Rio+20 peut changer la donne

Stephen Hale

Publié par Stephen Hale

Oxfam International, Vice-directeur des campagnes et du plaidoyer
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Le prochain sommet de la Terre prévu en juin offre une occasion rare et idéale pour les dirigeant-e-s du monde entier de s'unir en un front commun en faveur du développement durable – nous ne pouvons pas nous permettre de la laisser passer.

Vous souvenez-vous de la conférence de Montréal sur le changement climatique, en 2005 ? Comme à l'accoutumée, elle a joué les prolongations sur fond de rumeurs d'échec et s'est terminée après une nuit de négociations. En attendant mon avion de retour, à l'aéroport, j'ai vu à la télévision le représentant d'une ONG déclarer, les paupières lourdes : "Aujourd'hui, nous avons sauvé le monde."

C'était faux. Même ceux et celles qui n'avaient pas assisté aux négociations le savaient. Mais rares sont les événements internationaux qui échappent aux superlatifs et autres hyperboles. Le sommet de Rio 2012, également dit "Rio+20", présente donc l'avantage formidable de ne susciter guère d'attentes.

Il est temps d'en vanter les mérites. Rio+20 peut et doit changer la donne. On ne peut toutefois pas envisager de réaliser les avancées nécessaires en matière de lutte contre le changement climatique et la pauvreté, notamment, sans accord mondial. Pour comprendre l'importance et le potentiel de Rio, revenons un instant sur les derniers sommets mondiaux et tentons d'en tirer les leçons.

Ces sommets ne génèrent pas, en soi, de résultats concrets. En 2010, l'adoption par le G20 du "consensus de Séoul pour une croissance partagée" n'a pas assuré la croissance inclusive et durable visée.

Pourquoi importent-ils donc ? Parce que le monde connaît des crises en série et que les sommets peuvent aboutir – et effectivement aboutissent parfois – à l'engagement collectif indispensable pour faire avancer les choses sur le plan national et international. La raison pour laquelle nombre de pays d'Europe et d'ailleurs se sont efforcés de réduire les émissions de carbone et, notamment, ont investi dans les énergies renouvelables tient essentiellement à Kyoto. Gleneagles a joué un rôle crucial dans l'augmentation de l'aide au développement à hauteur de plus de 29 milliards de dollars entre 2005 et 2010. Sans générer directement de résultats concrets, les sommets mondiaux sont une condition préalable à leur réalisation.

Trois enseignements à tirer

Il y a là trois grandes leçons à tirer. Primo, les sommets mondiaux ne débouchent sur de grandes promesses qu'à la demande de la société civile. Secundo, nous devons garder le cap. Traduire les promesses en mesures concrètes passe par des décisions nationales en matière de budget, de réglementation et de législation. La politique intérieure détermine si ces mesures seront prises ou non. Tertio, la réussite d'un sommet ne tient pas uniquement à la teneur de son communiqué final. Nous surestimons souvent l'importance de l'issue officielle, mais sous-estimons celle des coalitions progressistes qui peuvent se former à l'occasion des sommets. En 2010, le communiqué du sommet de Cannes mentionnait à peine la taxe sur les transactions financières malgré la formation d'une coalition internationale de bonnes volontés soutenant une idée dont l'heure est manifestement venue.

Un exemple classique est le dernier sommet de Rio, en 1992. Officiellement, il a abouti à la création de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de la Convention sur la diversité biologique. Mais il a surtout porté le développement durable au cœur des préoccupations. Il n'a garanti aucune avancée concrète dans quelque domaine que ce soit et les résultats obtenus sont très loin de suffire. Mais ce fut un moment décisif. Le monde s'est uni pour fixer des objectifs communs et l'idée que nous entrions dans une nouvelle ère en quête d'un développement durable s'est ancrée dans les consciences des responsables politiques et du public. L'idée que la manne énergétique assurerait notre subsistance peut-être une dizaine d'années encore.

Nous vivons désormais sous perfusion. Une grande partie de la communauté internationale a classé le changement climatique au rang de mission impossible. La quête de durabilité mondiale s'est trouvée reléguée à l'arrière-plan par la crise économique et financière. Comme le dit le slogan de Rio+20, "c'est votre monde". Rien n'est plus important que les thèmes du sommet. C'est l'occasion de nous engager tous ensemble à placer les droits des populations pauvres au cœur des efforts, une occasion qui ne se représentera pas de sitôt. Il nous faut satisfaire les besoins et aspirations de l'humanité en matière d'emploi, d'énergie et de santé sans dépasser la capacité de notre planète à absorber les émissions de carbone ni détruire sa précieuse biodiversité. Autant de questions autour desquelles il convient d'axer nos politiques mondiales et nationales.

Trois étapes à suivre

Pour ce faire, nous devons procéder en trois étapes. Premièrement, nous unir. L'engagement des mouvements sociaux d'Amérique latine et d'ailleurs, d'un vaste éventail de groupes environnementalistes et d'organisations luttant contre la pauvreté, comme Oxfam et la Confédération syndicale internationale, représente un énorme potentiel de mobilisation d'un mouvement fort et uni au sommet de Rio 2012. Le Forum social mondial qui s'ouvrira à Porto Alegre à la fin du mois sera, dans cette optique, une rencontre décisive.

Deuxièmement, exprimer nos revendications haut et clair. Dans le souci de recueillir des contributions utiles hors du cadre du processus officiel de négociation, nos hôtes brésiliens proposent des moyens innovants à cet effet. S'agissant des principaux secteurs sur lesquels le sommet pourrait porter, la sécurité alimentaire et l'agriculture sont souvent citées. Oxfam abonde dans ce sens. Il nous faut des propositions ambitieuses en la matière. La Colombie et le Guatemala, entre autres, proposent que Rio serve de tremplin à l'élaboration d'objectifs de développement durable. Nos revendications doivent faire écho chez nos sympathisants et le grand public et s'imposer comme un moyen de relever le triple défi économique, financier et de la pauvreté.

Troisièmement, nous trouver des porte-drapeaux. Nous devons convaincre les dirigeant-e-s du secteur privé qu'il leur faut abandonner le réflexe de présenter le statu quo sous des semblants de stratégie durable et prendre parti pour des mesures significatives lors du sommet de Rio 2012. Nous devons également convaincre des membres de la communauté internationale de faire de Rio une priorité personnelle. Suite à la visite du président brésilien Dilma Rousseff à Beijing, en décembre, tout indique que le premier ministre chinois Wen Jiabao pourrait y assister.

Le multilatéralisme mondial est en perte de vitesse. Nous devons inciter nos leaders à s'unir pour lutter contre des problèmes communs à tous. Rio+20 n'est qu'un instant T. À l'instar de Montréal en 2005, ce sommet ne sauvera pas le monde et il n'est pas nécessaire de s'y rendre pour y contribuer. Mais il peut et doit changer la donne ; nous avons six mois pour nous en assurer.

Article traduit de l'anglais, initialement publié le 10 janvier 2012 sur le site du quotidien The Guardian

Photo reproduite avec l'aimable autorisation de http://www.flickr.com/photos/inwit/