Photo : Déchargement d'aide alimentaire d'un camion
Le partenaire d'Oxfam, Aldef distribue l'aide alimentaire du Programme alimentaire mondial aux habitants de Jowhar, Wajir, Kenya.

Crises dans un nouvel ordre mondial : le projet humanitaire en danger

1 Mars, 2012 | Conflits et Urgences

En matière d'intervention humanitaire, Oxfam est spécialisé dans le domaine de l'eau, l'assainissement et l'hygiène, communément désigné sous l'acronyme WASH (Water, Sanitation and Hygiene). En 2011, des centaines de travailleurs d'Oxfam ont fourni de l'eau salubre et des installations sanitaires, entre autres secours d'urgence, à des millions de victimes de sécheresses, d'inondations ou de tremblements de terre.

Mais, dans de nombreuses régions du monde, une part croissante de notre aide humanitaire passe par des organisations locales - une part qui s'accroît rapidement. En Afrique de l'Ouest, elle représentait 30 % des dépenses humanitaires d'Oxfam Grande-Bretagne en 2010-11, contre 1 % en 2003-4. D'autres affiliés apportent de longue date un soutien aux organisations humanitaires locales. L'expulsion d'Oxfam Grande-Bretagne et d'autres ONG internationales du Darfour, en 2009, n'est pas un cas exceptionnel. Plus rare est le soutien continu d'Oxfam Amérique aux organisations locales du Darfour qui manquent de ressources financières, font l'objet de pressions politiques et doivent composer avec un conflit armé.

Ces derniers temps, beaucoup évoquent un nouveau modèle d'action humanitaire valorisant plus que jamais les capacités des pays du Sud. Dans son discours d'ouverture de la conférence humanitaire internationale qui s'est déroulée fin 2011, le président de Mercy Malaysia, une grande ONG internationale basée à Kuala Lumpur, a déclaré que le renforcement du rôle des ONG locales et nationales du Sud est le seul moyen de faire face à la multiplication des catastrophes et résulte de la prise de conscience que l'adaptation au changement climatique, la préparation aux catastrophes et la réduction des risques font autant partie de l'action humanitaire que l'aide d'urgence. Il aurait pu ajouter que les fonds reçus des traditionnels donateurs occidentaux, actuellement confrontés à une crise économique, risquent de ne plus augmenter au rythme des besoins humanitaires.


Dans cette vidéo,
Ed Cairns, auteur du rapport,
résume les objectifs et les enjeux de ce document
(version anglaise - pour activer les sous-titres en français, cliquer sur CC)
.


Le centre de gravité du secteur humanitaire se déplace vers le sud

Pour toutes ces raisons, le centre de gravité se déplace vers le sud, une tendance nettement marquée dans nombre de pays. Au Bangladesh, l'État a fourni 52 % de l'aide suite au cyclone Aila en 2009 (contre 37 % dispensée par des ONG internationales et 9 % par l'ONU). Oxfam se réjouit d'une telle évolution tout en reconnaissant les problèmes - éthiques et pratiques - que posera sa conversion progressive en "intermédiaire humanitaire" qui apporte davantage de soutien aux autres acteurs qu'il ne fournit d'aide directe. Son dernier document d'information – Les crises dans un nouvel ordre mondial : le projet humanitaire en danger – présente les deux facettes de cette évolution.

Le renforcement des capacités représente un défi à longue haleine qui ne dispense cependant pas les organisations humanitaires de l'obligation d'agir rapidement en cas de catastrophe. En décembre, le typhon Sendong a fait plus de 1 000 morts aux Philippines. Suite à la catastrophe provoquée deux ans plus tôt par le typhon Ketsana, le gouvernement philippin déployait des efforts considérables pour renforcer ses capacités. Oxfam avait, en parallèle, développé ses activités de soutien aux ONG locales, au détriment de l'intervention directe sur le terrain. Mais si un cyclone touche une région dans laquelle les pouvoirs locaux manquent tout à fait de préparation, comme ce fut le cas à Mindanao en décembre, Oxfam doit mener des opérations plus  lourdes que prévu.

La société civile locale peut jouer un rôle efficace 

De même, les traditionnels acteurs occidentaux de l'humanitaire ont tendance à présumer, généralement à tort, de la lenteur et l'inefficacité des secours locaux. Les sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont à elles seules secouru 45 millions de personnes en 2009. Jusqu'au séisme d'Haïti en 2010, il est régulièrement ressorti des évaluations de crises que les organisations et les donateurs internationaux prêtaient trop peu d'attention à l'action et au savoir-faire locaux. Il y a lieu de se demander, à l'instar d'un de mes collègues d'Oxfam Amérique, pourquoi la communauté humanitaire parvient à s'améliorer dans d'autres domaines, mais pas dans celui-ci.

Même dans un contexte difficile, la société civile locale peut obtenir des résultats. À Ga’an Libah, dans le Somaliland, une organisation locale est venue en aide à des populations pastorales dont les moyens de subsistance étaient au bord de l'effondrement suite à une terrible dégradation de l'environnement. Avec le soutien d'Oxfam, cette organisation a aidé les populations pastorales à construire des terrasses en pierre pour réduire au minimum le ruissellement et a contribué à la redynamisation des pâturages et à la reforestation. Le cheptel s'est étoffé et a gagné en vigueur, et les populations pastorales ont pu utiliser leurs nouveaux revenus pour scolariser davantage d'enfants.

Les difficultés d'opérer dans des États fragiles

Mais intervenir dans des États efficaces, dotés d'importantes capacités et déterminés à secourir  leurs citoyens et citoyennes, est une chose. Opérer dans des États fragiles ou considérés comme illégitimes ou corrompus en est une autre, nettement plus complexe. Chaque situation a ses spécificités. Afin d'orienter ses programmes humanitaires, Oxfam a néanmoins élaboré, en 2011, le tableau ci-après qui récapitule les grands profils d'États et d'interventions internationales.

Rien de tout cela n'est facile. Et, comme le nouveau document d'information l'explique, cela n'a pas toujours coulé de source pour Oxfam non plus. Mais il n'est pas question de revenir en arrière. Le monde humanitaire ne sera plus jamais le pré carré occidental qu'il fut. Les ONG internationales continueront de jouer un rôle essentiel. Il leur incombera toutefois principalement d'œuvrer au renforcement des capacités du Sud. Leur grand défi consistera dès lors à mener de front cette responsabilité et l'intervention lors des nouvelles crises qui n'attendront pas que ces capacités soient suffisamment renforcées.

En savoir plus

Télécharger le rapport :  Les crises dans un nouvel ordre mondial : le projet humanitaire en danger 

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