Photo : Jeremie Kaomba, employé d'Oxfam chargé de protection, lors d'un séminaire au camp de Mpati.
Jeremie Kaomba, employé d'Oxfam chargé de protection, s'exprime devant les membres d'un comité local de protection, lors d'un séminaire organisé au camp de Mpati. Photo : Caroline Gluck/Oxfam

R.D. Congo : instaurer la sécurité là où règne la peur

16 Avril, 2012 | Conflits et Urgences

L'est de la République démocratique du Congo (RDC) est censé vivre en paix. Pourtant, dans la zone de santé de Mweso, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, la vie des populations civiles est tout sauf paisible.

Malgré l'accord de paix signé il y a trois ans, l'instabilité et la violence persistent, la situation humanitaire se détériore et des tensions ethniques couvent, ce qui maintient les populations civiles dans la précarité.

Les vallées luxuriantes et fertiles, ponctuées de terres agricoles formant une mosaïque harmonieuse, offrent un paysage magnifique. Pourtant, la vie dans cette région de RDC où Oxfam mène des programmes de santé publique et de protection, financés par Irish Aid et un fonds multidonateurs de l'ONU, est loin d'être idyllique.

À Mweso, où Oxfam a établi un camp de base, le personnel local m'a expliqué les complexités de la région : rivalités politiques, situation géopolitique du Rwanda voisin, dont beaucoup de migrants ont, de longue date, des liens familiaux au Congo, exactions des militaires, prolifération des milices, accaparement de terres, « taxes sauvages » prélevées par les milices sur les routes et violence généralisée forment un cocktail funeste et empoisonnent la vie des habitants qui endurent un calvaire au quotidien.

Camp de Mpati : des formations pour les comités de protection

Photo of Mpati camp on the top of a hillLe camp de Mpati camp, qui accueille des milliers de déplacés, est situé à proximité d'un front militaire où les combtats se poursuivent.

Un trajet de trois heures au milieu de paysages d'une beauté plus saisissante encore, le long duquel de jeunes enfants nous font signe et poussent des cris au passage de nos véhicules, nous mène à Mpati, où Oxfam organise des séminaires de formation.

La tension y est palpable. On me prévient : je dois faire preuve d'une extrême prudence pour prendre des photos ou filmer. Mpati, un camp abritant des milliers de personnes déplacées, ainsi que des rapatriés et une communauté sédentaire, est l'un de nos points d'intervention les plus sensibles. Arborant leur AK-47, les soldats surveillent tout.

Non loin d'ici, les combats se poursuivent sur un front militaire situé dans les collines de l'autre côté de la vallée.

Les personnels d'Oxfam dispensent des formations aux volontaires de la communauté locale et à des groupes de femmes. Parmi eux, des membres de comités de protection mis en place dans la région avec l'aide d'Oxfam. Leur rôle consiste à sensibiliser la communauté aux droits fondamentaux de la personne, à aider les victimes de violences à accéder à des services et à faire pression sur les autorités locales pour qu'elles prennent des mesures contre les exactions. Ce n'est pas tâche facile quand les habitant-e-s vivent dans la peur.

Photo: A woman holding a child raises her hand in a classroomLes formations portent notamment sur les violences sexuelles et de genres  et le VIH-sida.

Les formations auxquelles j'ai assisté portent sur la violence sexuelle et sexiste et le VIH/sida, deux maux auxquels les communautés locales se trouvent confrontées quasi quotidiennement. Y sont également abordés les problèmes de conflits fonciers, de postes de contrôle sauvages où beaucoup se voient extorquer un « droit de passage », de travaux forcés et d'arrestations arbitraires. Les participant-e-s réfléchissent aux réponses à apporter – même si, compte tenu des risques, seules les mesures les plus limitées mais aussi les plus sûres s'avèrent possibles.

Un matin, j'ai visité un site où Oxfam a installé un point d'eau sécurisé facilitant l’accès à une eau potable. J'ai appris que la conception de tous les points d'eau, soigneusement réalisée en consultation avec les comités locaux de protection, prévoit plusieurs sorties pour que les personnes venues puiser de l'eau, surtout des femmes, puissent s'enfuir en cas d'attaque.

Des changements positifs, mais un climat de répression règne encore

En ville, j'ai rencontré Kanyere (nom d'emprunt), une jeune adolescente qui a intégré le comité local de protection parce qu'elle voulait aider à renforcer la sécurité de sa famille et de sa communauté.

Elle affirme avoir constaté des changements positifs depuis l'arrivée d'Oxfam dans le camp. Selon elle, le travail de sensibilisation mené auprès de la communauté fait lentement évoluer les comportements.

Cependant, le climat de suspicion et de répression est tel que, comme je l'ai appris par la suite, Kanyere a subi un interrogatoire sur sa conversation avec un étranger.

Clairement, il reste encore beaucoup à faire pour que la sécurité ne demeure pas un vain mot. Sans apporter de solution miracle, notre travail de protection aide. Selon l'expression de Fred Delva, responsable Protection d'Oxfam à Mweso, les formations dispensées à différents groupes communautaires et les espaces d'échange et de débat créés sont autant de semences qui, espérons-le, continueront de mûrir et de porter leurs fruits pour le bien de la communauté.

Photos : Caroline Gluck/Oxfam

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