Photo d'Aisha, ravie, qui montre l'argent qu'elle vient de recevoir.
Aisha a l'intention d'acheter de la nourriture et des médicaments avec l'argent qu'elle vient de toucher. Photo : Caroline Gluck

Yémen : une bouée de sauvetage financière

24 Octobre, 2012 | Conflits et Urgences

Aisha a 100 ans et, selon elle, les choses n’ont jamais été aussi difficiles. Or il suffit de voir les rides qui creusent de profonds sillons sur son visage buriné pour s’imaginer la vie dure qu’elle a dû mener.

Je l’ai trouvée assise sur des marches dans la cour bondée d’une école du quartier de Bayt al-Faqih, dans le gouvernorat d’Al Hodeidah, sur la côte ouest du Yémen. Oxfam y mène un programme de distribution d’argent, véritable bouée de sauvetage pour les familles les plus pauvres et les plus vulnérables durant la crise alimentaire qui sévit dans le pays.

J’ai tout de suite remarqué Aisha. Elle se distinguait de la foule constituée essentiellement de femmes vêtues de noir. Petite et frêle, elle était habillée de couleurs vives : d’une abaya – cette robe longue et ample couvrant tout le corps – d’un magnifique jaune, rose et bleu et d’un foulard noir et rose.

Aisha tient les paquets de riz qu'elle vient d'acheter. Photo : Caroline Gluck/Oxfam

Environ la moitié de la population du Yémen ne mange pas à sa faim et environ cinq millions de personnes, telle Aisha, se trouvent en situation d’insécurité alimentaire grave, sautant les repas faute d’argent pour acheter de quoi nourrir leur famille et nécessitant une aide urgente.

Les versements en argent liquide d’Oxfam soutiennent plus de 100 000 personnes à Bayt al-Faqih. Ces aides financières leur permettent d’acheter des produits de première nécessité pendant la période de soudure jusqu’aux nouvelles récoltes. Elles permettent aux familles les plus démunies d’acheter de la nourriture et des médicaments dans les moments les plus difficiles.

La crise de la faim du pays n’a rien à voir avec un manque de denrées alimentaires dans les magasins et sur les marchés. Les importations couvrent environ 90 % des besoins alimentaires du pays, mais la hausse des prix signifie que les familles ont du mal à se nourrir. Elles contractent des dettes énormes et consentent des efforts extrêmes d’adaptation, vendant leurs terres et leur bétail, recourant à la mendicité, retirant les enfants de l’école et mariant les filles à un âge très jeune pour toucher la dot.

Aujourd’hui, Aisha va acheter de la nourriture et des médicaments, me raconte-t-elle. Son mari est décédé il y a 7 ans. Elle vit désormais avec l’un de ses fils, qui se trouve des petits boulots sur le marché, son épouse et leurs deux enfants, mais ils peinent à s’en sortir. Ils n’ont pas mangé depuis 24 heures et il leur arrive souvent de se coucher le ventre vide et douloureux.

« Notre principal problème, c’est la faim, dit Aisha. Je suis tellement heureuse de recevoir cet argent et cette aide d’Oxfam aujourd’hui. Mon cœur et mes mains sont remplis de votre bonté. Je sens qu’on s’occupe de moi. »

J’accompagne Aisha à une épicerie du quartier, où elle va acheter du riz pour le déjeuner, serrant dans sa main l’argent reçu au centre de distribution et marchant lentement à l’aide d’une canne. Puis, après un court trajet en voiture, nous arrivons à son village, Bayt al-Faqir, ce qui signifie « demeure du pauvre ». C’est un nom approprié. La demeure d’Aisha, une maison simple de boue en forme de dôme, tombe en ruine ; le toit s’écroule. Il a besoin d’être réparé, mais l’argent manque. Faute de posséder des terres, la famille n’a aucun moyen de cultiver sa propre nourriture.

Des casseroles vides, dans la cuisine à ciel ouvert d'Aisha. Photo : Caroline Gluck/Oxfam

Aisha me fait les honneurs de la petite cabane qu’elle partage. Celle-ci ne contient à peine plus qu’un lit en bois et quelques vêtements. Puis elle m’invite dans sa cuisine à ciel ouvert. Il n’y a que des pots et des casseroles vides, à part le riz qu’elle vient d’acheter.  « Sans cette aide, nous serions désespérés, me confie-t-elle. Nous souffririons jusqu’à la mort. »

Pourtant, l’argent qu’elle vient de recevoir ne durera probablement que quelques jours. La famille doit d’importantes sommes à des voisins auxquels elle a, en désespoir de cause, emprunté pour acheter de la nourriture. Il va lui falloir rembourser ses dettes, puis emprunter à nouveau quand l’argent sera épuisé.

Mais l’aide qu’Oxfam dispense à Aisha et à des milliers de familles leur redonne espoir dans l’avenir. Les familles qui ont de jeunes enfants souffrant de malnutrition, rencontrées lors de notre première distribution en juillet, ont maintenant les moyens de se rendre à l’hôpital ou au centre médical le plus proche d’acheter des médicaments et de la nourriture. Parmi les familles que j’ai rencontrées, des parents m’ont rapporté que la santé de leurs enfants s’était améliorée et qu’ils avaient commencé à prendre du poids.

Aisha aussi pense que les choses iront mieux. Sa foi, sa dignité et sa résistance sont profondément touchantes. Au moment de la quitter, je ne peux qu’espérer de tout cœur que sa confiance sera récompensée.

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Crise au Yémen

Le travail d'Oxfam au Yémen

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