Point sur la crise alimentaire au Sahel : soulager un poids

Chris Hufstader

Publié par Chris Hufstader

Oxfam America, Responsable de la communication régionale
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L’action humanitaire a permis d’éviter le pire au Sahel, mais les agricultrices et agriculteurs ont encore besoin de soutien pour éviter de futures pénuries alimentaires.

Alors que nous avons tourné définitivement la page de l’année 2012, je repense au travail d’Oxfam au Sahel au cours de l’année écoulée. En 2012, après une saison de pluies insuffisantes ou irrégulières dans la région, Oxfam et de nombreuses autres organisations humanitaires craignaient qu’une nouvelle mauvaise récolte l’année suivante ne fasse périr de faim des millions de personnes. Je suis parti à la rencontre d’agricultrices et agriculteurs dans l’extrême est du Sénégal en avril 2012 afin de voir ce dont ils avaient besoin. Ils voulaient des semences afin d’avoir de quoi planter et de la nourriture pour pouvoir travailler. Ils disaient également qu’ils avaient besoin de pluie, ce qui n’est jamais garantie au Sahel.

Oxfam a réagi à la crise dans sept pays : le Burkina Faso, le Tchad, la Gambie, le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Nous avons aidé plus d’un million de personnes en mettant en place différents programmes adaptés à la particularité du lieu. Nous avons aidé des milliers de déplacés, fuyant la violence et l’instabilité au Mali, à obtenir l’eau potable et la nourriture dont ils avaient besoin pour survivre. Oxfam a réparé des puits, a fourni du fourrage pour les animaux, et payé des gens pour travailler sur des projets de lutte contre l’érosion et sur l’amélioration des sols. Nous avons distribué du savon pour que les gens puissent rester propres, ainsi que des outils de traitement de l’eau en vue de réduire le risque de maladies d’origine hydrique. Nous avons distribué de la nourriture là où les gens n’en avaient pas, et de l’argent pour qu'ils puissent s'en procurer là où il y en avait.

L'insécurité alimentaire au Sahel, avril-juin 2012. Source : FEWS NET.

Heureusement, il a plu suffisamment dans la région en 2012. Les récoltes ont augmenté. De nombreux agriculteurs et agricultrices ont pu faire pousser quelque chose grâce à des semences, des outils, des tracteurs, des engrais, de la main-d’œuvre et d’autres apports clés. Cependant, beaucoup d’autres ont dû vendre ce qu’ils avaient récolté pour rembourser leurs dettes. D’autres n’ont pas pu cultiver grand chose, sinon rien, pour la simple raison qu’ils sont pauvres. Quand je suis retourné au même endroit en octobre, un agriculteur m’a dit qu’il ne pouvait pas cultiver un champ assez grand pour nourrir sa famille. « Je ne dispose pas d’équipement, a-t-il dit. Je ne possède pas de charrue, ni de machines pour traiter l’arachide ou le riz, ou encore un cheval. Je ne peux que porter les lourdes charges sur ma tête. Ce n’est pas facile. »

La crise est donc loin d’être terminée, même si nous avons fait en sorte d’éviter le pire. Il y aura à l’avenir d’autres années de sécheresse. C’est pourquoi Oxfam et d’autres organisations recommandent aux gouvernements d’investir dans des réserves de nourriture pour aider les gens en période de pénurie. Mais aussi de mettre en place plus de formations sur les techniques agricoles et la gestion d’entreprise pour les petits agriculteurs et, surtout, les agricultrices afin de les aider à produire plus de nourriture et à la transformer de manière à en tirer davantage d’argent.

Un soutien financier direct aux agriculteurs

Dans la région de Kédougou, dans l’est du Sénégal, une grande quantité de nourriture était disponible, mais chère, sur les marchés locaux. Oxfam a donc distribué de l’argent aux agriculteurs et agricultrices les plus pauvres. Celles et ceux que j’avais rencontré-e-s en octobre m’ont raconté avoir obtenu trois versements de 43 000 francs CFA (environ 90 dollars) en août et septembre, lorsque les ménages sont à court de nourriture pendant que leurs récoltes finissent de pousser.

Saliou Diallo, 45 ans, marié et père de trois enfants, a fait comme la plupart des agriculteurs. Il a utilisé le premier versement pour acheter l’équivalent d’un mois de nourriture : riz, épices, oignons et un peu de sucre. Diallo avait planté environ une demi-acre de maïs à une courte distance de son domicile dans un village appelé Namel. « Sans l’argent, je n’aurais pas été en mesure de travailler sur cette terre », explique-t-il, debout au milieu de ses plantations maintenant hautes d’environ deux mètres. « Avant, nous étions affamés et je travaillais l'estomac vide. Maintenant, je peux travailler sans me soucier d’où je vais trouver de la nourriture pour ma famille ».

Boulata Diallo montre son champ d’arachides. Houx Pickett/Oxfam

Boulata Diallo est une de ses voisines (aucun lien de parenté). C’est une veuve borgne de 60 ans, trapue et vive, qui cultive du maïs et de l’arachide. Elle raconte que l’argent d’Oxfam l’a aidée à acheter de la nourriture pour toute sa famille. « Nous avons acheté du maïs, du riz, du sel, de l’huile, du beurre d’arachide, des épices, du lait en poudre et des noix de kola », détaille Boulata Diallo, assise dans sa petite maison au toit de chaume. « J’ai même acheté une paire de sandales », montre-t-elle en levant un pied, chaussé d’une tong jaune fluo, et elle précise qu’elle a également « donné cinq kilos de riz à [son] voisin ».

Elle a aussi pu embaucher un voisin pour environ 3 000 francs CFA (environ 6 $) afin qu’il l'aide à travailler dans son champ d’arachides. « Ce n’est pas facile de travailler dans les champs quand vous avez faim, mais avec l’argent j’ai pu avoir un peu d’aide », explique-t-elle en longeant le périmètre de son domaine. Elle était impatiente d’obtenir un rendement décent de ses cultures d'arachides, plus tard, à l’automne, mais n’avait pas beaucoup d’espoir quant à ses plantations de maïs qui, disait-elle, n’avait pas une bonne croissance.

C’était une chaude après-midi, et alors que la lumière s’affaiblissait, nous avons pris quelques photos. Le sourire de Boulata Diallo était radieux.

« Si quelqu’un vous aide à lutter contre la famine, ca rend les gens heureux, précise-t-elle. Dieu sait que nous ne pouvons pas rembourser, mais on nous soulage d’un véritable poids. »

Article initialement publié en anglais sur le blog d'Oxfam Amérique, traduit en français avec l'aimable collaboration de ONE France

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