Pourquoi et comment fonctionnent nos programmes « argent contre travail »

Daniel Gorevan

Publié par Daniel Gorevan

Oxfam International, Responsable des campagnes humanitaires
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Lorsqu’une situation d’urgence survient, qu’il s’agisse d’une catastrophe soudaine, comme le tremblement de terre en Haïti, ou à évolution lente, telle la crise alimentaire de 2012 au Sahel (qui se développe depuis des mois), les organisations humanitaires se préoccupent d’abord et avant tout de la survie des personnes les plus vulnérables. Nous devons donc commencer par nous assurer qu’il y a de l’eau salubre, des installations sanitaires, de la nourriture, un abri et du chauffage – des éléments indispensables à la vie humaine.

Mais nous nous préoccupons également de la capacité de résistance de la population dans le long terme – ce que l’on appelle sa résilience. Dans les régions à risque permanent (où la sécheresse est chronique, par exemple), nous devons nous assurer que les communautés auxquelles nous apportons notre aide seront plus à même de faire face à la prochaine situation d’urgence. C’est pourquoi nous nous attachons en particulier à renforcer les moyens de subsistance, à creuser des puits et à donner accès à de l’eau potable. Si elle dispose de semences résistantes à la sécheresse ou d’une meilleure irrigation pour ses cultures, une communauté aura plus de chance de tenir le coup face à la prochaine sécheresse. L’existence d’un puits dans le village évitera aux habitant-e-s de devoir aller chercher de l’eau au loin. En outre, une fois les moyens de subsistance protégés et l’approvisionnement en eau assuré, d’autres aspects de la vie, comme l’enseignement et le commerce, peuvent se développer.

Pourvoir aux besoins immédiats en situation d’urgence

On croit souvent que distribuer de la nourriture est la seule réponse à une pénurie alimentaire. Pourtant, ce n’est qu’une réponse parmi d’autres et elle ne s’avère pas toujours appropriée, notamment dans des communautés où le problème n’est pas la disponibilité des denrées alimentaires, mais leur prix – inabordable pour la majorité des gens. C’est le cas dans nombre de crises alimentaires. Distribuer des denrées alimentaires dans une région où il y en a déjà peut affaiblir les marchés locaux, décourager la production alimentaire locale et, en fait, favoriser la persistance d’une pénurie alimentaire.

La distribution alimentaire présente d’autres inconvénients :

  • Le transport de nourriture est souvent onéreux, ce qui accroît inutilement les coûts.
  • La nourriture n’est pas transférable. Elle ne permet pas à une famille confrontée à la maladie de payer le médecin. Il est arrivé que des bénéficiaires vendent les aliments reçus, mais à un prix inférieur au coût de distribution initial.

Dans ces situations, Oxfam opte donc notamment pour des programmes « argent contre travail ». Ces programmes consistent à rémunérer en espèces le travail de membres vulnérables de la communauté dans le cadre d’un projet destiné à favoriser le développement local dans le long terme. Ils pourvoient ainsi à la fois à des besoins immédiats et à long terme.

La nature de ces projets est très variable et dépend du contexte et des besoins identifiés après consultation de la communauté. Au Niger, un programme « argent contre travail » a pour objet de creuser des canaux d’irrigation en forme de demi-lune, afin de retenir l’eau de pluie et lui laisser le temps de pénétrer la terre au lieu de ruisseler en surface (ce qui entraîne des inondations, à la saison des pluies). On fait d’une pierre deux coups. En Haïti, nous avons payé des résident-e-s pour rassembler du matériel de construction d’abris, construire des latrines et collecter les ordures et les excréta humains, ce qui permet de créer un espace de vie plus confortable et hygiénique.

Tout comme la distribution pure et simple de nourriture, la rémunération en espèces du travail n’est pas une solution universelle. Elle n’est, par exemple, pas appropriée dans les communautés dépourvues d’une économie monétaire ou dans lesquelles les denrées alimentaires font défaut, quel que soit le revenu monétaire. Mais c’est une formule efficace en situation d’urgence et un moyen par lequel Oxfam peut contribuer à soulager les problèmes immédiats des populations lors d’une crise alimentaire.

Oxfam est un partenaire fondateur du Cash Learning Partnership (CaLP), une organisation qui vise à améliorer la qualité des programmes de transferts monétaires et de bons dans l’ensemble du secteur humanitaire.

Article initialement publié par Oxfam Nouvelle-Zélande

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