Semaine #CULTIVONS – 7e jour : une marche réussie pour l’accès à la terre en Inde

Sharmistha Bose

Publié par Sharmistha Bose

Oxfam India, Coordinatrice de programme, Gestion des ressources naturelles (Justice économique)
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Oxfam a récemment lancé une campagne destinée à lutter contre les accaparements de terres, appelant la Banque mondiale à geler ses investissements dans les grandes transactions foncières, le temps de mettre en œuvre de nouvelles mesures favorables aux personnes les plus pauvres. De nombreuses populations, organisations et communautés du monde entier sont concernées par ce problème. Dernièrement, une coalition appelée Ekta Parishad a organisé dans une longue marche d’un mois pour revendiquer les droits à la terre des populations les plus pauvres en Inde. Et bonne nouvelle : cela a porté ses fruits.

Le 11 octobre était une journée d’espoir pour les milliers de personnes pauvres sans terre qui manifestent depuis un an sous l’égide d’Ekta Parishad afin que leurs droits à la terre soient reconnus. Une marche historique non-violente, dite de Jan Satyagraha, partie de Gwalior le 3 octobre avec plus de 40 000 personnes pauvres sans terre, devait atteindre le nombre record de 100 000 participants à son arrivée, prévue à New Delhi le 28 octobre. Mais il aura suffi de neuf jours pour faire en sorte que le gouvernement indien accède aux requêtes de Jan Satyagraha !

L’équilibre des forces a basculé et le gouvernement a finalement signé un accord avec les représentants de ce mouvement dans la ville historique d’Agra. Il y régnait une ambiance de fête et de joie, les communautés sans terre venues de zones reculées du pays brandissant leurs drapeaux, applaudissant le ministre et célébrant l’événement chacune à leur manière, en dansant au son de la musique. 

En outre, la couverture médiatique dont a bénéficié cette initiative auprès de la presse et des médias nationaux et internationaux s’est révélée exceptionnelle. Tout comme a été immense le soutien apporté par diverses alliances et mouvements internationaux, prouvant que le problème des droits fonciers rassemblait les populations du monde entier et que les succès obtenus quelque part contribuaient à renforcer les mouvements ailleurs.

Qu’a donc accepté le gouvernement ? En premier lieu, il s’est engagé à ce que l’avant-projet de réforme agraire soit élaboré au cours des six prochains mois. Les représentants du mouvement ont bon espoir que cette promesse soit tenue, mais si ce n’était pas le cas, ils se sont dits prêts à reprendre leur marche vers Delhi, en faveur de l’accès à la terre ! Autre point notable : le soutien officiel à l’attribution de terres agricoles à toutes les personnes pauvres sans terres ; un accord qui constitue une grande avancée, compte tenu de l’énorme manque de confiance de la société civile envers l’Etat, et met fin à une longue marche débutée il y a un an. 

Tout en se montrant reconnaissant envers le gouvernement, Ramesh Sharma, coordinateur de cette marche, a tenu à rappeler que, si la marche était bien terminée, le mouvement, lui, ne l’était pas – un sentiment partagé par l’ensemble des participants. Il reste en effet encore beaucoup à accomplir.

Cette journée est le résultat de divers événements et circonstances. À l’heure où l’Inde fait face au double défi d’une croissance économique rapide et d'un développement en faveur des populations pauvres, les accaparements de terres, les politiques agraires allant à l’encontre des personnes pauvres et le recul des différents indicateurs de développement humain ont terni la croissance. Face à cela, un mouvement populaire fort semblait bien être la solution. Ekta Parishad a su mobiliser avec succès une multitude d’agriculteurs sans terre, de dalits (ou intouchables), de groupes tribaux et d’autres communautés marginalisées, autour des principes de non-violence de Gandhi.

Ekta Parishad (EP) est une fédération d’organisations communautaires travaillant aujourd’hui directement avec plus de 350 000 familles exclues en Inde. Au fil des années, EP a réussi à remettre - puis maintenir - à l’ordre du jour la question des réformes foncières en faveur des personnes pauvres dans le pays, un sujet quasiment absent de l’agenda politique national pendant presque quarante ans d’indépendance. 

En octobre 2007, EP était déjà à l’initiative d’un premier mouvement de grande ampleur : 25 000 représentants de différentes communautés réclamant un partage juste et équitable des ressources en terre, en eau et en forêts participaient à la marche Janadesh 2007, reliant Gwalior à Delhi, soit plus de 350 kilomètres, en trente jours. Malgré quelques résultats positifs auprès du gouvernement, cette marche n’avait pas permis alors d’obtenir des changements significatifs. C’est dans ce contexte que plus de 12 000 responsables et représentants de communautés membres d’Ekta Parishad se sont réunis à Delhi les 6, 7 et 8 mars 2011. Et de façon toujours aussi disciplinée, dans le respect des principes de non-violence mais avec détermination, l’organisation a informé le gouvernement que les différentes communautés se remettraient en marche faute de changement manifeste.

Le mouvement actuel de Jan Satyagrah a donc débuté le 2 octobre 2011. Parti de Kanyakumari (à l’extrémité sud de l’Inde), il s’est propagé dans 350 districts dans 24 Etats indiens, jusqu’au grand rassemblement collectif du 2 octobre 2012, qui a vu environ 40 000 personnes marcher de Gwalior en direction de Delhi.

La formidable réussite de ce mouvement intervient alors qu’Oxfam célèbre la semaine CULTIVONS et que nous dénonçons justement les problèmes mondiaux d’augmentation des prix alimentaires, de vulnérabilité des agriculteurs et d’augmentation des cas d’accaparements de terres

Rejoignez la campagne d'Oxfam contre les accaparements de terres et demandez à la Banque mondiale de geler ses investissements dans les grandes transactions foncières.