Marguerite Ulysse avec sa fille Neika, née dans un camp deux jours après le séisme. Photo : Caroline Gluck/Oxfam
Marguerite Ulysse porte sa fille Neika, née dans un camp deux jours après le séisme. Photo : Caroline Gluck/Oxfam

Haïti : deux après le séisme, des progrès visibles mais lents

16 Janvier, 2012 | Conflits et Urgences

Deux ans après le séisme qui a frappé Haïti, Caroline Gluck est retournée sur ses pas, là où elle s'était rendue avec les premières équipes d'urgence d'Oxfam. Elle a constaté que les Haïtiens étaient encore confrontés aux mêmes défis mais restaient animés par le même espoir de changement.

Je n’étais pas vraiment impatiente de retourner en Haïti. Il y a deux ans, j’ai fait partie des premières équipes d’intervention d’Oxfam à se rendre sur l’île, trois jours seulement après le tremblement de terre dévastateur qui a fait 220 000 morts et un peu plus d’un million de sans abris.

Les premières impressions ne furent pas bonnes : les décombres jonchent encore les rues et, bien qu’une bonne partie ait été empilée, nombre de bâtiments effondrés tanguent toujours dangereusement entre les nouvelles constructions.

J'ai ensuite retrouvé les camps de tentes. Ce ne sont plus ces abris fragiles faits de lambeaux de vêtements et de plastique que j’avais vus lors de mon premier passage. Ceux-ci semblent désespérément permanents. On dirait que les gens s’y installent pour de bon ; ce qui constituait une réponse temporaire apparaît désormais comme la seule solution à long-terme.

Mais pour des milliers de familles qui s’étaient réfugiées sur des terres privées plutôt que publiques, il n’est même pas possible de rester dans ces camps. Elles sont aujourd'hui menacées d'expulsion, souvent avec violence, par des propriétaires qui n’ont perçu aucun loyer pendant les deux dernières années.

Le chemin parcouru en deux ans

Durant ces premiers jours, j'ai refait le chemin parcouru il y a deux ans. L’ancien bureau d’Oxfam – dont une partie avait été sérieusement endommagée durant le tremblement de terre – a été reconstruit et repeint et est devenu le bureau d’une compagnie privée. L’annexe endommagée est désormais entourée de barrières et les deux étages supérieurs qui s’étaient effondrés ont été retirés.

Le camp établi sur un ancien parcours de golf de la banlieue huppée et verdoyante de Petionville est toujours plein à craquer. Bien que le nombre de réfugiés ait diminué, les gens y vivent toujours les uns sur les autres. Le combat quotidien pour l’accès à des besoins élémentaires (eau potable, un peu de vie privée ou un travail) est resté aussi âpre qu’avant.

La reconstruction en marche

Je suis retournée dans le quartier de Baillergeau, à Carrefour Feuilles. Lorsque je l’ai découverte il y a deux ans, la zone était une des plus dévastées du pays. Près de 90% des maisons avaient été démolies, les débris couvraient et obstruaient les routes alors que des milliers de personnes campaient sur ce qui avait été un terrain de football. Ce camp a disparu. La plupart des résidents sont partis pour s'installer dans des abris de transition, plutôt que de véritables maisons – et une grande quantité de décombres a été dégagée.

La reconstruction est en marche : des camions bruyants, chargés de matériel de construction, fendent les routes étroites, poussiéreuses et balayées par le vent. De nombreuses personnes se sont installées le long des routes pour vendre de la nourriture et d’autres produits de première nécessité dans des petits kiosques. Certains d’entre eux ont reçu l’aide d’Oxfam pour redémarrer leur activité.

Un regard vers l’avenir

C’est à Baillergeau que j’ai retrouvé Marguerite Ulysse. Elle avait donné naissance à une petite fille deux jours après le séisme. Aujourd’hui, deux ans plus tard, elle est à nouveau enceinte. Son bébé, Neika, est devenu une fillette en bonne santé, sociable et espiègle.

Nous nous sommes enlacées puis assises pour discuter. Bien que la vie au quotidien soit très difficile, Marguerite n’est ni pessimiste ni amère, mais plutôt reconnaissante pour l’aide qu’elle et d’autres personnes ont reçu d’Oxfam et d’autres organisations humanitaires.

Elle avoue avoir espéré que le changement se ferait plus rapidement. Mais c’est la dure réalité. Elle se contente de petites choses de la vie : son mari, qui a suivi une formation de policier, a trouvé du travail, ses enfants sont en bonne santé et sa fille aînée va toujours à l’école.

Son plus grand souci reste le logement. Elle voudrait quitter les décombres et la crasse pour s’installer dans une nouvelle habitation qu’ils pourraient appeler « leur maison ». « La chose la plus importante pour moi est l’avenir de mes enfants. Quand je mourrai, je veux être sûre de laisser à mes filles un endroit où elles pourront grandir », me confie-t-elle.

Le courage des rescapés

Les quelques semaines suivantes, j’ai visité d’autres sites où Oxfam et ses partenaires installent des infrastructures d’hygiène et de distribution d’eau dans les communautés et les écoles, développent des activités de promotion de la santé pour lutter contre l’épidémie de choléra, soutiennent le commerce local en octroyant des bourses et dispensant des formations et mettent en place des programmes d’alphabétisation qui ont permis à la population de retrouver leur fierté et d’avoir des projets d’avenir.

Je voudrais pouvoir dire qu’Haïti a beaucoup changé en deux ans, mais je ne le peux pas. Les efforts et les dons pour l’aide humanitaire d’urgence en Haïti ont sans conteste sauvé des vies et permis d’offrir des services de base essentiels, comme la nourriture et l’eau, à des millions de personnes. Mais la lenteur des progrès en matière de reconstruction est un autre débat.

Cependant, la chose qui m’a marquée lors de mon premier passage et qui continue à faire forte impression aujourd’hui c’est cette ténacité, cette énergie, cette créativité et cette intelligence qui habitent tous ces gens – malgré les difficultés et les défis quotidiens. Les Haïtiens sont des rescapés, des battants – réalistes mais pas défaitistes. Ils espèrent toujours un changement et croient dur comme fer que celui-ci arrivera un jour.

En savoir plus

Les recommandations d'Oxfam pour la reconstruction : Haïti – une reconstruction au ralenti : deux ans après le tremblement de terre (janvier 2012)

Rapport d'avancement d'Oxfam à Haiti pour 2011

Deux ans après le séisme : images d'Haïti (diaporama)

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