Halte à la ruée mondiale sur les terres

4 Octobre, 2012 | CULTIVONS

DÉGUERPISSEZ ! 

« Vous avez deux minutes pour faire vos valises et quitter les lieux. Cessez de pleurer. Vous n’y pouvez rien. Dites adieu à votre maison. Elle n’est déjà plus qu’un souvenir. »

Vous ne vous attendiez pas à de tels propos dans une campagne d’Oxfam ? Tandis que les banques et les investisseurs privés s’arrachent les terres des pays en développement, ces paroles sont hélas trop souvent adressées à des agriculteurs et des communautés pauvres qui, chassés de leurs terres, parfois sous la menace des armes, se retrouvent dans le dénuement et dans l’impossibilité de nourrir leur famille. Si cela arrivait dans un pays développé, ce serait inacceptable ; nous ne saurions donc l’accepter dans les pays en développement non plus. C’est pourquoi Oxfam lance, dans le cadre de sa campagne CULTIVONS, une nouvelle action visant à freiner la ruée mondiale sur les terres qui a pour conséquence de dépouiller des personnes vulnérables de tout moyen de subsistance.

Des conséquences catastrophiques

La ruée sur les terres n’est pas un phénomène marginal ; elle a lieu dans l’ensemble des pays en développement. Dans les pays pauvres, des investisseurs étrangers achètent une superficie équivalant à celle de Mexico tous les cinq jours. Au Liberia, 30 % du territoire national a fait l’objet de grandes transactions foncières au cours des cinq dernières années, et ce, souvent avec des conséquences catastrophiques pour les populations locales. Pour Alfred Brownell, porte-parole d’une communauté locale au Liberia, « une arme n’est pas nécessaire pour tuer une personne. Priver un village de ses moyens de subsistance en en détruisant les terres et les cultures, c'est condamner ses habitants à mourir de faim. Il faut que cela cesse. Nos habitants ont le droit de survivre. On ne saurait les priver de leurs terres. » 

États, investisseurs privés... Nombreux sont ceux qui portent la responsabilité du phénomène de l’accaparement des terres. Mais la Banque mondiale a quant à elle le pouvoir de changer les termes du débat. Cette institution internationale constitue une source essentielle de financement pour les pays en développement et apparaît comme un acteur de poids sur la scène mondiale du foncier. Outre qu’elle fixe les normes pour les autres investisseurs et fait office de conseiller auprès des pays en développement, ses propres investissements dans le secteur agricole ont triplé au cours des dix dernières années, passant de 2,5 milliards de dollars en 2002 à entre 6 et 8 milliards en 2012. Une telle augmentation est appréciable, mais les investissements doivent s’opérer dans le respect des droits des populations locales. Pourtant, ces dernières années, 21 plaintes ont été officiellement déposées par des communautés estimant que des investissements de la Banque mondiale violaient leurs droits fonciers. 

La Banque mondiale peut changer la donne

La Banque mondiale peut jouer un rôle clé dans la lutte contre la ruée mondiale sur les terres en instaurant pendant six mois un gel de ses propres investissements dans des acquisitions foncières à grande échelle. Cette période pourra lui permettra de mettre de l’ordre dans ses propres affaires, d’établir des normes applicables aux autres investisseurs pour assurer que les grandes transactions foncières ne se font plus au détriment des personnes vivant sur les terres en question. 

La Banque mondiale doit également renforcer la transparence des transactions foncières pour que les investisseurs puissent répondre de leurs actes devant les communautés et les autorités locales. Elle doit en outre veiller à obtenir le consentement préalable des communautés concernées par les projets dans lesquels elle investit et s’assurer de réellement contribuer à promouvoir les droits fonciers et la bonne gouvernance foncière.

En l’absence de mesures concrètes, de nombreuses personnes à travers le monde seront expulsées de leurs terres au cours des prochains mois. Avec votre aide, nous pouvons faire pression sur la Banque mondiale pour qu’elle fasse ce premier pas indispensable si nous voulons contenir la ruée mondiale sur les terres.

Agissons maintenant pour mettre fin aux accaparements de terres : www.oxfam.org/terres

En savoir plus

Questions et réponses : Qu'est-ce que l'accaparement de terres ?

Vidéo : Petite initiation au problème de l'accaparement de terres

Commentaires

Cas du Mali

Bonjour et merci pour cet effort d'eveil. Le Mali, mon pays, n'echappe pas à ce phenomene, qui, malheureusement prend de l'ampleur depuis peu. Les raisons, je dirai le bien-fondé de ces transactions (lutte contre l'insecurité alimentaire, incapacité pour l'Etat et les residents de mettre en valeur ces terres, promotion de l'agriculture professionnelle, etc.) laissent à desirer quant on pese leurs consequences sur la vie socioeconomique locale et nationale (privation de populations de leurs terres reduits ainsi à des ouvriers agricoles dans le meilleur des cas). La zone office du Niger, que nombre de malines considerent encore (faute d'information) comme un tresor national est dejà soumis à cette rude realité de l'accaparement. Plus de 80% de ces terres irrigables ont dejà fait l'objet de transactions sans que cela ne soit connu du grand public. La lutte contre l'insecurité alimentaire, argument clé justifiant cette demarche, n'est pas garantie quant on sait que les beneficiares de ces terres sont des etats ayant des besoins certains de cereales. L'excuse serait un partage en amont des informations avec les differentes instances concernées (populations locales, collectivités decentralisées, Chambres locales, regionales et nationales d'agriculture, etc.) et l'opinion nationale: il n'en est rien!

 

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