Maïs, en Bolivie
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Jour 6: L’avenir de l’agriculture c’est l’avenir de la terre-mère

17 Décembre, 2012 | L'avenir de l'agriculture

C’est si ironique que nous, peuples autochtones qui ayons introduit tant d’aliments dans le monde, manquons de moyens pour échapper à la pauvreté et à la malnutrition. Avoir le control sur notre production, notamment sur quoi, comment et quand produire, ainsi que le control de la distribution, nous permettra de construire des moyens de subsistance durables. C’est ce que nous appelons la souveraineté alimentaire.

Par Tarcila Rivera Zea, Directrice général de Centro de culturas indígenas del Perú (CHIRAPAQ)

Parler de contrôle complet et égalitaire en termes de ressources et de produits générés par le travail, de la part des femmes et des hommes qui travaillent la terre, requiert une série de conditions sans lesquelles toute tentative de penser à un tel scénario n’est pas viable.

Tout d’abord, pour exercer un contrôle sur les ressources économiques, sociales et politiques qui permettent la viabilité et la durabilité économique de la production pour pouvoir par la suite la transformer, la distribuer, et la convertir en un moyen de subsistance qui fournisse toutes les possibilités de se maintenir, il faut compter sur le pouvoir de décision quant à leur destin. Et à l’heure actuelle, les peuples autochtones ne le possèdent pas. Mais avant de continuer, il est nécessaire d’apporter quelques précisions sur les acteurs. 

Paysans et autochtones
Au sein de notre société, une forte distinction s’est établie entre les paysans et les autochtones où il est préférable d’être paysan plutôt qu’autochtone, ce qui souvent se convertit en synonyme d’indien ou de métis, comportant une dévalorisation sociale et culturelle. Dans cette situation, «paysan» fait référence à une situation professionnelle, et «autochtone» à une situation sociale. De telle manière que s’il est tout à fait vrai qu’un grand nombre de paysans sont autochtones, dans la pratique il existe une distinction entre les deux, ce qui se traduit par les lois, les politiques et les perceptions sociales en tout genre. 

« Au sein de notre société il est préférable d’être paysan plutôt qu’autochtone. »

Parler de paysans implique une référence à une catégorie économico-productive où ces aspects prévalent sur tout lien holistique avec la terre. De telle manière qu’on peut être paysan et pratiquer une agriculture basée sur des facteurs industriels ou employer des formes d’exploitation qui affectent la terre. Au contraire, parler d’autochtones implique de se référer à un ensemble culturel au sein duquel l’agriculture forme une partie importante de notre travail et répond à diverses correspondances sociales, spirituelles, économiques et politiques. 

L’agriculture autochtone est fondée sur les connaissances et pratiques ancestrales où la diversité génétique s’établit selon les différents milieux géographiques et répond aux différentes conditions climatiques, environnementales et sociales. Cependant, il est indéniable que viennent s’ajouter de nombreux apports industriels face à la pression du marché et à l’impossibilité de donner une réponse immédiate aux conséquences des facteurs climatiques, depuis les ravageurs jusqu’à le désapprovisionnement d’eau. Face à cette situation, des pratiques ancestrales sont peu à peu réhabilitées en termes de gestion des terres, de l’eau et du climat, au sein de ce que nous appelons les géographies autochtones.

« L’agriculture autochtone est fondée sur les connaissances et pratiques ancestrales où la diversité génétique s’établit selon les différents milieux géographiques. »

Par ces mêmes conditions et pour les possibilités d’établir les bases d’une gestion durable de la terre, source de souveraineté alimentaire et d’une diversité de semences qui a démontré ses multiples utilités pour faire face à la malnutrition, nous prendrons en charge l’agriculture sur les fondements des peuples autochtones. 

Construire le présent
Actuellement, nous-autres, les communautés autochtones, sommes en train de développer différents modèles agricoles à partir de notre culture dans le but de les convertir en propositions de plaidoyer pour construire des modes de vie durables. Au cours de ce processus, il est capital d’avoir un certain contrôle des médias afin de rendre ces propositions visibles. 

