Des téléphones mobiles face au choléra dans les régions reculées de Somalie

Jesse Kinyanjui

Publié par Jesse Kinyanjui

Oxfam Great Britain, Conseiller en santé publique, Nairobi
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En Somalie, l’un des endroits les plus dangereux et compliqués pour les organisations humanitaires, les conflits ont isolé bon nombre de communautés. Les téléphones mobiles offrent une solution innovante dans la formation de ces communautés en matière de soins de santé.

Oxfam et son partenaire Hijra ont lancé un projet pilote afin de fournir des informations de santé publique via les téléphones mobiles. Et ce en concordance avec la période de pic des cas de choléra, moment où les familles de réfugiés vivant dans les camps bondés de Mogadiscio sont les plus vulnérables. Malgré les nombreux défis qui se présentent en Somalie, la couverture du réseau est bonne et les téléphones sont bon marché. De nombreux Somaliens utilisent d’ailleurs les téléphones pour recueillir l’argent que leur envoient leurs proches depuis l’étranger.

Un centre de messagerie a été mis en place dans les bureaux d’Hijra, ce qui permert d’envoyer 10 000 messages par heure – du moins, temps qu’il y a du courant. Le message peut être lu par n’importe quel téléphone. 10 000 personnes ont ainsi pris part au projet et ont reçu cinq « séries » de messages à propos du contrôle et de la prévention du choléra. 

Une évaluation récente de cette première phase de test révèle un impact important sur les jeunes, qui sont les plus à même de maîtriser les nouvelles technologies. Les jeunes ont parlé du projet à l’école et trouvaient  « cool » d’être impliqués et d’en apprendre sur le choléra de cette manière. Ensuite, l’effet de groupe a permis d’impliquer d’autres jeunes dans le projet.

Un logiciel facilement adaptable à d'autres besoins

Les principaux investissements ont été la mise sur pied de la plateforme et la création du logiciel. Mais ce dernier peut être modifié et adapté au contexte, à la langue locale ou au sujet sans faire appel à un expert IT. Ainsi, le staff local est en mesure de s’en occuper seul. Une série coûte environ 60 cents. Bien que de nombreuses personnes possèdent un téléphone mobile, elles n’ont pas toutes du crédit, c’est pourquoi les utilisateurs ont été réapprovisionnés d’1 dollar. Comme pour toute campagne de santé publique classique (où le personnel et les volontaires vont à la rencontre des communautés), l’approche est interactive et permet aux gens de renvoyer leurs questions directement au staff.

En général, l’évaluation par les participants a été très positive. A la différence de ce qui se passe dans les campagnes de santé publique classiques, les gens ont affirmé apprécier le fait de pouvoir conserver les messages et de pouvoir les consulter quand cela les arrange – particulièrement les femmes qui doivent souvent rester à la maison pour s’occuper des enfants.

« Un atelier de formation à domicile »

Quelqu’un a même déclaré qu’il avait « l’impression d’avoir un atelier de formation à domicile ». De plus, les gens se souviennent plus facilement des messages que des bulletins d’information à la radio (qui ne peuvent pas être conservés) ou des affiches.

Un père de famille a expliqué comment il a concocté un complément de réhydratation orale pour son enfant malade en se basant sur les messages qu’il avait reçus. De son côté, une dame a voulu utiliser de la chlorine mais ne se souvenait plus du dosage. Le message conservé lui a permis d’en être certaine.

De nombreuses recommandations doivent être prises en compte :

  • Les jeunes ont fait savoir qu’ils aimeraient recevoir des informations « personnalisées »  sur le VIH-Sida et en matière d’éducation sexuelle, de même qu’ils aimeraient avoir des « chansons médicales » téléchargeables en lieu et place de leurs sonneries.
  • D’autres suggestions concernaient l’utilisation de ticket électronique (« e-voucher ») pour les distributions d’aide, et la possibilité d’envoyer des commentaires et remarques par téléphone pour aider à améliorer ce service et dans un souci de transparence vis-à-vis des bénéficiaires  
  • Alors que les jeunes préfèrent recevoir des messages par écrit, les générations plus anciennes – principalement les femmes- préfèrent la voie orale, donc une composante vocale des messages a aussi été demandée.

De nouvelles perspectives s'ouvrent

Les téléphones mobiles ne sont pas en soi la panacée, mais leur utilisation en combinaison avec des méthodes plus traditionnelles a prouvé son efficacité. La promotion traditionnelle de la santé publique est certes plus participative mais les jeunes s’adonnent de plus en plus aux nouvelles technologies, et, dans les régions plus difficiles d’accès, cette plateforme de téléphonie mobile offre de nouvelles perspectives pour Oxfam dans son soutien aux communautés.

Une deuxième phase du projet est actuellement en cours et concerne une nouvelle plateforme de téléphonie mobile dédiée aux programmes d’approvisionnement en eau, de santé publique et d’hygiène (WASH) et qui permettra de procéder à des évaluations rapides, de distribuer des articles non alimentaires, de mener des campagnes d’information à destination de communautés et d’en assurer le suivi.

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