Une femme tenant un parapluie dans les rues du Bénin
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Jour 2: Soutenir des fermiers à petit échelle faire face aux risques commerciaux et climatologiques

11 Décembre, 2012 | L'avenir de l'agriculture

Nous devons investir dans la réduction des deux plus grands risques auquel font face  les petits exploitants  agricoles : des risques liés aux conditions  météorologiques du changement climatique, et des risques liés au marché  de la mondialisation. L’espoir se trouve dans les variétés de plantes qui  tolèrent le stress et les plans d’assurance innovateurs, aussi dans des mesures de protection sociale et autres programmes de bien-être publique.

Par Shenggen Fan, Directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI)

Alors que de nombreux petits exploitants agricoles des économies émergentes, en Chine et au Viêt Nam par exemple, pourraient avoir l’opportunité de voir se développer la taille de leur exploitation, cela reste impossible dans une grande partie des pays en développement. Ces petits exploitants sont des acteurs centraux dont dépendent la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté dans le monde, en particulier en Afrique subsaharienne et dans le sud de l’Asie.

Cependant, comme tous les agriculteurs, les petits exploitants font face à deux chocs mondiaux : le changement climatique et la volatilité croissante du prix des produits agricoles de base. Le changement climatique, en plus d’occasionner une baisse du rendement des récoltes, augmente l’intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, provoquant ainsi une augmentation de la vulnérabilité des petits exploitants agricoles.

À cause de la volatilité des prix, il est difficile pour les agriculteurs de savoir, lors de la plantation, quelles cultures seront rentables à la récolte, ou si le résultat du choix d’un type de culture rentable mais nécessitant un niveau élevé d’intrants se révèlera négatif si le prix de ces mêmes intrants grimpe soudainement.

Gestion des risques liés au changement climatique
L’instabilité climatique force les exploitants agricoles à adapter leurs pratiques. S’il est vrai que pour quelques agriculteurs, dans certaines régions, le changement climatique pourrait s’avérer avantageux, pour beaucoup d’autres, il sera très difficile d’obtenir des gains de productivité, ou même de les maintenir à leur niveau actuel. Une hausse de la productivité est pourtant essentielle pour pouvoir continuer à nourrir une population mondiale croissante. Plus grave encore, l’instabilité du climat caractérisée par des phénomènes météorologiques extrêmes et des changements dans les schémas des saisons augmente considérablement les difficultés que représente pour les exploitants agricoles la gestion des risques provoqués par le changement climatique.

« Des recherches montrent que l’introduction d’un maïs, d’un millet et d’un sorgho résistants à la sécheresse pourrait générer des millions de dollars de revenus chaque année. »

Pour réduire les risques liés au climat, une des solutions considérées est le développement, puis l’utilisation par les agriculteurs, de variétés de graines résistantes au froid, à la chaleur, aux inondations et à la sécheresse. L’utilisation de ces variétés permettrait d’atténuer les variations de rendement craintes par les exploitants lors de phénomènes météorologiques extrêmes, d’augmenter les rendements moyens en général, et de créer des avantages additionnels, non seulement pour les exploitants eux-mêmes, mais aussi pour les producteurs en général et les consommateurs. Dans certains pays d’Afrique subsaharienne, des recherches montrent que l’introduction d’un maïs, d’un millet et d’un sorgho résistants à la sécheresse pourrait générer des millions de dollars de revenus chaque année.

L’abandon, par les agriculteurs, de types de cultures sensibles aux sécheresses au profit de cultures plus résistantes aux sécheresses est également une solution à envisager ; dans ce cas, l’accès des agriculteurs au matériel nécessaire à la plantation doit être garanti, soit au moyen de programmes formels, soit par un système de fourniture de semences informel.

En ce qui concerne l’introduction de cultures résistantes aux stress, développées au moyen de procédés modernes d’amélioration des plantes, les pays récepteurs doivent mettre en place un cadre règlementaire pour garantir une gestion efficace des avantages et risques possibles de cultures génétiquement modifiées. Ces cadres règlementaires ne doivent pas décourager le développement de technologies précieuses en créant des retards en matière de régulation ; ils ne doivent pas non plus représenter des barrières au développement de cultures par le secteur public et les petites entreprises du secteur privé en imposant des coûts de régulation.

Des régimes d’assurance sont également une solution pouvant aider les petits exploitants à supporter les chocs liés au climat, en laissant de côté les polices d’assurance uniques qui indemnisent les pertes effectives moyennes, pour promouvoir un système d’assurance simple, basé sur des indices climatiques, avec des paiements fixes versés lors de la survenue de phénomènes climatiques prévus. Cette approche semble être prometteuse.

