Dernière ligne droite pour la taxe Robin des Bois

Adam Musgrave

Publié par Adam Musgrave

Oxfam International, Chargé de mobilisation pour la campagne Santé et Education
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D’excellentes nouvelles sont arrivées de Bruxelles la semaine dernière, mardi 22 janvier : les ministres des Finances européens autorisent onze pays de l’Union européenne à instaurer une taxe sur les transactions financières (TTF). C’est un bond de géant pour la campagne en faveur de la taxe Robin des Bois.

Qu’est-ce que cela signifie ?

En novembre dernier, j’écrivais que la Commission européenne avait donné son feu vert à une procédure de « coopération renforcée », mais qu’il fallait encore l’aval du Parlement européen et du Conseil (en l’espèce, les ministres des Finances). En décembre, le Parlement votait à une écrasante majorité (533 voix contre 91, pour être précis) en faveur de la taxe. La décision des ministres des Finances, réunis hier à Bruxelles, représentait donc le dernier obstacle à la mise en place d’une taxe commune sur les transactions financières.

Les onze pays ont à présent la voie libre pour mettre en œuvre une TTF, qualifiée par le commissaire européen à la fiscalité de « jalon dans l’histoire de la fiscalité mondiale ». Si l’on se base sur la proposition de la Commission européenne (prélèvement d’un taux infime de 0,1 % sur les transactions d’actions et d’obligations et de 0,01 % sur les échanges de produits dérivés), cette taxe pourrait rapporter 37 milliards d’euros.

À quoi pourraient servir ces fonds ?

La TTF européenne ne sera une taxe Robin des Bois que si une bonne part des quelque 37 milliards d’euros de recettes annuelles est effectivement consacrée à aider les populations pauvres qui, en Europe et dans le monde, souffrent le plus de la crise économique et du changement climatique. Cette taxe pourrait permettre d’accomplir de grandes choses ; les chiffres sont renversants :

  • En 4 secondes, la nouvelle TTF européenne pourrait financer la vaccination de plus de 10 000 enfants contre la méningite en Afrique.
  • En une heure, la taxe générerait 4,2 millions d’euros, ce qui suffirait à payer les traitements annuels de plus de 5 000 enseignant-e-s en Afrique.
  • En une journée, la nouvelle taxe européenne pourrait rapporter 101 millions d’euros, ce qui permettrait de former plus de 2,5 millions de professionnel-le-s de la santé dans les pays en développement. 
  • En trois semaines, la taxe pourrait générer 2 milliards d’euros, de quoi revenir sur les réductions des aides sociales aux familles et aux enfants dans les pays européens les plus touchés par la crise financière. 
  • Affecter un quart des recettes annuelles au Fonds vert pour le climat, jusqu’à présent demeuré vide, garantirait tous les ans son réapprovisionnement à hauteur de près de 10 milliards d’euros.

L’ultime obstacle franchi, nous voici dans la dernière ligne droite de la campagne Taxe Robin des Bois. Hier, les pays européens ont clairement signifié au secteur financier qu’il doit payer les pots qu’il a cassés. Malgré des rumeurs, dans les médias, selon lesquelles la TTF alimentera un fonds européen de sauvetage des banques, aucune décision n’a été prise quant à la destination des recettes.

C’est pourquoi nous devons plus que jamais maintenir la pression sur les gouvernements pour que les fonds perçus par le biais de cette taxe aillent à celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Il est donc encore temps, si vous ne l’avez pas encore fait, de coiffer un feutre vert, voire même d’enfiler des collants, et de vous joindre aux joyeux compagnons de la forêt de Sherwood pour terminer le travail et veiller à la bonne mise en place de la taxe Robin des Bois.