Nettoyage de canaux, Grande-Saline, Haïti. Photo : Chris Hufstader/Oxfam
Une meilleure préparation, comme ces opérations de nettoyage de canaux par une communauté dans l'Artibonite, permettra de réduire l'impact des futures catastrophes naturelles

Trois ans après le séisme d'Haïti : "Il faut davantage d'actions structurantes"

14 Janvier, 2013 | Conflits et Urgences

Trois ans après le séisme survenu à Haïti le 12 janvier 2010, plusieurs employé-e-s d'Oxfam nous livrent leurs impressions et sentiments personnels sur le travail accompli et ce qu'il reste à faire pour aider le pays à se redresser. 

J’implémentais un programme d’Oxfam lancé en 2008 en réponse à une crise alimentaire dans le Nord-est d'Haïti quand le séisme a frappé. Je suis tout de suite rentré pour renforcer l’équipe d’Oxfam et j’ai été affecté comme responsable de programme de la commune de Delmas.

Des défis de taille

Ce n’était pas une zone où Oxfam intervenait avant, il a fallu établir rapidement des contacts avec les autorités et les membres de la communauté mais beaucoup de défis nous attendaient. L’étendue de la commune à elle-seule constituait un énorme problème sans compter que c’était la zone de plus forte concentration de personnes déplacées (IDPs). On devait intervenir dans de nombreux sites spontanés, formés parfois de centaines de gens mais aussi de milliers de gens comme ce fut le cas du camp Golf. C’était une période éprouvante ; ces gens avaient parfois tout perdu.

Nous avons mis en place des services d'approvisionnement en eau, d'assainissement et de sensibilisation à l'hygiène (EAH) et soutenu les moyens de subsistance de milliers de personnes pendant un certain temps mais j’ai été surtout marqué par la stratégie de sortie des camps mise en œuvre une fois venue la période de transition. Demander à des gens dépouillés de tout et sans sources de revenus de continuer à commander des camions d’eau aurait été impossible. Nous avons donc utilisé des kiosques dans les quartiers et avons fait la liaison pour que la Dinepa, institution étatique responsable de la gestion de l’eau et de l’assainissement, se charge de leur approvisionnement régulier. L’une des grandes satisfactions de cette expérience a été de voir le niveau de participation et d’implication de la communauté surtout au travers des comités d’eau créés. 

En ce qui concerne les moyens de subsistance, le choix de soutenir la recapitalisation de petites marchandes s’est révélé payant. Un suivi quelques mois après l’allocation des fonds a montré combien cette stratégie a été efficace pour la reprise de leurs activités. Nous avons aussi aidé à la création et/ou à la structuration d’associations de gens de petits métiers qui ont aussi reçu des outils et l’encadrement technique nécessaire. 

S’adapter à l’évolution du contexte 

Pendant la période de transition, l’équipe a été restructurée et je suis devenu responsable de l’équipe mobile en EAH qui assurait la maintenance des structures installées durant notre première phase de réponse à Carrefour, Carrefour-Feuilles, Delmas et Croix-des-Bouquets. Aux premiers signes de propagation du choléra à Carrefour, nous avons effectué une évaluation rapide et lancé une réponse. Depuis, nous n’avons pas arrêté.

Travailler dans l’humanitaire demande de développer une rapidité de réflexion et une précision hors pair pour sauver des vies, fournir des services adéquats aux gens en situation difficile et permettre une reprise du cours normal de leur vie. 

Une population préparée pour des périodes moins troubles

Je travaille depuis un certain temps dans l’humanitaire mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il faut beaucoup plus d’actions structurantes au niveau des programmes de développement visant à réduire l’impact des catastrophes naturelles sur la population. Les urgences, il y en aura toujours, mais en mettant plus d’efforts à construire la résilience de la population, il y aura moins de casse-tête car nous serons moins vulnérables et mieux préparés.  

Originaire du Cap-Haïtien, Gansly Jean est économiste et sociologue de formation. Il a travaillé dans l’administration publique dans les années 1990 et a été professeur à l’université à la même période de même qu’animateur d’une rubrique économique à la Radio Tropicale. En 1998, il intègre une ONG locale au titre de Directeur d’un centre de formation en développement communautaire dans l’Artibonite. De 2000 à 2006, il a été responsable de programme à Plan International ; il a aussi travaillé au sein de la CHF comme Coordonateur de Programme avant d’intégrer jusqu’en 2008  l’équipe technique de la CNSA.

En savoir plus

L'intervention d'Oxfam au lendemain du séisme en Haïti

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