Photo : Un garçon se lave les mains, dans le camp de réfugiés congolais de Kigeme, au Rwanda
Un point d'eau mis en place par Oxfam : d'un côté une fontaine à eau, de l'autre un distribueur de savon, tous deux actionnés grâce à une pédale. Photo : Laura Eldon

Rwanda : de l’eau potable pour des milliers de réfugiés congolais

7 Novembre, 2012 | Conflits et Urgences

Le Rwanda est célèbre pour ses mille collines, mais en arrivant à Kigeme je n’imaginais pas vraiment ce que cela pouvait représenter pour un camp de réfugiés accueillant plus de 14 000 personnes. Le moins que l’on puisse dire est que ce camp est impressionnant : des milliers d’abris s’étalent en rangs bien ordonnés sur les flancs de deux collines, dont l’une est si escarpée que seuls les trois quarts peuvent être occupés.

Le camp de Kigeme, au Rwanda : des milliers de tentes alignées en bon ordre, à flanc de colline. Photo : Laura Eldon/Oxfam

Sur ce site, qui accueille des réfugiés congolais ayant fui les récents conflits dans la région tourmentée du Nord Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), Oxfam prend en charge la gestion de l’eau et des équipements sanitaires, ce qui comprend également l’organisation de sessions de sensibilisation à l’hygiène afin de prévenir la propagation de maladies. Sur un terrain aussi difficile, cela représente une véritable prouesse logistique.

Dynamisme et esprit d'entreprise

Il se dégage cependant de ce camp une impression positive. La vie continue, malgré le terrible conflit que ces réfugiés ont dû fuir. Le long du chemin, de nombreux enfants jouent avec des ballons de football confectionnés avec des sacs en plastique, tandis que d’autres tirent des petites voitures faites de capsules de bouteilles ou s’adonnent à un jeu minutieux qui consiste à viser diverses cibles avec des cailloux. L’esprit d’entreprise y est bien vivant : des étals de fortune poussent un peu partout, proposant charbon et autres produits de première nécessité. Enfin, dans un endroit qui est sans doute celui que je préfère, il y a même une « maison d’hôtes » qui vend du thé. 

Dans une zone aussi densément peuplée, les risques de maladies peuvent être élevés. Aucune épidémie ne s’est pourtant déclarée depuis l’ouverture du camp. 

« Le camp de Kigeme est très propre depuis le début », explique Florence Uwineza, responsable de l’équipe d’Oxfam en charge de la promotion de la santé publique, lorsqu’on lui demande comment les équipements sont gérés. « Notre équipe était sur place quand les premières personnes ont commencé à être transférées du camp de transit situé près de la frontière. Nous avons accueillis les réfugiés à leur arrivée et avons diffusé auprès d’eux des messages sur les règles de base en matière d’hygiène afin qu’ils sachent dès le départ combien il est important de garder des toilettes propres et de se laver les mains. » 

Comment garder le camp propre

Un « club d'hygiène » : à travers des jeux, les enfants apprennent comment bien se laver les mains. Photo : Laura Eldon/Oxfam

Quelque quarante responsables communautaires, formés pour sensibiliser la population de différentes zones du camp aux règles de santé publique, sont depuis venus compléter cette équipe. Ils ont également contribué à constituer des « clubs d’hygiène » composés d’hommes, de femmes, d’adolescents et d’enfants qui organisent des jeux et montent des sketches   pour diffuser des messages importants.

Notre équipe a également mis en place plusieurs points d’eau approvisionnés par des grandes citernes postées au sommet de chaque colline. L’eau est acheminée via des canalisations reliées au réseau de la ville de Nyamagabe, à cinq kilomètres, par gravitation, vers une citerne implantée sur le campement d’Oxfam. De là, des pompes à moteur diesel remplissent les réservoirs situés en haut des collines, lesquels alimentent ensuite les nombreuses bornes réparties en contre-bas de telle sorte que les usagers n’ont pas besoin de porter l’eau sur de longues distances, sur des chemins escarpés. À chaque point d’eau, des panneaux indiquent les horaires d’ouverture et donnent des instructions pour garder les récipients propres. 

Un retour prochain peu probable

Jeanette, assistante sur l'un des points d'eau mis en place par Oxfam. Photo : Laura Eldon/Oxfam

Nous avons rencontré Jeanette à un point d’eau situé sur l’un des flancs les plus abrupts des collines de Kigeme. Après avoir suivi une formation sur les questions d’hygiène, Jeanette est aujourd’hui « assistante de borne-fontaine » et est chargée de tenir le point d’eau, à heures fixes, lorsqu’il est ouvert. 

« L’aspect le plus important de mon travail est de faire en sorte que les gens ne jouent pas autour du point d’eau et de maintenir la zone propre. Avant, les gens venaient ici avec des jerrycans sales, mais désormais je veille à ce qu’ils les nettoient avant de venir chercher l’eau - je pense que c’est la plus grande contribution de mon travail. » 

Notre intervention à Kigeme est modeste comparée aux urgences de plus grande envergure auxquelles Oxfam répond, mais elle est aussi unique, dans un pays qui n’a pas l’habitude de s’occuper de programmes humanitaires. 

Alors que les combats et l’instabilité perdurent en RDC, il est peu probable que ces réfugiés retournent prochainement chez eux. Tandis que notre équipe s’apprête à passer le relais à un partenaire local pour assurer la maintenance du système qu’elle a mis en place, elle peut être fière du travail accompli.

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