Nous sommes totalement conscients que toute solution trouve son origine dans la rencontre de nos cultures et de nos traditions avec les cultures mondiales, mais ce dialogue doit s’établir. C’est pour cette raison que nous parlons de «modèles agricoles» et non pas d’une transposition de notre culture à toute la société. 

« La situation qui se présenterait, si les peuples autochtones avaient le contrôle complet et de manière égalitaire des médias pour la production agricole et sur le produit de celle-ci, serait totalement inédite dans notre histoire. »

La situation qui se présenterait, si les peuples autochtones avaient le contrôle complet et de manière égalitaire des médias pour la production agricole et sur le produit de celle-ci, serait totalement inédite dans notre histoire en tant que part du système mondial. Cela signifierait pour nos sociétés: 

 Au niveau écologique :

  1. Élever et cultiver la vie selon les processus naturels de renouvellement de la terre. 
  2. S’appuyer sur une biodiversité en adéquation avec les différentes géographies et avec la production renouvelable annuelle. 
  3. Développer la production des petites propriétés agricoles en les inter-reliant sous forme de chaînes de production qui leur permettra d’approvisionner les marchés locaux et régionaux. 
  4. Permettre à la population de recevoir un régime alimentaire riche, sain et varié. 
  5. Développer des systèmes alimentaires diversifiés. 
  6. Renforcer la biodiversité, étant donné qu’en développant des moyens agro-écologiques de lutte contre les ravageurs, permettra le renforcement des chaînes biologiques originelles. 

Au niveau social :

  1. Résoudre les conflits et les fractures sociales qui ont caractérisé nos sociétés. 
  2. Rendre le travail agricole digne et redéfinir la valeur et le rôle des peuples autochtones. 
  3. Recentrer la valeur sociale du travail dans la production biologique, durable et son engagement envers la nature. 
  4. Signifier une amélioration substantielle dans les revenus et la vie des peuples autochtones qui permettrait davantage d’investissement dans l’éducation et la formation professionnelle qui aide à améliorer les systèmes économiques autochtones. 
  5. Atteindre l’autosuffisance alimentaire en trouvant ses aliments à l’intérieur des espaces géographiques et en les articulant avec d’autres compléments comme la pêche et l’élevage d’espèces locales. 

Au niveau politique :

  1. Le pouvoir de décider en termes de systèmes de production et de commercialisation signifierait des changements substantiels dans le régime économique, sur la propriété de la terre et dans l’exercice du droit territorial en tant que condition fondamentale. 
  2. Cela signifierait que les pays puissent avancer dans la modification de leurs paradigmes sociaux et politiques. 
  3. Les peuples autochtones et l’agriculture auraient un rôle central dans la conception, le contenu et le développement des projets nationaux, souverains et pensés en termes de développement intérieur. 

Ainsi, dans notre vision de l’avenir, ces conditions nous placent dans un scénario dans lequel les fractures sociales entre peuples autochtones et non autochtones sont inexistantes, de telle manière que les peuples autochtones aient amélioré leurs conditions de vie, produisant de façon biologique et en contribuant ainsi à la récupération des écosystèmes, la biodiversité germoplasmique étant une garantie afin que les populations obtiennent un régime alimentaire riche en nutriments et en accord avec leurs zones géographiques, en établissant des mécanismes de production et de distribution alimentaire qui puissent contribuer à nourrir la population entière. 

« L’amélioration de la qualité de vie des peuples autochtones contribuerait également à renforcer la position de la femme autochtone comme gardienne et éducatrice de la vie. »

Les lois et Constitution politique reflètent ce nouveau scénario par le biais d’un système légal qui garantit la propriété territoriale, stimulant la souveraineté alimentaire tout en amplifiant la frontière agricole basée sur la production diversifiée où la science et la technologie contribuent à mesurer la connaissance autochtone pour qu’elle puisse être appliquée à d’autres scénarios, tout en respectant l’esprit et les modèles d’application de ces derniers. 

