Sidra, 12 ans, originaire de Damas, est arrivée à Zaatari il y a deux jours. Elle a pu emprunter un fauteuil roulant à un voisin pour se rendre à l'hôpital du camp.

Réfugiés de Syrie : vivre avec un handicap dans le camp de Zaatari, en Jordanie

19 Avril, 2013 | Conflits et Urgences

Pour tous les réfugiés de Syrie, il est très difficile de s’habituer aux conditions de vie dans le camp tentaculaire de Zaatari, en plein désert jordanien. Ça l’est d’autant plus pour les personnes qui souffrent d’un handicap ou ont des besoins particuliers.

C’est dans la principale artère, près de l’entrée du camp, que j’ai rencontré Sidra, 12 ans, arrivée deux jours plus tôt avec sa mère et son frère. Ils sortaient de l’un des hôpitaux du camp où ils avaient inscrit la jeune fille et demandé un fauteuil roulant.

Paraplégique, Sidra avait dû emprunter un fauteuil roulant à un voisin pour se rendre à l’hôpital. Fatima, sa mère, m’a expliqué qu’elle avait décider de quitter la Syrie en grande partie parce qu’il devenait de plus en plus difficile, avec les combats, de trouver l’aide médicale dont sa fille a besoin. Même si, précise-t-elle, son mari, qui travaille dans le bâtiment, est resté parce qu’il estimait pouvoir encore gagner de l’argent pour sa famille.

« C’est principalement pour la sécurité de ma fille que nous sommes venus ici. Sans son état de santé, nous n’aurions pas quitté la Syrie. Chaque fois qu’il y avait un bombardement, tout le monde allait se cacher dans l’abri, sauf ma fille qui ne pouvait pas.

« Quelqu’un devait rester la tenir. Sans la miséricorde de Dieu, nous serions morts sous les bombes depuis longtemps. Rien que le fait de savoir ma fille en sécurité me console. Cela valait la peine de venir ici. »

Fatima et ses enfants espèrent pouvoir bientôt emménager dans une caravane, dans laquelle ils auront un peu plus d’espace et d’intimité que dans une tente. Mais ils souhaient surtout obtenir un fauteuil roulant pour Sidra, pour qu’elle puisse gagner en indépendance et se déplacer dans le camp.

« Je suis très reconnaissante de toute l’aide que nous avons déjà reçue, déclare Fatima. Les organisations sont très bonnes ; elles nous traitent avec beaucoup de respect. »

Une liste d'attente pour obtenir un fauteuil roulant

Pourtant, avec plus de 171 000 réfugiés actuellement enregistrés à Zaatari, toutes les organisations – à court de financements – peinent à dispenser toute l’aide qui serait nécessaire.

Photo d'Omayya, réfugiée syrienne

De nombreuses autres familles sont également sur la liste d’attente pour un fauteuil roulant. Omayya, 70 ans, en fait partie. Elle est restée paralysée suite à un AVC l’an dernier. Cette grand-mère énergique, qui faisait encore la cuisine et le ménage après avoir travaillé aux champs, passe désormais ses journées allongée sur un fin matelas dans sa caravane préfabriquée.

« Le plus difficile, c’est aller aux toilettes, confie-t-elle. Je reste couchée ici toute la journée, sans pouvoir bouger et sans compagnie, sauf si quelqu’un vient me rendre visite comme ma belle-fille. Je pense que ça irait beaucoup mieux si je pouvais avoir un fauteuil roulant.  Je me sens très seule, clouée sur ce matelas. »

Jeff Silverman, le spécialiste Mobilisation sociale, Égalité hommes-femmes et Redevabilité d’Oxfam, se rend régulièrement auprès d’Omayya pour lui apporter des couches d’urgence. Il a signalé son cas à des organisations qui s’occupent des personnes ayant des besoins particuliers et pourraient mieux l’aider.

Les sanitaires d’Oxfam, qui sont presque terminés, ont été conçus de façon à faciliter l’accès des personnes handicapées aux toilettes et aux douches. L’organisation recherche également des chaises percées pour les personnes qui, comme Omayya, sont paralysées et ne disposent pas de fauteuil roulant.

« Les personnes ayant des besoins particuliers ou les personnes âgées souffrant de maladies ou de déficiences physiques sont parmi les plus vulnérables, explique Jeff. Il leur est difficile de se rendre aux distributions ou d’accéder à l’eau ou aux installations sanitaires et d’hygiène. »

La population du camp est si nombreuse que les personnes ayant des besoins particuliers peuvent facilement être délaissées ou passer inaperçues, surtout si elles ne peuvent pas quitter leur tente ou leur caravane et restent hors de vue de celles et ceux qui pourraient leur apporter de l’aide.

Photo de Miriam, jeune réfugiée syrienne, en train de dessiner

Mais Hamda, cette mère de sept enfants qui vient de Deraa, est bien décidée à ce que cela n’arrive pas à sa fille de cinq ans, Miriam, qui est née paralysée des membres inférieurs et a besoin de couches.

« Il y a de l'espoir »

Fillette pleine de vitalité, Miriam était occupée à dessiner dans un livre de coloriage quand je leur ai rendu visite dans la caravane familiale. Sa mère affirme qu’elle aime aussi chanter. « Si une école pouvait accepter Miriam, elle irait sûrement, regrette Hamda. Mais à l’école du camp, ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas les moyens d’accepter les enfants handicapés. »

« Il n’y a pas de mots pour décrire les problèmes que nous rencontrons au jour le jour, pour expliquer combien c’est difficile. Miriam est si jeune qu’elle n’en a pas encore conscience. »

Mais pour Hamda, il est hors de question de baisser les bras ; elle continuera de se battre pour améliorer le sort de sa fille et obtenir l’assistance médicale spécialisée que son état requiert. D’ailleurs, elle est convaincue qu’on peut encore la guérir.

« Il me semble qu’un déambulateur pourrait l’aider ici. Quand elle a un mur sur lequel s’appuyer, elle peut marcher un peu sur ses talons. Il y a de l’espoir. Je ne crois pas que son cas soit désespéré. »

Plus d'un million de réfugiés de Syrie ont besoin d'urgence d'eau, de nourriture, d'abris. Merci de vos dons !

En savoir plus

Blog : Pourquoi la Syrie est devenue la toute première priorité d'Oxfam

Faites un don pour soutenir l'action d'Oxfam face à la crise en Syrie

Permalink: http://oxf.am/UwV