Plus jamais : une charte pour éradiquer la faim

Ed Pomfret

Publié par Ed Pomfret

Oxfam International, Responsable de campagne pour la Somalie
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La sécheresse touche actuellement 13 millions de personnes en Afrique de l'Est et, selon l'ONU, 750 000 personnes risquent de mourir de faim au cours des prochains mois en Somalie. Dans ces circonstances, il n'est que trop facile de céder au fatalisme. Pourtant, un groupe d'ONG, dont Oxfam, Save the Children et ONE, a publié "une Charte pour éradiquer la faim" énonçant des mesures que les gouvernements et les dirigeant-e-s de la planète doivent prendre pour remédier aux causes profondes de cette crise.

Nous prions les gouvernements de prendre les mesures suivantes :

  • Apporter les bonnes réponses en amont : la crise actuelle en Afrique de l'Est était largement prévisible, mais les signaux d'alarme ont été ignorés. Une alerte précoce doit entraîner des actions précoces pour prévenir la répétition à l'infini de tragédies en Afrique de l'Est.
  • Soutenir la production alimentaire locale : soutenir les petit-e-s agriculteurs-trices locaux-les et les propriétaires de bétail est l'une des meilleures protections contre les crises alimentaires, les conséquences du changement climatique et la flambée des prix alimentaires. Les gouvernements doivent veiller à ce que les producteurs-rices locaux-ales de denrées alimentaires reçoivent le soutien nécessaire pour pouvoir jouer le rôle de garde-fous contre les chocs financiers et environnementaux.
  • Rendre la nourriture abordable : la montée en flèche des prix de denrées alimentaires et du pétrole ont amplifié la crise actuelle, rendant la nourriture de base inabordable pour des milliers de personnes. Les gouvernements doivent constituer des réserves alimentaires d'urgence et limiter le recours à des interdictions d'exporter des aliments pour éviter les envolées des prix alimentaires.
  • Protéger les plus pauvres et les plus vulnérables : des millions de personnes dans le monde luttent pour leur survie. Les gouvernements doivent créer et financer des filets de sécurité sociale et investir suffisamment pour assurer aux plus pauvres les mêmes protections et services qu'aux plus riches.
  • Réduire les conflits armés : la violence est l'une des principales causes de famine. Les gouvernements doivent s'engager à autoriser et assurer l'accès des organisations humanitaires aux zones où les conflits entravent le développement. Ils doivent également déployer tous les efforts diplomatiques pour aider à résoudre les conflits et réduire les violences armées. C'est une condition sine qua non.

Un tel programme permettrait de considérablement réduire le nombre de victimes de la sécheresse et, très probablement, de prévenir les taux de mortalité amenant l'ONU à déclarer l'état de famine.

Passer de la rhétorique à l'action

Le plus affligeant est que de nombreux gouvernements dans le monde se sont déjà engagés à mettre en œuvre des déclarations, des programmes et autres cadres d'action censés régler ces questions. Pourtant, comme toujours, un fossé sépare la rhétorique et l'action. Dans la région, des initiatives lancées dans le sillage des précédentes crises de la faim ont donné aux plus vulnérables un coup de pouce supplémentaire leur permettant de résister à une pénurie de denrées alimentaires ; ce sont autant de preuves que, dans la crise actuelle, des mesures concrètes peuvent sauver la vie de milliers de personnes. L'Afrique de l'Est demeure néanmoins confrontée à un problème colossal.

Samedi, le Premier ministre du Kenya, Raila Odinga, est devenu le premier dirigeant mondial à signer la Charte pour éradiquer la faim. À la conférence de presse, il était accompagné de Valérie Amos, cheffe du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, ainsi que de Bob Geldof et Michael Elliot de la campagne ONE. S'apprêtant à signer la charte, Raila Odinga s'est insurgé contre le fait de "laisser des gens souffrir et même mourir de faim à cause d'une famine évitable" et a confirmé son "soutien ferme à une initiative mondiale susceptible de rompre le cercle vicieux de la sécheresse et de la famine qui ravage périodiquement la Corne de l'Afrique". Nous espérons que d'autres gouvernements et chef-fe-s d'État vont à présent suivre son exemple et faire preuve du leadership dont le monde a besoin pour rompre ce cercle vicieux.

Bob Geldof a opposé son "peu de foi dans les chartes" à la "monstrueuse horreur de ce qui se passe dans la Corne de l'Afrique", s'alarmant que l'on puisse "négliger cet énorme problème humain". Dans cet esprit, il a insisté sur la nécessité que l'ONU, l'Union africaine et l'Union européenne adoptent la charte "et agissent sans plus tarder, car le coût d'assurer la sécurité des citoyens de la Somalie, du Kenya et de l'Éthiopie est négligeable". Nous voulons que les responsables politiques du monde entier souscrivent à cette charte et promeuvent le changement de sorte que de telles souffrances ne se reproduisent plus jamais.

Télécharger la Charte pour éradiquer la faim (pdf, 55 Ko)

En savoir plus sur l'action humanitaire d'Oxfam face à la crise alimentaire en l'Afrique de l'Est

Vidéo (ONU) : Raila Odinga, premier ministre du Kenya, devient le premier dirigeant mondial à signer la Charte pour éradiquer la faim