L’amélioration de la qualité de vie des peuples autochtones contribuerait également à renforcer la position de la femme autochtone comme gardienne et éducatrice de la vie, en lui confiant des positions de direction et de représentation de nos peuples. 

Pouvoir décider de manière souveraine
Tout ce processus peut se résumer dans le concept de souveraineté alimentaire, lequel implique tout d’abord le contrôle des systèmes de production afin de pouvoir décider quoi, comment et quand produire et l’environnement culturel de sa réalisation, puis en avoir le contrôle pour le distribuer et le positionner sur différents marchés. Au cours des dernières décennies, différentes expériences ont été menées afin de permettre de bâtir ces processus, ce qui nécessite une agriculture diversifiée, durable, et respectant la Terre-mère. 

Depuis CHIRAPAQ, le Centre des cultures autochtones du Pérou, dans la région de Vilcas Huamán, Ayacucho, nous avons développé dès les années 90, en pleine période de guerre qui a affecté notre pays et particulièrement cette zone, un programme de souveraineté alimentaire qui a impliqué :

  1. La récupération de la diversité des pommes de terre, du maïs, des haricots et des plantes médicinales. 
  2. La récupération des méthodes et techniques agricoles en agrandissant les zones de culture et en cultivant près des grands puits naturels («ojos de agua»). 
  3. La récupération des engrais et du contrôle des ravageurs, d’origine biologique qui ont augmenté la production agricole et diversifié le régime alimentaire des familles. 
  4. La réintroduction de petit bétail originaire de ces zones. 
  5. L’amélioration de l’alimentation des familles impliquées et ainsi les résultats scolaires des enfants. 
  6. Le renforcement de l’organisation communautaire. 
  7. Visibilité et valorisation du travail et de l’apport des femmes et des jeunes filles. 

La base primordiale de cette initiative est l’articulation des cycles agricoles originaires de la région, la préservation de l’eau et l’amélioration en terre des variétés cultivées dans les champs. 

Bien que des améliorations nutritionnelles aient été établies, de même qu’en termes de qualité de vie dans les communautés impliquées dans cette proposition, sa portée actuelle est toutefois limitée. 

Entre la réalité et les possibilités
D’après les dernières études sur l’insécurité alimentaire, cette dernière se focalise dans les régions où vivent les peuples autochtones et dans les zones urbaines marginales dans lesquelles vivent des migrants autochtones et leurs descendants. Ironiquement, nous, peuples autochtones qui avons apporté de nombreux aliments au monde, nous n’avons pas les moyens nécessaires pour faire en sorte que ces connaissances nous aident à cesser d’alimenter les chiffres, en termes de malnutrition et de pauvreté, en augmentation. 

Nous, peuples autochtones, sommes venus construire les mécanismes pour dépasser ces abîmes sociaux. Mais le noyau central, celui du pouvoir, requiert des changements structurels dans nos sociétés, depuis la conception de ceux qui les intègrent, en font partie et participent à leur construction et à leur développement ; jusqu’aux modèles de développement et les systèmes économiques sur lesquels ils s’instaurent et les rendent viables. 

« Parler de l’avenir de l’agriculture, c’est parler de l’avenir de la terre, et avec elle, des peuples autochtones et de l’humanité. »

Il va sans dire que nous avons besoin d’un Pachacuti pour transformer notre situation. Le monde en général a besoin d’un changement de paradigmes, et l’agriculture – comme expression visible de l’affection de la terre mère - nous démontre que, compte tenu des circonstances actuelles, cela est difficile. 

Parler de l’avenir de l’agriculture, c’est parler de l’avenir de la terre, et avec elle, des peuples autochtones et de l’humanité. 

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Commentaires

Le risque, les aspirations et les bienfaits de l’agriculture

Il était plus approprié pour commencer cette exploration de l'avenir de l'agriculture avec un mot: RISQUE. Un élément de risque - plus précisément, la nécessité d'une gestion des risques - se cachait quelque part dans chacun des dissertations, et elle occupe une place importante dans la vie de tous les agriculteurs, en particulier les petits agriculteurs.

