Des bénéficiaires d'Oxfam, district de Dadeldhura, Népal occidental, montrent leurs produits. Photo : Jisu Mok/Oxfam
Les citoyens et citoyennes des pays du Sud doivent s'approprier le processus de définition des nouveaux objectifs du développement.

Prêts pour l’avenir ? La route chaotique vers de nouveaux objectifs de développement

7 Mai, 2012 | CULTIVONS

L’agenda du développement post-2015 (c'est-à-dire post-Objectifs du millénaire pour le développement) doit se concentrer sur des objectifs durables et équitables, qui bénéficieront aux plus pauvres, expliquent Lysa John, experte militante sur les questions de pauvreté, et Stephen Hale, directeur adjoint des campagnes et du plaidoyer d’Oxfam.

La première chose à faire quand on commet une erreur, c’est de s’assurer qu’on ne la refera pas une deuxième fois. Voilà un principe que devraient méditer celles et ceux qui sont en charge d’élaborer les nouveaux objectifs de développement, qui succéderont aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) .

Jusqu’à présent, on voit dans les discussions en cours les mêmes erreurs que la dernière fois. Or les changements géopolitiques majeurs que connaît le monde ne permettent pas d’avoir la même approche qu’en 2000. Il est encore temps de redresser le cap. Le  sommet de Rio+20 n’est que dans deux mois et il sera une première étape importante.

Nous sommes de fervents partisans des OMD. Ils ont été reconnus comme l’un des accords majeurs conclus au sein des Nations unies, générant un soutien et un enthousiasme sans précédent de la part des gouvernements, de la société civile et du secteur privé. Mais ils ont aussi été critiqués : conçus par des pays du Nord, ils ont souvent servi de boussole pour orienter les priorités de l’aide. C’est aussi à l’aune des OMD qu’ont été mesurées les performances des pays du Sud. De ce fait, les OMD ont échoué à s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté. La société civile du Sud est elle aussi critique vis-à-vis des OMD, relevant leur manque d’appropriation par les pays en développement, ce qui a affaibli sa capacité à faire pression et à demander des comptes aux gouvernements, un aspect pourtant essentiel à des changements durables.

Un nouveau processus pour de nouveaux objectifs

Aujourd’hui, les Nations unies et les Etats que cela intéresse se tournent vers l’avenir. Le système onusien consacre beaucoup de temps et d’énergie à concevoir le processus qui amènera de nouveaux objectifs de développement. Les Nations unies cherchent à avoir les contributions des gouvernements, de think tanks, de la société civile. Beaucoup d’entre nous s’inquiètent et craignent que cela ne détourne l’attention de la réalisation des objectifs actuels. Il nous reste trois ans avant l’échéance de 2015 et un effort immense est encore nécessaire pour atteindre les OMD.

Sur une note plus positive, les experts – y compris Jan Vandermoortele, Sakiko Fukuda-Parr, Claire Melamed, Andy Sumner et Meera Tiwari – semblent unanimes à proposer que les nouveaux objectifs de développement et le processus pour les définir mettent l’accent sur une appropriation nationale et la mobilisation des citoyens et citoyennes et se concentrent sur la durabilité, l’équité et l’impact sur les personnes les plus vulnérables.

Pour amener les Etats à un accord et à des actions réelles face aux défis qui attendent le monde en 2015 et pour la décennie suivante, le processus mené par les Nations unies doit refléter ce besoin d’une large appropriation ainsi que la nouvelle répartition des pouvoirs et responsabilités économiques et politiques que nous connaissons aujourd’hui.

Trois points pour éviter de répéter les erreurs du passé :

Cap au Sud

Premièrement, nous devons placer le point de vue des pays du Sud et de leurs citoyen-ne-s au centre des discussions. « Parler de nous sans nous, impossible ! » comme le dit Lawrence Haddad, directeur de l’Institut des Etudes de Développement au Royaume-Uni. Où sont les voix des plus vulnérables dans ce processus ? Jusqu’à maintenant la conversation s’est déroulée essentiellement au Nord, entre gouvernements et think tanks. L’un des succès les plus éclatants des OMD est  le dynamisme des initiatives économiques et sociales dans les pays du Sud. Beaucoup pensent que les pays donateurs ont échoué à tenir leurs engagements en matière d’aide et de véritables partenariats  de coopération définis dans l’objectif fourre-tout n°8 : « mettre en place un partenariat pour le développement ».

C’est un point crucial. Sans une implication et une appropriation bien plus importante sur la prochaine série d’objectifs, aucun accord ne sera obtenu. Les pays en développement et les pays émergents doivent être co-décideurs dans ce processus. Les Nations unies ont prévu de consulter la société civile dans cinquante pays. Mais les organisations et coalitions de la société civile du Sud ont besoin de soutien financier pour les aider à mener à bien leurs propres réflexions et mobilisation sur ces enjeux. Le processus ne doit pas se cantonner à prévoir une simple invitation à une consultation organisée par les Nations unies.

Une indispensable co-présidence

Deuxièmement, la direction de ce processus doit être à la hauteur des enjeux. Des informations récentes laissent penser que David Cameron, Premier ministre britannique, va présider le comité qui conseillera le Secrétaire général des Nations unies sur le futur des OMD. Les médias anglais ont vu là une victoire pour Cameron. Mais ailleurs dans le monde, cela a été vu comme un signe que l’après-OMD est déjà en grand danger. D’autant plus que son entourage a esquissé ses priorités, basées principalement sur la croissance économique au détriment d’objectifs sur l’éducation et la mortalité infantile. Traditionnellement les panels de haut niveau nommés par le Secrétaire général des Nations unies ont toujours été co-présidés par des représentants du Nord et du Sud. Un-e ou des co-président-e(s) doi(vent)t être annoncé-e(s) au plus vite.

Un engouement durable

Troisièmement, nous devons œuvrer pour définir des objectifs à caractère universel, qui s’appliqueraient à tous, engageant les pays du Nord comme les pays du Sud. L’éradication de la pauvreté doit être au cœur des préoccupations et structurer ces futurs objectifs. Mais ils doivent également s’attaquer aux inégalités et aux discriminations dans le cadre des droits humains et faire face aux défis majeurs sur le long terme auxquels le monde est confronté. Il y a un engouement considérable pour les négociations de Rio+20 en vue d’objectifs de développement durables, pour lesquels tous les pays s’engageraient à agir. C’est une perspective enthousiasmante qui pourrait permettre de mettre en place un agenda du développement partagé par tous.

Les Nations unies et les pays donateurs ont un rôle décisif à jouer et doivent agir pour restaurer la crédibilité et rééquilibrer le processus devant mener à la définition des prochains objectifs. Les Nations unies doivent montrer l’exemple et être moteur pour que les pays pauvres et les défenseurs des droits des femmes soient représentés dans la composition et la co-présidence du comité des objectifs de développement.

Les pays donateurs ont eux aussi leur rôle à jouer et doivent aider les voix du Sud à se faire entendre. Nous avons besoin d’une stratégie de partenariat avec les pays les moins développés et les pays à revenus moyen pour inciter les gouvernements et les citoyens et citoyennes à prendre une part active dans la définition des futurs objectifs de développement. C’est de cette façon que nous pourrons faire de Rio+20 une première étape positive sur la route de 2015.

Tribune initialement publiée le 25 avril 2012 sur le site du quotidien The Guardian

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