Un vieil homme le long d'une piste, au milieu de la savanne.
Le référendum au Sud Soudan s'est déroulé pacifiquement, mais la région d'Abyei est aujourd'hui en proie à la violence. Photo : Alun McDonald/Oxfam

Soudan : qu'est-ce-qui attend la région d'Abyei ?

8 Juin, 2011 | Conflits et Urgences

Alors que les organisations humanitaires et l'ONU s'efforcent de répondre aux besoins immédiats des personnes qui ont fui les violences, Oxfam appelle le Conseil de sécurité de l'ONU à s'assurer que la priorité de la nouvelle mission de maintien de la paix au Soudan est bien de protéger les civil e s de possibles violences.

Les tensions sont fortes au Soudan, où une poussée de violence dans la région frontalière d'Abyei a entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes et  suscité la crainte du déclenchement d'une véritable guerre.

Le Sud Soudan deviendra le plus jeune pays du monde dans tout juste six semaines. Jusqu'ici, les médias du monde entier ont souligné l'incroyable réussite du référendum pour déterminer l'avenir du Soudan qui s'est déroulé sans heurts en janvier 2011. Les résultats de ce vote, qui était une disposition clé de l'Accord de paix de 2005 qui a mis fin à deux décennies de conflits, ont été largement en faveur de la sécession et les Soudanais et Soudanaises du Sud se sont préparés à ce qu'ils espéraient être un jour d'indépendance pacifique.

Pourtant, avec la violence à Abyei – l'une des régions les plus frappées lors du conflit, longtemps vue comme l'une des principales poudrières – la situation sécuritaire est à couteaux tirés. Le conflit à Abyei arrive au moment où le Sud Soudan connaît son année la plus violente depuis la fin de la guerre civile en 2005. Sans même tenir compte de ces récents événements, plus de 1 400 personnes ont été tuées au Sud Soudan cette année – déjà plus que sur l'ensemble de l'année 2010 – et au moins 117 000 ont fui leurs maisons alors que les violences ont augmenté de façon dramatique ces derniers mois.

Abyei elle-même a été le théâtre de conflits de nombreuses fois depuis la signature de l'Accord de paix. En mai 2008, plus de 50 000 personnes ont fui Abyei et une importante partie de la ville a été détruite par les affrontements et les pillages. Il y a tout juste deux mois, en mars, cette année, plus de 150 personnes ont été tuées et au moins 25 000 personnes ont fui car elles craignaient pour leur vie.

Une des régions les plus pauvres au monde

Le Sud Soudan est déjà l'une des régions les plus pauvres et les moins développées du monde. Moins de la moitié de la population a accès à l'eau potable et les taux de mortalité maternelle sont parmi les pires au monde. Il n'y a presque pas de routes goudronnées dans la région et pendant la période des pluies beaucoup de zones sont coupées du monde pendant de longs mois, rendant l'acheminement d'aide humanitaire quasiment impossible. Environ 97% des femmes ne savent ni lire ni écrire (l'analphabétisme touche globalement 80% des adultes) et un enfant sur sept meurt avant son cinquième anniversaire. Depuis que l'Accord de paix a été signé, le Sud a connu des violences, des inondations et la sécheresse. Pourtant, sa population a fait des avancées remarquables avec l'aide des Etats-Unis et d'autres donateurs internationaux. Oxfam travaille dans le Sud depuis 27 ans, fournissant de l'eau et des installations sanitaires, intervenant face aux crises humanitaires et renforçant les moyens de subsistance. 

Pourtant les gains du développement peuvent être très facilement balayés par un conflit. C'est pourquoi Oxfam appelle le Conseil de sécurité de l'ONU, qui est actuellement en train de revoir le mandat de la mission de maintien de la paix, la Mission préparatoire des Nations unies au Soudan (Minus), à s'assurer que la protection des civils est bien la priorité de la nouvelle mission. Cela implique que la mission ait un mandat sous le Chapitre 7 de la Charte des Nations unies

La mission de l'ONU doit être renforcée

Dans le passé, la mission de maintien de la paix de l'ONU a éprouvé des difficultés et a parfois échoué à protéger les populations du Sud Soudan des violences. Le Conseil de sécurité a aujourd'hui la chance de pouvoir rectifier le tir. Oxfam plaide pour une nouvelle mission de maintien de la paix qui poursuive son mandat après l'indépendance, pour déployer plus de troupes dans les zones de frictions et pour répondre rapidement si des incidents se produisent. Les casques bleus devraient être en mesure d'effectuer plus de patrouilles de longue distance et de passer plus de temps à s'entretenir avec les communautés à risque. Une meilleure surveillance de la part du personnel civil des violations des droits humains et des zones de conflits potentiels est également nécessaire.

En réaction à la dernière éruption de violence, les organisations humanitaires et l'ONU apportent leur aide pour subvenir aux besoins essentiels des personnes ayant fui, beaucoup avec très peu de choses voire rien du tout. Mais le début de la saison des pluies risque de compliquer le travail des organisations humanitaires qui tentent d'atteindre les personnes ayant fui les violences. 

De plus, afin de répondre aux besoins des personnes affectées par les violences, la communauté internationale doit accroître ses efforts pour empêcher la situation sur le terrain d'empirer. La Minus n'a pas la capacité d'intervenir physiquement entre les deux parties mais elle a un mandat pour protéger les civil e s de la menace imminente de violences. 

Ce texte a été initialement publié par Oxfam Amérique (USA)

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