Maria Heubuch lors d'une manifestation
Maria Heubuch a pris la parole à Berlin lors de la manifestation pour de meilleures pratiques agricoles. Photo : Berit Thomsen

Agriculture durable : pas de changement sans les femmes

12 Mars, 2012 | CULTIVONS, Justice de genre

« Parfois, nous ne réalisons tout simplement pas les conséquences fâcheuses de nos actions dans d'autres régions du monde », affirme Maria Heubuch, productrice laitière allemande. Les producteurs des quatre coins de la planète sont liés les uns aux autres par les marchés et les chaînes de productions. Pourtant bon nombre d'entre eux sont confrontés à un même défi : gagner le combat contre l'agriculture industrialisée.

Maria Heubuch est présidente d'une association de producteurs appelée Arbeitsgemeinschaft bäuerliche Landwirtschaft (AbL, Association des agriculteurs familiaux), qui œuvre en faveur d'une agriculture durable. En janvier 2012, Maria s'est adressée à plus de 23 000 manifestants à Berlin, revendiquant l'amélioration des politiques agricoles en Allemagne et en Europe.

Les petites exploitations menacées par l'agro-industrie

Oxfam Allemagne a également participé aux manifestations. Nous avons fait mieux connaître la campagne CULTIVONS et lancé notre nouvelle exposition sur les conséquences des actions du Nord, actions qui sont souvent à l'origine de la faim et de la pauvreté dans le Sud. Avec Maria, nous militons pour des politiques agricoles équitables. Les gros agriculteurs industriels bénéficient de subventions juteuses en Europe, tandis que les petites exploitations pourtant respectueuses de l'environnement sont lésées. Ces subventions permettent d'écouler du lait et d'autres produits agricoles à des prix bien inférieurs aux coûts réels de production. Conséquence : depuis 1992, la moitié des petites et moyennes exploitations de ce qui était alors l'Europe des 15 ont dû fermer.

Les surplus sont exportés, souvent en direction de pays pauvres du Sud. Là-bas, les agriculteurs sont impuissants face au dumping pratiqué par l'Europe. En Inde, 75 % des producteurs laitiers sont de petits agriculteurs, la plupart des femmes, qui dépendent des revenus générés par la traite de leurs vaches. Avec la destruction des marchés locaux, ils seront nombreux à perdre leur source de revenus et se voir ainsi entraînés dans la pauvreté et la faim.

 

Les femmes pour un changement des pratiques agricoles

Cette situation doit changer. Les femmes ont un rôle de premier plan à jouer pour résoudre le problème de l'effondrement du système alimentaire. Maria prône l'adoption de pratiques agricoles plus durables. Ce qui la préoccupe par-dessus tout, c'est la réduction des impacts sur l'environnement. Sa propre exploitation en est un excellent exemple : elle comporte une petite usine de biogaz où est transformé le fumier de ses quarante vaches. Elle produit quatre fois plus d'énergie qu'il n'en faut à l'exploitation. « Je pense que les agriculteurs devraient tous songer à améliorer leur équilibre énergétique en faisant appel à des techniques écologiques dans leurs exploitations. »

Maria fait remarquer qu'il n'est pas toujours facile pour une agricultrice de convaincre ses confrères et consœurs de changer leurs pratiques. « Pour les femmes, c'est plus difficile, dit-elle. Mais une fois qu'elles ont gagné le respect, on les écoute. » Elle est convaincue qu'il est crucial d'impliquer les femmes à tous les niveaux du plaidoyer en faveur du changement agricole.

En savoir plus

Journée internationale des femmes 2012

Campagne d'Oxfam CULTIVONS

 

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