Des Somaliennes attendent avec leurs enfants devant un centre de soins nutritionnels, à Mogadiscio, Somalie. Photo : Oxfam
Des Somaliennes attendent avec leurs enfants devant un centre de soins nutritionnels, à Mogadiscio, Somalie. Photo : Oxfam

Somalie : l'espoir d'une femme

8 Mars, 2012 | Conflits et Urgences, Justice de genre

Quand on évoque le rôle des femmes dans la société en Somalie, c’est rarement pour faire l’éloge de cet Etat d’Afrique de l’Est. Le pays étant plongé depuis des années dans des conflits et souffrant actuellement d’une grave crise alimentaire, les femmes évoluent effectivement dans un environnement difficile, voire dangereux, dans lequel elles peuvent être vulnérables.

Lorsque des étrangers pensent aux femmes somaliennes, ils les catégorisent généralement parmi les victimes. Mais c’est une vision simpliste. Contrairement à la croyance populaire, il existe des femmes en Somalie qui sont capables de surmonter les circonstances difficiles auxquelles elles sont confrontées. Il existe de nombreuses femmes fortes, compétentes, enthousiasmantes en Somalie. Des femmes extraordinaires à même d’apporter un changement positif dans ce pays troublé.

Fartun Adan est de ces femmes.

Fartun est née et a grandi en Somalie. Elle est aujourd’hui mère de trois filles et vit à Mogadiscio. A la fin des années 1980, son époux, Elman, tenait un commerce d’électronique, qui marchait bien, en ville. Le pays était alors enlisé dans les conflits, comme il l’est aujourd’hui encore.

Alors que les combats s’étendaient des campagnes à la capitale, les emplois se faisaient rares et de nombreux adolescents, sans activité, rejoignaient les milices locales, devenant des enfants soldats.

Fartun, of the Elman Peace & Human Rights Center
Fartun Abdisalaan Adan, du Centre Elman pour la paix et les droits humains

Une aide auprès des anciens enfants soldats 

« C’était devenu normal, pour un jeune de 14 ans, de se promener avec un fusil », raconte Fartun, en évoquant cette période tourmentée.

En raison des conflits, de nombreux hommes avaient fui Mogadiscio et la ville manquait de main-d’œuvre qualifiée. Elman, l’époux de Fartun, a alors commencé à récupérer ces enfants soldats et à les former. En leur fournissant une éducation et une formation professionnelle, il les aidait à se réinsérer dans la communauté. Alors que les combats se poursuivaient, il a créé le centre Elman pour la paix, dont le travail pour aider les anciens enfants soldats a pu véritablement changer les choses.

« Des gens viennent encore me voir aujourd’hui et me disent, les larmes aux yeux, comment mon mari a changé leur vie », rapporte Fartun. 

Malgré cela, les efforts d’Elman pour réintégrer les enfants soldats n’étaient pas du goût de tout le monde. En 1996, l’un des seigneurs de guerre en Somalie n’a pas apprécié que ses jeunes soldats quittent les milices et trouvent des emplois normaux. 

Il a ordonné qu’Elman soit tué.

Réfugiée au Canada

Après sa disparition, la famille d’Elman a repris les opérations du Centre Elman pour la paix, laissant Fartun sans rien. Veuve, sans aucun bien, Fartun a quitté le pays, en tant que réfugiée et a pu partir au Canada avec ses filles. 

En son absence, alors qu’elle se trouvait à l’autre bout du monde, les programmes du Centre Elman pour la paix ont commencé à decliner. Les années passant, Fartun a élevé ses trois filles au Canada, où elles ont pu faire des études. Mais, bien qu’étant en sécurité dans son pays d’accueil, Fartun songeait à sa ville, Mogadiscio et voulait encore aider ses concitoyens, qui continuaient à souffrir, là-bas, en Somalie. 

Retour au pays

En 2007, Fartun est retournée à Mogadiscio.

Reprenant le flambeau de l’organisation, elle a remis sur pied sur les programmes vitaux et l’a rebaptisé « Centre Elman pour la paix et les droits humains ». Compte tenu du grand nombre d’enfants soldats dans le pays, les besoins dans ce domaine étaient réels.  

« Ces jeunes pensent que la seule manière de gagner de l’argent est d’avoir un fusil, de combattre contre d’autres gens », explique Fartun. Après avoir obtenu de l’argent de l’Unicef, sa petite organisation s’est donc de nouveau occupé d’anciens enfants soldats, et a recommencé à leur dispenser des formations professionnelles et à les aider à se réinsérer dans la société.

« D’anciens enfants soldats sont aujourd’hui enseignants, se félicite Fartun. Dans la ville, nombreux sont les électriciens et mécaniciens qui sont passés par nos formations professionnelles. »

Puis est arrivée la famine, qui a commencé à frapper le pays l’an dernier. Des centaines de milliers de personnes affamées ont afflué à Mogadiscio, installées dans des camps bondés, protégées seulement par des abris de fortune, particulièrement vulnérables. Le nombre de cas de viols, parmi les femmes déplacées, a atteint des niveaux alarmants.

Une nouvelle organisation d'aide aux victimes de viols

Continuant de plaider en faveur de celles et ceux qui sont dans le besoin, Fartun a cherché une nouvelle voie pour aider ces femmes. Elle a fondé, avec d’autres personnes, Sister Somalia, une nouvelle organisation venant en aide aux victimes de violences de genre. 

« Sister Somalia est un programme que nous avons créé pour l’assistance des personnes victimes de viols, détaille Fartun. Les viols se poursuivaient, mais personne n’en parlait. » Depuis, cette nouvelle organisation fournit des conseils aux femmes, les aide à trouver un logement sûr et à démarrer leur propre activité. 

Face aux nombreux problèmes que connaît la Somalie, Fartun a plaidé la cause de son peuple au-delà des frontières de son pays. En partenariat avec Oxfam, elle s’est exprimée devant l’Union africaine, sur les droits humains. Elle a également rencontré un représentant de l’Union européenne. Et a même parlé devant un homme politique britannique, un certain David Cameron.

Le chemin pour mettre un terme au conflit en Somalie est loin d’être aisé et reconstruire ce pays qui souffre depuis si longtemps ne pourra être le fait des hommes seuls. Les femmes de Somalie ont un rôle à jouer dans le futur de ce pays, un rôle vital pour son rétablissement.

Entre-temps, Fartun et de nombreuses autres femmes seront là, continuant à faire la différence. Elles continueront à se battre, pour apporter de l’aide à celles et ceux qui en besoin, mener des anciens enfants soldats vers des vies meilleures et plaider pour un avenir meilleur.

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