Un autre regard sur la situation des femmes déplacées au Mali

Habibatou Gologo

Publié par Habibatou Gologo

Oxfam Great Britain, Coordinatrice Média et communication, Mali
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Kadidiatou Yara est chargée de programme Education et coordinatrice d’un projet d’Oxfam destiné à maintenir les filles scolarisées dans la capitale du Mali, Bamako, depuis 2010. Elle a fait partie de l’équipe d’Oxfam qui a conduit une évaluation en février 2013 dans les régions de Mopti et de Ségou, au centre du Mali. Elle nous raconte ci-dessous le déroulement de cette mission d’évaluation et le choc qu’elle a eu lors de ses rencontres avec des femmes déplacées.

Kadidiatou Yara

« L’objectif de notre mission était entre autres de mesurer l’impact du conflit en cours au Mali sur la population déplacée, les communautés hôtes et les personnes aux revenus faibles.

Notre équipe était composée de sept personnes représentant chacune un domaine de compétence différent comme la logistique, la sécurité alimentaire, l’hygiène et l’assainissement, le suivi-évaluation et la communication. Je m’occupais de l’aspect protection et ne travaillais donc pas de la même façon que les autres membres de mon équipe parce que mes groupes de discussion étaient uniquement réservés aux femmes et jeunes filles et abordaient des sujets qui requièrent beaucoup de discrétion.

A la périphérie

Cette précaution m’a permis d’avoir un autre regard sur les quelque 200 femmes avec qui j’ai pu discuter à Sévaré, Konna, Douentza et San* au cours d’un périple d’une dizaine de jours sur plus de 1 500 kilomètres.

Mon impression personnelle, au-delà du travail d’Oxfam, était un sentiment de choc, de pitié et de compassion pour ces femmes qui ont quitté leurs foyers pour s’installer dans un environnement malsain. Elles vivent en insécurité, et dans des conditions précaires, dans des maisons de location ou des maisons inachevées, souvent à la périphérie des zones urbaines.

Des difficultés différentes d'une ville à l'autre

D’une ville à l’autre, les difficultés rencontrées par les femmes ne sont pas identiques. Par exemple à Konna et Douentza,  où l’armée a procédé à des frappes aériennes,  il n’y a pas beaucoup de déplacés et  les besoins exprimés sont principalement l’eau et l’électricité.

Alors qu’à Sévaré, où on trouve de nombreux déplacés, les femmes, bien que recensées par les autorités, déplorent un manque de soutien qui, pour elles, se traduit par leur non accès aux dons distribués par les différentes organisations. Ces femmes vivent  en permanence dans la peur, la tourmente et la psychose. La nuit, certaines n’arrivent pas à trouver le sommeil. D’autres disent avoir perdu du poids.

A Konna, notamment, les femmes rencontrées revivent sans cesse les frappes aériennes de l’armée française aux alentours du 10 janvier 2013.

Des conditions de vie dégradantes

La plupart se plaignent de la saleté à laquelle elles ne sont pas habituées et d’autres conditions de vie qu’elles trouvent dégradantes. Elles n’apprécient donc pas qu’on les voit ainsi.

Afin de les aider à retrouver leur dignité, ces femmes ont besoin d’un soutien psychologique. Cet appui pourrait commencer par l’organisation de discussions qui les pousseront à parler, à raconter leurs difficultés. Ensuite, nous pourrons les appuyer avec des activités génératrices de revenus comme elles en ont exprimé le besoin. »

* Sévaré, Konna et Douentza se trouvent dans la région de Mopti et San dans la région de Ségou.

Propos recueillis par Habibatou Gologo. Photos: Habibatou Gologo/Oxfam

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