Pêche en eaux troubles dans la Bande de Gaza

Lara El Jazairi

Publié par Lara El Jazairi

Oxfam Great Britain, Coordinatrice politique et communication
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L’activité reprend doucement sur le marché aux poissons de Gaza. Pour la première fois depuis six ans, les pêcheurs ont été autorisés à pêcher jusqu’à six miles nautiques de la côte gazaouie.

Dans le cadre du cessez-le-feu conclu le 21 novembre dernier entre Israël et le Hamas, Israël a marqué son accord pour accroître la liberté de mouvement dans la partie de Gaza connue sous le nom de « zone tampon ». Celle-ci inclut la mer et les zones agricoles le long du périmètre qui entoure la Bande de Gaza.

Diaporama : Pêche en eaux troubles à Gaza

Même si la permission accordée aux pêcheurs d’aller jusqu’à six miles nautiques de la côte constitue pour beaucoup un soulagement, elle ne changera rien si aucune extension formelle de cette limite n’intervient. En effet, les pêcheurs se demandent combien de temps cette nouvelle limite sera maintenue.

De 13 à 15 dollars par jour

Mohammed Al Bakri, de l’Union des comités d’agriculteurs (Union of Agricultural Work Committee – UWAC) explique que même six miles nautiques ne suffisent pas aux pêcheurs pour gagner leur vie. « Ces cinq dernières années les pêcheurs ont survécu avec un revenu de 13 à 15 dollars par jour. Une extension de la limite de cette taille ne leur permettra pas d’augmenter significativement leurs revenus. Ils doivent être en mesure de dépasser huit miles nautiques pour voir un changement concret, car c’est là que les eaux sont poissonneuses. »

Depuis janvier 2009, le gouvernement israélien a limité les déplacements des bateaux de pêche palestiniens à trois miles nautiques des côtes de la Bande de Gaza, interdisant ainsi l’accès à 85 % des eaux territoriales palestiniennes. Sur le terrain l’accès est souvent limité à un mile nautique, pas assez pour atteindre les bancs de gros poissons qui nagent plus loin des côtes. Pour le pêcheur entreprenant, s’aventurer plus loin est très risqué : il s’expose à des tirs à balles réelles ! Depuis le début de cette année, Oxfam a recensé 65 incidents durant lesquels la marine israélienne a ouvert le feu sur des pêcheurs palestiniens. Un pêcheur a été blessé, et un autre a perdu la vie.

Le poisson prend le tunnel

Le blocus maritime imposé par les autorités israéliennes a réduit la prise de la pêche la plus importante – les sardines – de 90%, ce qui correspond à une perte annuelle estimée pour l’économie de Gaza de 26,5 millions de dollars. La conséquence en est que 90% des pêcheurs vivent dans la pauvreté et que cette source importante de protéine n’est plus disponible. En conséquence, le poisson est maintenant principalement importé depuis l’Égypte via les tunnels de contrebande.

Carte des zones de pêches imposées en janvier 2009. Source : OCHA/Nations unies, juin 2009.

« L’extension à six miles nautiques ne nous aidera pas pendant longtemps, car tout le poisson de cette zone sera très rapidement pêché. Afin de pouvoir pêcher correctement nous devons utiliser des filets, ce qui signifie que nous devons pêcher entre 7 et 12 miles nautiques des côtes », explique Zakaria Bakr, un pêcheur originaire de la ville de Gaza.

La récente escalade de la violence qui a secoué Gaza et le sud d’Israël entre le 14 et le 22 novembre dernier a fait payer un lourd tribut à cette industrie déjà moribonde. Les navires de guerres qui bombardent Gaza depuis la mer rendent toute sortie impossible, certains bateaux de pêche ont d’ailleurs également été coulés. De nombreux pêcheurs font face aux coûts liés au remplacement de leur matériel qui, pour certaines localités du bord de mer comme Deir Al Balah et Khan Younis, sont estimés à 1 million de dollars.

« Il faut que les tirs, les arrestations et la confiscation de nos bateaux cessent. Ceci n’est pas un cessez-le-feu. Tant que les forces israéliennes continuent de nous menacer, nous ne pouvons pas faire notre travail », conclut Zakaria Bakr.

Photos : David Levene/Oxfam. Traduit de l'anglais au français par Oxfam Solidarité

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