« La face cachée des marques » : les premières réactions

4 Mars, 2013 | CULTIVONS

La campagne « La face cachée des marques » lancée le 26 février a suscité de nombreuses réactions jusqu'à présent, preuve que les consommateurs se soucient manifestement des personnes qui se cachent derrière les produits alimentaires qu'ils achètent.

Des milliers de personnes ont agi, initiant un mouvement qui, nous l'espérons, poussera les dix grandes entreprises mondiales du secteur agroalimentaire à rompre avec la tradition centenaire qui leur permet de tirer parti des terres et d’une main-d'œuvre bon marché pour fabriquer des produits de masse et réaliser des profits colossaux. 

Sur Twitter, des personnes ont posé à ces entreprises des questions embarrassantes. À Pékin, des militants sont allés à la rencontre des consommateurs dans l’un des plus grands centres commerciaux de la ville. Aux États-Unis, les militants se sont rendus aux sièges sociaux de Coca-Cola, Pepsi et Mondelez et y ont interpellé le personnel sur les problèmes que les politiques de leurs patrons (ou le manque de politiques en l'occurrence) posent aux producteurs de denrées alimentaires qui vivent dans la pauvreté. Le Devoir , le Temps, le  New York Times, Reuters, la BBC et le Guardian, entre autres, ont couvert le sujet, qui était jusqu'à présent largement éludé dans les médias.

Alors, quelles ont été les réactions des entreprises ?

Danone n'a pas réagi du tout.

Associated British Foods, l'entreprise ayant obtenu le plus mauvais score sur la fiche d'évaluation d'Oxfam, a déclaré « l'idée qu'ABF masquerait le “coût humain” de ses chaînes d’approvisionnement sous le “voile du secret” est tout bonnement ridicule ». Il est tout à fait compréhensible qu'ABF soit déçue d'arriver en bas de notre classement des dix géants de l’agroalimentaire, mais tout le monde peut juger des faits à la base de ce classement en consultant le rapport d'Oxfam.

Coca-Cola a réaffirmé son engagement en faveur de l'environnement, de la durabilité et des travailleuses, mais n'a pas vraiment réagi à ses mauvaises performances en ce qui concerne les terres et les agriculteurs. 

Indra Nooyi, PDG de PepsiCo, a rencontré les membres d'Oxfam qui distribuaient des tracts au siège social américain de l'entreprise. Elle a été surprise et déçue d'apprendre que PepsiCo était moins bien classée que ses concurrents. Le fait qu'Indra Nooyi ait au moins manifesté un intérêt personnel est prometteur. Nous espérons cependant que son équipe de direction saura concrétiser cet intérêt et prendre les mesures qui s’imposent.

Mars a déclaré apprécier le fait qu'Oxfam se concentre sur les « graves problèmes » auxquels font face les producteurs de cacao et a reconnu le rôle important que les femmes ont à jouer face à ces problèmes. Nous saluons l'initiative de Mars en faveur des petits agriculteurs, notamment son engagement à s'approvisionner exclusivement en cacao certifié d'ici 2020. Pour autant, ces divers projets doivent s’accompagner de politiques plus globales, qui portent également sur les terres, l'eau et les droits des femmes.

Mondelez a déclaré avoir récemment alloué 600 millions de dollars à ses programmes Cocoa Life et Coffee Made Happy, et a décrit ses initiatives pionnières d'approvisionnement en cacao certifié. Tout en saluant l’action de sensibilisation d'Oxfam, Mondelez a estimé que la fiche d'évaluation « La face cachée des marques » était une « occasion manquée » d'engager les entreprises à changer pour le mieux. Oxfam se réjouit que Mondelez réaffirme son engagement public en faveur des personnes qui cultivent les matières premières de ses produits, mais estime que répertorier ses initiatives d’intérêt local n'est pas suffisant, même si ces dernières sont tout à fait bienvenues. Nous avons demandé officiellement à Mondelez de s'engager à procéder à une évaluation complète des inégalités entre les femmes et les hommes dans ses chaînes d'approvisionnement en cacao, puis de mettre en œuvre un plan d'action pour remédier aux problèmes.

General Mills et Kellogg's se sont engagées à examiner les résultats du rapport et à s’investir davantage.

Nestlé a réagi officiellement sur son site Web en déclarant qu'elle prenait très au sérieux le défi d'Oxfam. L'entreprise a souligné son soutien en faveur des petits agriculteurs, de l'utilisation durable de l'eau et de la lutte contre le travail des enfants. Il n’en demeure pas moins que l'entreprise a obtenu des scores faibles au sujet des terres et des femmes, ce qui est préoccupant compte tenu de leur importance dans sa chaîne d’approvisionnement. Nestlé n'a mis en place aucune directive exigeant de ses fournisseurs qu'ils adoptent une politique de tolérance zéro en matière d'accaparement de terres. De même, elle ne sait pas combien de femmes travaillent dans sa chaîne d'approvisionnement en cacao et si elles risquent d'être exclues ou exploitées.

Unilever a salué le fait que nous mettions l'accent sur une plus grande transparence et sur l'importance du rôle des droits fonciers et des femmes, importance que l'entreprise déclare avoir soulignée lors du G20. Cependant, Unilever a également qualifié la campagne « La face cachée des marques » d’« occasion manquée », regrettant qu’elle ne porte pas sur toutes les entreprises qui devraient s’unir pour lutter contre le problème crucial de la sécurité alimentaire mondiale. « Des changements de cette nature nécessitent de vastes partenariats et doivent aller plus loin que l'observation du rôle des grandes sociétés alimentaires », a déclaré l’entreprise.

Unilever a tout à fait raison d’affirmer que les problèmes de sécurité alimentaire ne seront surmontés que si toute une série d'acteurs se mobilisent, aussi bien les consommateurs que les gouvernements ou les entreprises. Les entreprises alimentaires doivent jouer un rôle de premier plan à cet égard, comme le fait Unilever, par exemple, en intégrant des petits agriculteurs dans les chaînes de valorisation. Nous comptons voir de nouveaux engagements et de nouvelles actions publiques de la part d'Unilever pour combler ses lacunes en matière de développement durable, notamment prévenir les accaparements de terres et promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes.

Globalement, nous pensons que parmi les « dix géants », une poignée s'est efforcée de nouer un dialogue constructif autour des arguments publiés dans « La face cachée des marques ». Pour autant, hormis quelques exceptions, nous estimons que leurs réactions ont été globalement tièdes et, au mieux, largement prévisibles – des réponses décevantes au regard de la puissance indéniable qu'elles possèdent et de l’ampleur et l'urgence du problème. 

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