Dans mon rapport, j'ai vu comment les petits agriculteurs, en particulier ceux d'Afrique subsaharienne, ont été contraints à supporter 100% du risque de cette entreprise risquée. Et dans ces dissertations, nous avons lu à propos des connexions aux risques climatiques, les marchés, les prix, la politique, la santé des sols, la jeunesse, la durabilité et de l'énergie.

La gestion des risques est essentielle si les petits agriculteurs doivent améliorer leurs moyens de subsistance en toute confiance et à adopter de nouvelles pratiques. L'accès au financement et de l'assurance, de meilleures installations de stockage, des marchés plus efficaces, des infrastructures fiables, résistantes au stress graines, et le partage de l'information sont tous des éléments essentiels dans la réduction des risques et d’inciter les agriculteurs à produire des récoltes excédentaires et de diversifier leurs cultures pour améliorer leur nutrition, les revenus et la résilience. Cette confiance et motivation favorisent une volonté d'investir dans leurs fermes, de s'engager à des pratiques durables, à embrasser la propriété foncière, à faire entendre leur voix.

C’est la fondation d’un changement fondamental, au lieu de cultiver pour survivre, de pouvoir cultiver pour gagner sa vie. Celle-ci est une transition que plusieurs jeunes cherchent dans les zones rurales, la fille de Susan Godwin parmi eux. Au lieu de percevoir uniquement les images de lutte désespérée – leurs mères courbant dans les champs cultivant la terre, la privation de la période de soudure – la jeunesse veulent percevoir que l’agriculture les offre un avenir raisonnable, que l’agriculture, comme l’un des essayistes a exprimé, peut être un secteur d’activité attirant.

En lisant ces dissertations, je pensais à l’une des familles des petits exploitants que j’ai rencontrés pendant que je faisais des recherches pour mon nouveau livre, The Last Hunger Season. Un jeune homme, Gideon, m’a dit quand nous venons de nous rencontrer qu’il veut être avocat. Mais à la fin de l’année, quand il a vu que les efforts de sa mère de produire un rendement excédentaire ont été rentables, il a commence a penser qu’étudier l’agriculture et devenir un conseiller et innovateur agricole sera la meilleure manière d’aider sa communauté. « Je veux m’assurer que personne ne souffre de la faim et de la pauvreté, » a-t-il dit. « Je les ferai savoir les bienfaits de l’agriculture. »

La souveraineté alimentaire, le commerce et le droit à la terre

Apres une première semaine avec des dissertations denses et des commentaires critiques au sujet des combustibles fossiles, l’agriculture, la technologie et l’innovation, le débat continue. Il est encore possible de faire des commentaires portants sur les dissertations de la première semaine et ils seront les bienvenus.

Les auteurs d’aujourd’hui passent une partie considérable de leurs dissertations sur l'importance des droits de propriété clairement définis et d'un accès sécurisé à la terre par les petits exploitants et les peuples autochtones. Niasse soutient que l'augmentation de l'accès meilleur et plus sûr à la terre par les femmes pourrait accroître la productivité de 20 à 30 pour cent. Mais est-ce ça seulement sera suffisant  pour aider à créer des marchés, des infrastructures et du soutien technologique pour l'agriculture à petite échelle? Poelma reconnaît la nécessité de clairement définir les règles foncières, ainsi que pour l'éducation à augmenter, et les techniques agricoles modernes. Mais a-t-il reconnu suffisamment soit les étapes successives nécessaires à l'avenir pour aller vers ces objectifs, ou la niche que la diversification agricole peut servir pour la nutrition, la gestion du risque, et la santé des sols dans les petites communautés agraires ? Rivera propose un avenir pour les peuples péruviens autochtones qu’elle aligne avec l’idée de la souveraineté alimentaire, basée sur la connaissance autochtone, et qui donne le contrôle aux peuples autochtones pour produire et commercialiser. Qu’est-ce que vous en pensez?

 

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