Des élèves du camp de réfugiés de Damba, au Burkina Faso. Photo: Yaye Fatou Marone/ Oxfam
Des élèves du camp de réfugiés de Damba, au Burkina Faso.

Dans un camp de réfugiés au Burkina Faso (3) : « quel avenir pour nos études ? »

23 Septembre, 2012 | Conflits et Urgences

Le conflit au nord du Mali a poussé plusieurs milliers de réfugiés vers les pays voisins. Du 21 au 23 août, Yaye Fatou Marone, chargée d'information et communication pour Oxfam en Afrique de l'Ouest, s'est rendue dans plusieurs camps de réfugiés maliens au Burkina Faso, afin de mieux connaître leur situation et de défendre au mieux leurs intérêts. Elle relate ses rencontres avec des femmes, des enfants et des hommes contraints du jour au lendemain de tout quitter - maison, travail, école - en quête d'un minimum de sécurité. Troisième et dernier volet d'une série de trois articles.

La population du camp de réfugiés de Damba, au Burkina Faso, compte de nombreux élèves et étudiants. Il y a une école primaire avec trois salles classes, sous des tentes qui ont déjà été érigées dans le camp. L’année scolaire va débuter en octobre, mais les enseignants organisent des cours de rattrapage pour les élèves du niveau élémentaire.

Une partie des jeunes n’est cependant pas encore prise en compte. Il s’agit des collégiens et étudiants à l’université. Aussi bien dans les camps de Damba que Mentao, une grande partie des jeunes ont arrêté leurs études pour fuir le conflit au nord du Mali. Aicha Sylla et Elmahtedi Ag Assana font partie de ce lot.


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Elmahtedi était étudiant à Bamako. Il est arrivé au camp de Damba il y a deux semaines pour rejoindre quelques parents. « Je ne peux plus espérer étudier au Mali, me confie-t-il. Je suis étudiant en anglais. J’ai reçu des menaces verbales et c’est la raison pour laquelle j’ai fui. Je ne sais pas ce que je dois faire pour mes études maintenant. Beaucoup de jeunes dans le camp sont dans la même situation que moi. »

Aicha Sylla, elle, a 16 ans. Elle est collégienne à Douentza dans la région de Mopti au Nord du Mali. « Je devais passer mon brevet d’études cette année en mars-avril mais je n’ai pas pu le faire. Cela m’a fait très mal. J’ai été informée que toutes mes amies ont réussi à leur examen, raconte-t-elle. Si j’en ai la possibilité, je souhaite continuer mes études ; je voudrai être journaliste plus tard. Je suis venue ici au camp de Mentao avec ma mère et mes sœurs. »

Heureusement que des possibilités sont en train d’être considérées pour permettre à certains d’entre eux d’aller poursuivre leurs études soit à Ouagadougou, au Bukina Faso, soit dans d’autres pays de la région. Ce sera une aubaine pour tous ces jeunes qui sont dans les camps et qui aspirent à avoir un avenir meilleur.

L'espoir d'une vie à reconstruire

Avoir un meilleur avenir est en définitive le rêve de Bintou Walet Mohamed Ali, une étudiante de 21 ans, en première année dans une université de Bamako. Bintou vit au camp de Mentao avec sa mère, ses sœurs, frères, tantes, oncles, neveux et nièces. « Nous sommes arrivés à Mentao le 3 février 2012 », m’explique-t-elle. J’ai rencontré Bintou le premier jour de notre visite dans le camp de Mentao car elle est l’interprète de l’équipe, traduisant du tamasheq (la langue des Touaregs) au français et vice-versa. Son engagement pour sa communauté m’a tout de suite frappée dès l’entame de ma discussion avec elle, et j’ai identifié en elle une graine de future femme leader ! Mon intuition ne m’a pas trahi car le même jour j’ai découvert que Bintou est aussi une mobilisatrice communautaire dans le site de Mentao.

« Je vivais dans de bonnes conditions, j’étudiais, j’avais des espoirs, des projets... Maintenant je suis venue ici où il n’y a pas d’études, pas d’espoir, pas d’activités", détaille Bintou, quand je lui demande de me raconter son histoire. « Je vois autour de moi des enfants et des jeunes qui trainent, je vois aussi des gens que je connaissaient avant, qui travaillaient dans de grandes organisations et qui ont perdu leur travail, des femmes qui avaient des activités économiques florissantes. Je vois des enfants qui étaient bien traités et qui, aujourd’hui, marchent pied nus, n’ont pas d’école, ne sont pas bien nourris. Le fait de regarder cette scène me fait mal. »

« Notre premier objectif : l'éducation » 

Bintou Walet, étudiante de 21 ans. Photo: Oxfam
Bintou Walet, étudiante de 21 ans.

Dans le camp, Bintou travaille aussi avec les jeunes. Elle est d’ailleurs la présidente de l’association des jeunes du camp de Mentao Nord. « Nous avons créé cette association dès notre arrivée. Nous ne nous connaissions pas. Notre premier objectif était l’éducation. Nous avons utilisé les moyens à notre disposition et sommes parvenus à acheter du bois pour construire un hangar qui fera office de classe, un tableau, des cahiers, des ardoises, de la craie et d’autres fournitures scolaires. Nous avons recensé les élèves de la première à la sixième année du niveau élémentaire et avons organisé des tests d’évaluation pour connaître le niveau des élèves pour pouvoir les organiser. » C’est après que les jeunes ont commencé eux-mêmes à dispenser les cours aux élèves. Faute de moyen, ils n’ont pas pu continuer les cours. Heureusement que les organisations présentes dans le camp ont pris la relève.

Bintou fait du travail en approche communautaire pour Oxfam dans le cadre de la sensibilisation sur l’hygiène et l’assainissement dans le camp. « Je fais du porte à porte, des visites à domicile, des ‘‘focus groupes’’ ou de la sensibilisation en masse », dit-elle.

Dans l'attente d'une paix définitive

Elle nourrit l’espoir de continuer ses études et nourrit le même espoir pour tous les autres jeunes refugiés qui ont dû abandonner leurs études à cause du conflit au nord du Mali. Le pari de Bintou est de faire des études en management. Elle a perdu son père très jeune et veut travailler, gagner sa vie et aider sa mère.

Bintou, comme tous ceux que j’ai rencontrés dans les camps, veut aussi retourner chez elle à condition qu’il n’y ait plus de conflit et que la paix définitive s’installe au nord du Mali.

J’espère que ses démarches pour continuer ses études ont abouti. Bintou était très confiante quand nous nous sommes quittées, nous avons échangé nos contacts au cas où elle viendrait continuer à ses études à Dakar. Nous nous sommes promis de continuer la discussion.

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Blog: Dans un camp de réfugiés au Burkina Faso (1) : « la seule chose qui importe, c’est être en sécurité » 

Blog: Dans un camp de réfugiés au Burkina Faso (2) : « je ne voulais pas partir, mais cette fois, j’ai été obligé »

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