Photo de Gebre Kiros Teklehaimano
Gebre Kiros Teklehaimano fait partie des premiers agriculteurs à avoir été indemnisés dans le cadre de cette assurance sur les aléas climatiques. Photo: Oxfam

Éthiopie : première indemnisation d'agriculteurs assurés contre la sécheresse

25 Novembre, 2011 | CULTIVONS

Une sécheresse dévastatrice sévit dans plusieurs régions de l'Éthiopie. C'est donc avec soulagement que des agriculteurs ayant souscrit une nouvelle assurance contre les aléas climatiques, à l'instar de Gebre Kiros Teklehaimanot, ont perçu ce mois-ci des indemnités – les premières versées depuis le lancement du programme.

Gebre Kiros Teklehaimanot participe au programme Harita d'Oxfam, lequel permet aux agriculteurs les plus pauvres du pays d'assurer leurs cultures contre les aléas climatiques. Cette année, plus de 13 000 paysans et paysannes ont ainsi pu offrir à leurs familles une rare forme de sécurité. Les 1 891 agriculteurs des sept villages les plus touchés par la sécheresse vont se partager 17 392 dollars d'indemnités.

"La dernière saison des pluies a été mauvaise et nous n'avons pas produit autant que nous espérions, témoigne Gebre Kiros Teklehaimanot. Ces indemnités sont donc un bienfait pour nous. Nous savons qu'elles ne couvriront pas toutes nos pertes. Mais du moins pourrai-je, quant à moi, payer le prêt que j'ai contracté pour acheter des engrais."

Lancé en 2008 en collaboration avec plusieurs partenaires, dont la Relief Society of Tigray, ce programme vise à renforcer la résistance des agriculteurs au changement climatique. Il s'agit non seulement de les assurer, mais aussi de faciliter l'accès au crédit, favoriser l'épargne et réduire les risques du changement climatique grâce à des pratiques perfectionnées de gestion des terres.

Au-delà de l'aide d'urgence

"Ce projet dépasse le cadre de l'aide d'urgence. Il renforce la confiance des agriculteurs et les encourage à prendre des risques afin d’améliorer leur productivité, explique Gezachew Gebru, représentant du ministère éthiopien de l'Agriculture. Nous devons inciter davantage d’agriculteurs à se joindre à cette initiative et rendre l'assurance accessible à tous."

Ces premières indemnités posent un jalon important d’une initiative qui, en partenariat avec le Programme alimentaire mondial, devrait s'étendre à trois autres pays, dont le Sénégal. Un seuil minimal de précipitations détermine l’activation de l’indemnisation. Depuis le lancement du programme, c’est la première fois que les cotisants reçoivent des indemnités – preuve de l'importance d'investir dans l'avenir. 

Photo de Haile Selasse NegashHaile Selasse Negash ne se réjouit pas tant des indemnités que des bienfaits du programme de la communauté pour la protection de l'environnement.

Pour Haile Selasse Negash, un agriculteur de 48 ans du village de Getskymilesily, l’indemnisation signifie qu’il peut penser à l'avenir et faire des projets, ce qui serait probablement impossible si la sécheresse l’avait privé de toutes ses ressources, comme tant d’autres ces derniers mois. En Afrique de l'Est, plus de 13 millions de personnes sont en proie à la sécheresse et à la crise alimentaire.

"À la saison dernière, il a commencé à pleuvoir, puis plus rien tout à coup. Nous n'avons pas eu une goutte de pluie pendant tout un mois. Les cultures en ont souffert, se souvient Haile Selasse Negash. Avec l'argent que je reçois, je prévois d'acheter des semences pour la prochaine saison."

Travail contre assurance

Haile Selasse Negash ne se réjouit pas tant de l’indemnisation que des bienfaits du programme pour sa communauté.

"Pour moi, le principal avantage ne réside pas dans l'argent que nous recevons, mais dans le travail de restauration et de protection de l’environnement accompli par ceux cotisent à l'assurance en apportant leur force de travail", estime-t-il.

Une grande innovation consiste en effet à permettre aux agriculteurs les plus pauvres, sans un sou en poche, d'effectuer des travaux en paiement de leurs primes. 91 % des 13 195 assurés, soit 12 064 agriculteurs, travaillent sur des projets contribuant à renforcer leurs communautés face aux changements climatiques : plantation d'arbres et amélioration de l'irrigation, par exemple.

"Ce qui fait vraiment plaisir, c'est que les agriculteurs augmentent leur productivité à l'aide de techniques d'adaptation aux changements climatiques et de méthodes de production perfectionnées, se félicite Mandefro Nigussie, sous-directeur régional du bureau d'Oxfam Amérique en charge de la Corne de l'Afrique. Ce programme repose essentiellement sur les agriculteurs et les compagnies d'assurance. Ils doivent travailler main dans la main pour déterminer les conditions de travail optimales qui bénéficieront aux deux parties. Nous savons tous que l'assurance n'est pas, en soi, la réponse. Mais elle stimule la croissance économique du pays ; c'est important."

En savoir plus

Télécharger le rapport (en anglais) : Horn of Africa Drought: Climate change and future impacts on food security

Crise alimentaire en Afrique de l'Est

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