« Pour gérer les risques créés par la volatilité des prix, des mesures doivent être prises tant au niveau national qu’à l’échelle internationale. »

Le principe de ces « titres d’assurance climatiques » est simple à appréhender ; ils peuvent être accumulés de manière flexible par les petits exploitants selon le niveau de leur aversion au risque. Les paiements de ces régimes devraient permettre de stabiliser les revenus des petits exploitants, et les aider à satisfaire leurs besoins financiers en cas de dommages causés par des chocs (assurés), réduisant ainsi leur vulnérabilité aux phénomènes climatiques extrêmes.

Gestion des risques liés à la volatilité des prix
Au cours des dernières décennies, les marchés alimentaires mondiaux ont été caractérisés par des prix en augmentation, et toujours plus volatiles. Dans bon nombre de cas, les personnes vivant en situation de pauvreté ont non seulement dû réduire leurs dépenses en biens et services essentiels, mais elles ont également vu leur régime alimentaire s’appauvrir, puisqu’elles doivent se tourner vers des aliments meilleur marché, de moindre qualité, et plus pauvres en micronutriments pour faire face à la montée des prix et maintenir un niveau suffisant d’apports en calories. De plus, la volatilité des prix des denrées alimentaires affecte les producteurs puisque cela augmente l’incertitude et complique la planification de la production.

Par le passé, la volatilité et le niveau élevé du prix des denrées alimentaires étaient le résultat, entre autres, des prix élevés du pétrole, de politiques qui promouvaient le développement de la production d’agrocarburants, du faible développement des marchés des céréales principales, et du manque d’informations rassurantes et actualisées sur le système alimentaire mondial. De ce fait, pour gérer les risques créés par la volatilité des prix, des mesures doivent être prises tant au niveau national qu’à l’échelle internationale. 

L’année dernière, le G20 (Groupe des 20) a lancé un « système d’information sur les marchés agricoles », comme solution au besoin apparent d’une collaboration plus étroite et d’un partage d’informations plus efficace entre les acteurs des marchés des produits agricoles de base du monde entier. Cet outil, s’il s’intègre avec succès aux systèmes d’alerte précoce déjà en place, pourrait aider à mettre un frein à la volatilité des prix.

« Environ 80 pour cent de la population des pays les plus pauvres souffre de l’absence d’une protection sociale efficace.»

En plus de cela, la Banque mondiale a lancé un nouveau produit de « gestion du risque lié aux prix des produits agricoles » dans le but de protéger les agriculteurs, les producteurs alimentaires, et les consommateurs des pays en développement contre la volatilité des prix des denrées alimentaires en améliorant l’accès à des instruments d’atténuation et en affectant plus de quatre milliards de dollars à la protection du niveau des prix.

Des systèmes de protection sociale pour réduire la vulnérabilité
Les filets de sécurité sociale et autres systèmes de protection sociale contribuent largement à réduire les difficultés rencontrées par les ménages les plus pauvres en proie à des chocs, comme les prix élevés des denrées alimentaires. Dans de nombreux pays, les filets de sécurité sociale ne profitent qu’à une faible proportion de personnes qui en ont besoin : Environ 80 pour cent de la population des pays les plus pauvres souffre de l’absence d’une protection sociale efficace.

Les gouvernements nationaux et les acteurs internationaux sont en train de développer la part de leurs investissements dans le secteur agricole, ainsi que leurs initiatives en matière de sécurité alimentaire, et leurs systèmes de protection sociale. La Banque mondiale a fait passer le volume de ses filets de sécurité sociale à neuf milliards de dollars sur la période 2009-2011, par rapport au 1,2 milliard de dollars de la période 2006-2008 ; elle promeut également des filets de sécurité pour la résilience dans les pays à faibles revenus.

Au niveau national, le programme de filet de sécurité productif en Éthiopie (PSNP) est largement considéré comme ayant véritablement le potentiel d’aider les personnes en situation de pauvreté, notamment les ménages agricoles qui en bénéficient et reçoivent également une assistance agricole. Plus centré sur les résultats produits sur l’éducation, la nutrition et la santé, les programmes de transferts monétaires conditionnels, comme Bolsa Família (bourse familiale, en français) au Brésil, et Oportunidades au Mexique, illustrent aussi l’accent placé sur l’amélioration de la protection sociale au cours des dernières années.

