle vivait dans une école avec ses deux enfants. Sachant que les gens avaient quitté les écoles, je pensais n'avoir que peu de chance de la retrouver, particulièrement après avoir appris qu'elle était retournée dans son village, lequel pouvait se trouver n'importe où. Après quelques recherches et grâce à la bonne volonté d'Oxfam et de son partenaire PDI (Participatory Development Initiatives), on a retrouvé son nom sur la liste de l'un des villages où nous continuons à suivre les habitants afin de les aider. Et son village, Sevro, n'était pas très loin.

Une maison en ruine, le ciel pour seul toit

 Jane Beesley

Il ne reste plus grand chose du village de Razia. Les champs sont encore inondés et c'est tout juste s'il y a encore une maison qui tient debout : quelques murs ici et là, mais aucune bâtisse complète. La maison de Razia, elle, n'est plus qu'un tas de gravats. La jeune femme et ses enfants dorment dehors, puisqu'ils n'ont toujours pas d'abri. "Nous sommes retournés dans notre village il y a trois jours, raconte Razia, mais mes enfants sont très petits et je dois faire face à beaucoup de problèmes. Il n'y a rien dans mon village. Nous n'avons aucune ressource. Pas de maison. Pas d'abri. Pas de latrines. Pas de travail."

Cinquante familles sont retournées à Sevro jusqu'à présent et quelques autres sont encore dans des camps, leur maison étant toujours sous les eaux. Razia raconte comment s'est passé le retour : "Quand nous sommes arrivés et que nous avons vu notre village, nous nous sommes mis à pleurer et les enfants eux aussi ont commencé à pleurer… Notre village avait été détruit et on aurait dit un cimetière. Nous avons essayé de construire un petit abri mais c'est très difficile. Et les enfants pleurent parce que nous dormons à la belle étoile et qu'ils se font piquer par des nuées d'insectes."

Plus un sou

 Jane Beesley/Oxfam

Je lui ai demandé comment elle avait dépensé l'argent qu'elle avait reçu d'Oxfam ; une petite somme destinée à aider les gens durant deux ou trois semaines. "Une fois ce don reçu, j'ai dépensé tout l'argent pour acheter des médicaments et des vêtements pour les enfants. Tout a été dépensé très vite et je n'ai pas pu sauver le moindre roupie."  

En septembre, Razia m'avait dit que son mari était malade et se trouvait dans une clinique. Il est maintenant guéri mais est parti. "Mon mari est à Karachi. Il a trouvé du travail comme ouvrier manuel." Une fausse bonne nouvelle. "Nous avons trop de dettes. Il travaille pour les rembourser mais je ne sais pas comment il va faire… Nous avons beaucoup de soucis et n'arrêtons pas d'y penser." Comme des milliers d'autres personnes, Razia a tout perdu à l'exception de sa petite famille et de quelques affaires. "Tout ce que nous avions, comme les vêtements et les ustensiles, ont été perdus. Et nous n'avons pas le moindre sou. L'argent que nous recevons part entièrement pour rembourser nos dettes." 

Les dettes : un problème majeur pour les paysans

 Jane Beesley/OxfamRazia a peu de chance de trouver du travail, comme elle le souligne elle-même : "Je viens seulement du village, je ne suis jamais allée à l'école… Je n'ai reçu aucune éducation."

Pour de nombreuses personnes comme Razia, les dettes représentent un problème majeur. Des millions d'agriculteurs qui ne possèdent pas de terres et vivaient déjà dans la pauvreté avant les inondations creusent un peu plus leurs dettes, empruntant encore plus pour échapper aux inondations, satisfaire leurs besoins essentiels quotidiens ou reconstituer leurs moyens de subsistance. Ils doivent bien souvent payer des intérêts de 10% par mois. Et nombre d'entre eux se voient refuser d'autres prêts, n'ayant pas pu rembourser leurs dettes contractées avant les inondations en raison des pertes de récolte cette année. Avec autant de paysans qui doivent de l'argent à leurs propriétaires, le risque est grand que les plus pauvres retombent dans le "travail gagé", au service de leurs usuriers. 

Oxfam, avec son partenaire local PDI soutient aujourd'hui les habitants du village de Razia par le biais d'un programme argent-contre-travail destiné aux hommes (pour nettoyer les décombres) et aux femmes (pour fabriquer des couvertures), la distribution d'abris d'urgence et de kits sanitaires, ainsi que l'approvisionnement en eau, la mise en place d'équipements sanitaires et des programmes d'éducation à l'hygiène.

Jusqu'à présent, Oxfam est venue en aide à 1,4 million de personnes, leur fournissant de l'eau potable, des kits et des équipements sanitaires de même que de la nourriture et des objets usuels.

Photos/texte : Jane Beesley/Oxfam

En savoir plus

L'action d'Oxfam au Pakistan

Inondations aux Pakistan : La situation et la réaction d'urgence d'Oxfam

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