Pour que les pays les moins avancés prennent enfin leur envol

11 Mai, 2011 | Général

Barry Coates, le directeur exécutif d’Oxfam Nouvelle-Zélande, participe à la 4e conférence des Nations unies sur les Pays les moins avancés (PMA) qui se déroule jusqu’au 13 mai à Istanbul, en Turquie. La conférence vise à trouver des solutions aux problèmes qui entravent le développement des 48 pays les plus pauvres au monde. Barry souligne les problèmes clefs que cette conférence se doit de traiter et pose une question essentielle : pourquoi un milliard de personnes souffrent aujourd’hui de la faim dans le monde ? 

Alors qu’en Nouvelle-Zélande, on se réjouit de la hausse du prix des produits laitiers qui relance une économie néo-zélandaise en berne, songeons un instant à ceux qui souffrent aujourd’hui. Dans les pays pauvres, cette année aura été rude pour les 44 millions de personnes qui souffrent de la faim depuis la brusque hausse des prix alimentaires en juin 2010. Ce sont 4 millions de personnes de plus, qui, chaque mois, souffrent de la faim, soit presque l’ensemble de la population de la Nouvelle-Zélande. Pour ceux parmi nous qui ont déjà vu de leurs yeux la souffrance liée à la faim chronique et ses effets sur les enfants, une seule personne souffrant de la faim dans le monde, c’est déjà trop.

La faim dans le monde est le fruit de l’injustice et non des pénuries alimentaires

La tragédie réside dans le fait que nous disposons d’assez pour nourrir tous les êtres humains sur Terre – et pourtant presqu’un milliard de personnes souffrent continuellement de la faim alors qu’un nombre identique sont obèses. La faim dans le monde est le fruit de l’injustice et non la conséquence des pénuries alimentaires. Les gens souffrent de la faim parce que leurs terres leur ont été volées et leur eau allouée à d’autres. Les produits des agricultrices et des agriculteurs locaux ne peuvent pas venir concurrencer les produits subventionnés importés des pays riches. Le crédit et l’éducation sont refusés aux femmes. Les gouvernements des pays en développement et les donateurs n’ont pas intérêt à investir dans les petits agriculteurs et petites agricultrices. De plus, le changement climatique a créé des conditions météorologiques instables entrainant de mauvaises récoltes. 

Les prix alimentaires sont une fois de plus à la hausse, dépassant les niveaux atteints pendant la crise de 2007-2008 qui avait fait passer le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde au-dessus du milliard en 2009. L’année dernière, les prix de beaucoup de denrées alimentaires ont connu une forte hausse. Les prix du maïs, du blé et du sucre ont ainsi tous augmenté de plus de 20%. Cette hausse des prix est une réelle catastrophe pour les personnes qui dépensent plus de la moitié de leurs revenus en nourriture. Imaginez devoir choisir entre manger suffisamment, envoyer vos enfants à l’école ou vous rendre chez le docteur. Ce sont des choix que personne ne devrait avoir à faire. 

Réduire de moitié le nombre des Pays les moins avancés

Cette semaine représente une opportunité de traiter les problèmes de fond du système alimentaire mondial et les questions liées à la pauvreté qui y sont associées. La 4e conférence des Nations unies sur les Pays les moins avancés (PMA), les 48 nations les plus pauvres et les plus vulnérables, se déroule à Istanbul du 9 au 13 mai. De nombreux et nombreuses responsables au niveau mondial seront présent e s, notamment Ban Ki-Moon et Helen Clark, et 39 chef-fe-s d’Etat, principalement des pays les plus pauvres (le gouvernement néozélandais envoie uniquement le directeur exécutif de notre ONG).

Ensemble, ils et elles vont examiner un plan d’action pour les prochaines décennies. Le but visé n’est pas seulement de s’assurer que les plus pauvres ont assez à manger, c’est également de s’assurer que ces personnes ont accès à l’eau potable, à un travail, à une éducation, à des soins de santé de base et à d’autres droits humains essentiels. Oxfam plaide en faveur d’une diminution de moitié du nombre de PMA dans la prochaine décennie, une première étape avant la disparition complète de la catégorie des PMA. 

Cela représente un grand défi. En 1971, les Nations unies avaient identifié 24 PMA. Quatre décennies plus tard, les pays riches se sont considérablement enrichis et le nombre de pays identifiés comme "pays les moins avancés" a doublé. Sans surprise, 33 sont en Afrique mais il y en a également 9 en Asie, un dans les Caraïbes et cinq dans le voisinage de la Nouvelle-Zélande (les îles Salomon, Vanuatu, Tuvalu et Samoa). En bon voisin, fier de notre identité liée à l’Océan Pacifique, nous devrions être décidés à nous assurer que ces nations de l’Océan Pacifique sortent de la catégorie des PMA au cours de la prochaine décennie. 

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Comment faire ? C’est l’une des principales questions qui sera abordée lors de la conférence. Il est crucial que ces pays, où le nombre de jeunes est très élevé, créent des emplois et des perspectives économiques. Bien que les PMA abritent 15% de la population mondiale, ils ne sont responsables que d’1% des exportations au niveau mondial. Dans certains cas, les chiffres montrent une bonne croissance économique mais celle-ci résulte souvent de l’exploitation des ressources minières et du pétrole, de la destruction de forêts ancestrales et du pillage des stocks de poissons. Ces matières premières sont ensuite exportées telles quelles, c’est-à-dire non transformées. Ce modèle de croissance n’est ni viable ni équitable. La ruée pour l’exploitation des ressources alimente la corruption, exacerbe les conflits et apporte peu de bénéfices aux personnes pauvres et défavorisées. 

Le changement climatique s’attaque à la production alimentaire

La conférence sur les PMA devrait également envoyer un message fort en pointant du doigt le fait que les plus pauvres seront durement frappés par les conséquences du changement climatique, si un accord juste, ambitieux et contraignant ne voit pas rapidement le jour. L’heure tourne et la période du premier engagement du protocole de Kyoto arrive à sa fin alors que les concentrations de gaz à effet de serre augmentent de plus en plus vite dans l’atmosphère. Ce ne sont pas seulement nos voisins de l’Océan Pacifique qui en pâtiront, ce sont également d’autres petites îles. Le changement climatique incontrôlé frappera durement la production agricole dans le monde en développement, ce qui aura des effets que l’on peut d’ores et déjà prévoir sur la faim dans le monde. 

Un changement durable ?

Un parfum de changement flotte dans l’air. Avec des mouvements démocratiques qui y fleurissent, le Moyen-Orient s’est rallié à un processus qui s’est déroulé en Afrique et à travers le monde en développement lors de la décennie précédente. Mais un changement durable nécessite une volonté forte de la part des nations riches et une réelle aide de leur part. La réunion des responsables mondiaux à Istanbul pourrait marquer un tournant, à condition que ces derniers fassent preuve de clairvoyance et de courage,. 

Nous vivons dans un monde marqué par de profondes inégalités. Voulons-nous aider les personnes marginalisées à s’en sortir ou continuer à les piétiner ? Il est temps de les aider à prendre leur envol. 

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