Des paroles aux actes
Étant donné que les petits producteurs constituent aujourd’hui la majeure partie de la population touchée par la pauvreté et la moitié des personnes souffrant de la faim, aider ces derniers à gérer les risques qui se manifestent sous de nombreuses formes, et limiter leur vulnérabilité aux chocs provenant de l’environnement naturel et socio-économique dans lequel ils vivent est de la plus haute importance. Le futur de l’agriculture dépend des actions qui seront entreprises pour développer la productivité générale, améliorer l’accès aux technologies qui renforcent la résilience des petits exploitants aux chocs liés au climat, garantir l’accès à des régimes d’assurance basés sur des indices climatiques, introduire des outils de gestion du risque en matière de prix à la production, développer des systèmes de protection sociale qui assure la sauvegarde des actifs de production, développer des variétés de cultures de base aux meilleures vertus nutritives, et développer le capital humain.

« Pour une meilleure justice économique, un soutien continu et appuyé à l’agriculture de petite échelle est indispensable. »

En réponse à la crise alimentaire de ces dernières années, beaucoup d’initiatives ont été prises pour trouver une solution à un grand nombre de ces problèmes, mais nous sommes encore loin d’atteindre le premier des Objectifs du millénaire, qui voudrait que le nombre de personnes souffrant de la faim et de la pauvreté soit diminué de moitié. Pour une meilleure justice économique, un soutien continu et appuyé à l’agriculture de petite échelle est indispensable.

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Commentaires

Est-ce qu’une revolution est-elle nécessaire?

Le premier jour a démarré avec de vives discussions au sujet des essais de Murphy et Nwanze et une appréciation pour ce débat pertinent. Aujourd’hui, le débat continue; nous discuterons s’il faut augmenter d’une manière considérable les mesures de protection sociale et de gestion de risque que Fan décrit pour atteindre la vision d’Ambler d’un système agricole plus équitable et durable? Ou est-ce qu’il nous faut aussi améliorer et restructurer les habitudes de consommation, production et innovation pour que l’agriculture puisse s’épanouir dans l’avenir?

La protection sociale et les risques agricoles

Il s'agit d'un débat crucial. Une assurance récolte qui fonctionne rassure aussi les institutions financières qui peuvent ainsi accorder des crédits aux petits paysans parce que leur récolte est assurée

Il faut vraiment éviter de lancer l'agriculture fmiliale dans els logiques des OGM qul que soient els tentations au moment où les risques ne sont pas assez évalués y compris dans les pays développés qui disposent de laboratoires capables de mieux étudier ces phénomènes

La logique de chercher à tout prix d'arimer les agricultures des pays pauvres en proposant des cultures négociables en bourse me semble etre la première démarche à mettre en cause. En faisant la promotion des cultures locales qui ne sont pas en bourse, on limite sans frais, les dangers de la volatitilité des cours. La promotion du taroo, de la patate douce, du manioc etc, des cultures qui résistent en plus à la secheresse rgle plus rapidement les questions de risque que la promotion de cultures livrées aux bourses.

il est donc important de combiner es assurances à la promotion de l'agriculture locale et combattre une alimentation unique de tote la planète

changements climatiques

Salut. Ce forum est une excellente idee. En plus de la secheresse et des inondations il faut agumenter la reslience par rapport aux vents également. Etudier pour mieux connaître la logique de mise en valeur des basfonds, Exploiter les basfonds , promouvoir et ameliorer les varietes resistantes a la secheresse et a fondaison permanente, utiliser les espeses fourrageres resistantes, reboiser les sousbassins versants des sources et rivieres pour favoriser linfiltration des eaux de pluies, ce sont autant de manieres d'accroitre la resilience. De plus les populations doivent aussi modifier ameliorer et adapter leur diete en lien avec les choix de cultures

Les Impératifs du Développement Agricole

Il ne suffit pas de proclamer la primauté et la priorité accordées à l’agriculture pour son développement. Il faut en connaître la logique et les exigences.

L’agriculture est une activité structurée et organisée de production animale et végétale qui mobilise différents acteurs au cours de son développement : agriculteurs, éleveurs, cadres techniques de conception et d’encadrement, chercheurs, enseignants-chercheurs, formateurs, politiciens, commerçants d’intrants agricoles et zootechniques, commerçants de produits agricoles, commerçants de matériels agricoles, des banquiers pour les crédits agricoles, les organisations d’agriculteurs, les transporteurs, etc.

Certains de ces partenaires du « monde agricole » interviennent au niveau des cinq (05) IMPERATIFS du développement agricole ci-dessous :

-           Débouchés pour les produits agricoles,

-           Changement constant de techniques,

-           Disponibilité et possibilité d’acquisition sur place des intrants et matériels agricoles,

-           Stimulants à la production pour les agriculteurs,

-           Moyens de transport ?

Qu’un seul de ces impératifs fasse défaut, et « il ne peut avoir de développement agricole ». Jusqu’où l’opérationnalisation de ces impératifs reste-elle compatible avec la qualité de l’environnement ? Qu’est cette qualité dans le cadre d’un développement durable ?

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