Une journée dans les coulisses du traité sur le commerce des armes à l'ONU

Anna MacDonald

Publié par Anna MacDonald

Oxfam International, Coordonnatrice de la campagne Contrôlez les Armes
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« Mais concrètement, qu'est-ce que vous faites de vos journées ? »

Voilà ce que m'a demandé un de mes amis il n'y a pas longtemps. Je travaille sur le traité sur le commerce des armes (TCA) et, au cours de ces années, j'ai passé un nombre incalculable d'heures dans diverses réunions, négociations, assemblées aux Nations unies. Que s'y passe-t-il ? Qu'est-ce que nous y faisons ? A quoi ressemblent nos journées ? Je me suis dit que ça valait la peine de décrire une de mes journées type, du lever au coucher.

Voici donc ce que j'ai fait jeudi 21 mars, quatrième jour des négociations sur le traité sur le commerce des armes :

  • 7h : Je consulte mes courriels. Décalage horaire oblige, il y en a beaucoup qui sont arrivés pendant la nuit, de mes collègues en Europe.
  • 8h : Réunion des responsables de pôles : la coalition Contrôlez les armes (ou Control Arms pour les anglophones) a plus de 150 représentants présents à cette Conférence diplomatique. Nous sommes donc organisés par pôles : équipes régionales, pôles par activités (relations média, communication, plaidoyer...). Je préside l'équipe de direction, qui réunit les responsables de chaque pôle et nous passons en revue l'emploi du temps de la journée ainsi que nos principaux messages et objectifs en terme de plaidoyer.
  • 8h30 : Je cours aux Nations unies pour la réunion de briefing de la coalition. L'ensemble de la coalition est réunie. Nous partageons l'organisation et les objectifs du jour, revoyons ensemble les événements et informations importantes de la veille.
  • 9h : Je traverse la rue pour me rendre à la mission japonaise et rencontrer les « Co-Auteurs » : les sept Etats qui ont lancé le processus du traité au sein des Nations unies en soumettant les résolutions pour la création d'un traité sur le commerce des armes. Nous travaillons avec eux depuis 2006, discutons des points qui avancent et de ceux qui restent problématiques dans les négociations.
  • 10h : Point avec les médias, en téléconférence avec ma collègue américaine Nathalie. Les journalistes sont surtout intéressés par le sujet chaud du jour : les munitions. Nathalie fait du très bon boulot pour expliquer que les réticences et les arguments des Etats-unis ne tiennent pas la route.
  • 10h30 : Réunion avec la délégation britannique, aux côtés de six collègues de la coalition. Nous faisons beaucoup de réunions bilatérales comme celle-ci, en petit comité avec les pays clés dans ces négociations.
  • 11h : Validation des déclarations de Contrôlez les armes pour la session des ONG de cet après-midi.
  • 12h : Julius Arile, survivant de la violence armée au Kenya, millionième supporter de notre pétition « Un million de visages », en 2006 et maintenant marathonien, prend le contrôle du compte Twitter @controlarms pour 30 minutes. Mon collègue Lorey, véritable magicien du web, le guide pour qu'il tweete son point de vue sur les négociations et ce qu'il attend d'un traité sur le commerce des armes.
  • 12h30 : Rapide discussion avec l'Islande, qui est vraiment active sur le sujet de la violence sexiste dans le traité. L’Islande a rédigé une déclaration signée par de nombreux Etats, 80 à l'heure actuelle. Réussir à mobiliser de larges groupes d'Etats sur des sujets clés est une de nos principales tactiques pour les négociations.
  • 13h : Réunion avec la délégation du Pacifique. Un certain nombre d'entre nous font partie de délégations d'Etats. C'est une façon pour nous d'apporter notre aide aux petites délégations, sur les questions techniques et cela nous donne un accès à la totalité des sessions de négociations.
  • 13h20 : Je fais une interview par téléphone pour une des agences de presse des Nations unies. Ils veulent en savoir plus sur le soutien croissant à l'inclusion d'un critère sur la violence sexiste et me demandent où en sont les négociations sur la question des munitions.
  • 13h35 : Je sors des Nations unies pour 20 minutes pour aller prendre un sandwich avec Roy, un de mes collègues qui travaille pour SaferWorld, et co-dirige lui aussi la coalition Contrôlez les armes. Nous en profitons pour préparer notre réunion avec certains Etats « progressistes ».
  • 14h : Des réunions informelles sur le champ d’application du traité commencent dans la salle principale. Les discussions se concentrent à nouveau sur les munitions : jusqu'ici, les Etats-Unis ne démordent pas de leur position, mais le Nigéria demande pourquoi, alors que 300 millions d'Africains ont besoin que les munitions soient incluses dans le traité, elles en sont absentes ? Nous voyons quelques Etats africains à ce sujet et sur les améliorations à apporter aux critères selon lesquels un transfert d'armes doit être autorisé.
  • 15h : La session plénière principale reprend.
  • 15h15 : Je discute des façons d'améliorer le texte avec un groupe d'Etats favorables au traité. Nous convenons de nous revoir pour partager nos analyses sur la prochaine ébauche de texte, attendue le lendemain. La fin de semaine aussi va être chargée !
  • 15h40 : De retour à la session plénière pour suivre les négociations, je discute en bilatéral avec plusieurs délégations sur le sujet crucial des restrictions du traité.
  • 17h : Valérie Amos, coordinatrice humanitaire des Nations unies fait une déclaration au nom des agences onusiennes. Les propos sont forts, insistant sur les raisons pour lesquelles les droits de l'Homme, le droit humanitaire et le développement doivent être au cœur du traité sur le commerce des armes.
  • 17h15 : Déclaration des ONG. Au cours des négociations, une session est accordée aux ONG pour qu'elles présentent leurs points de vue. Cinq collègues de Contrôlez les armes expliquent nos recommandations sur ce qu'il faut encore modifier, par rapport au texte qui a été présenté hier et insistant sur ce que le Traité doit comprendre pour être réellement efficace. Après nous vient le tour du lobby pro-armes, uniquement des Américains. Leurs arguments ne sont pas pertinents : le TCA n'affectera pas le droit de posséder une arme aux Etats-Unis et les délégués présents dans la salle commencent à discuter entre eux pendant que le même discours est répété encore et encore.
  • 18h : Pause de la session plénière. Roy et moi avons une rapide conversation avec Peter Woolcott, président de la Conférence finale, d'autres collègues se rendent aux sessions informelles sur le transit d'armes pendant que d'autres courent se chercher un sandwich avant que la session ne reprenne.
  • 19h : Reprise de la session plénière. J'ai le temps d'écouter quelques déclarations avant que mon téléphone ne sonne : c'est à nouveau un journaliste.
  • 20h45 : la session plénière s'achève, en avance. Il était prévu qu'elle dure jusqu'à 22h mais tous les esprits sont déjà fixés sur le texte attendu demain, ce qui freine un peu les interventions.
  • 22h : Session informelle sur les détournements d'armes, sous la houlette du Mexique, un autre Etat très actif dans le processus.
  • 23h : Je rejoins quelques collègues dans un bar tout proche, où nous discutons autour d'un verre de notre stratégie média pour le lendemain.
  • 24h : Je m'écroule !

Une longue journée parmi d'autres, que je ne suis d'ailleurs certainement pas la seule à connaître ! Tant de personnes - diplomates et représentants d'ONG - travaillent dur ici, chaque heure, donnant tout ce qu'elles ont pour obtenir enfin un traité sur le commerce des armes.

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