Jour de la Terre 2013 : les grandes entreprises agroalimentaires en font-elles assez face au changement climatique ?

David Waskow

Publié par David Waskow

Oxfam America, Responsable du programme Changement climatique
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A l’occasion du Jour de la Terre, ce lundi 22 avril, nous publions cette analyse sur la façon dont les grandes entreprises agroalimentaires devraient s’attaquer aux causes et conséquences du changement climatique.

La semaine dernière lorsque j'ai lu dans les journaux des titres sur la possible chute des récoltes de café au Vietnam de 30 % à cause de la sécheresse, cela m'a inquiété et laissé un goût amer dans la bouche.

La cause de cela : le changement climatique.

Les événements climatiques de plus en plus graves et les autres impacts climatiques ruinent d'ores et déjà la production alimentaire au niveau mondial, et ce n'est que le début ! Les petits agriculteurs des pays en développement en sont les plus durement frappés et bien trop souvent, les cultures dont dépendent leur vie et leurs moyens de subsistance sont directement mises en danger.

Ainsi, lorsqu'Oxfam a commencé à travailler sur sa nouvelle initiative La face cachée des marques et sur une fiche d'évaluation étudiant les politiques des dix plus grandes entreprises agroalimentaires sur une série de problématiques vitales pour les petits agriculteurs, le changement climatique en faisait partie, à juste titre.

Nous avons étudié les politiques des entreprises sur le changement climatique sous deux angles, en prêtant attention à la façon dont elles agissent sur les causes et les conséquences du réchauffement climatique.

  • Tout d'abord, nous avons cherché à savoir si les principales entreprises œuvrent réellement contre les risques liés au changement climatique dans leurs chaînes d’approvisionnement et si elles soutiennent la résilience des petits agriculteurs confrontés aux impacts tels que les pénuries d'eau et les tempêtes.
  • Ensuite, nous avons voulu savoir si ces entreprises œuvraient à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, notamment celles d'origine agricole. 

La plupart de nos évaluations sont basées sur les rapports des entreprises établis selon le format de rapport du CPD (anciennement Carbon Disclosure Project).

Ce que nous avons découvert nous a surpris. Ce n’est pas parce qu'une entreprise a obtenu une bonne note dans un domaine (le renforcement de la résilience au changement climatique ou la réduction des émissions), qu'elle est exemplaire dans les autres domaines. Unilever, qui a obtenu une note de 74 % dans la fiche d'évaluation au sujet des émissions, n'en est qu'à 30 % en ce qui concerne ses politiques autour des risques climatiques et du renforcement de la résilience des petits agriculteurs. L'entreprise doit se concentrer sur la résilience tout autant qu'elle prête attention aux émissions, bien qu'elle puisse encore faire des progrès en la matière. L'échec d'Unilever à traiter des questions de la résilience souligne le triste état global des choses en ce qui concerne l'engagement des dix géants en matière de risques climatiques et des impacts auxquels sont confrontés les petits agriculteurs. Le score moyen de l'entreprise à ce sujet s'élevait à 25 %.

En matière de politiques sur la résilience face au changement climatique, une entreprise, Nestlé, s'est plutôt bien débrouillée. Elle a obtenu un score de 83 % sur les éléments de résilience de sa fiche d'évaluation. Ceci est dû en grande partie au fait que les rapports CPD et autres politiques de l'entreprise mettent l'accent sur l'importance de s'attaquer aux conséquences des changements climatiques tels que les pénuries d'eau ou les conditions météorologiques imprévisibles. Il est toutefois à regretter que l'entreprise n'ait pas obtenu de si bons résultats en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre. Dans ce domaine, globalement, Nestlé se situe dans la moyenne avec un score de 44 %. En revanche, en ce qui concerne ses politiques spécifiques en matière d'émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole, son score chute bien en dessous de la moyenne, à 23 %.

Mais ce qui nous a franchement le plus surpris et déçu, ce sont les politiques trop faibles de certaines entreprises en matière de changement climatique dans l'ensemble. Associated British Foods, General Mills, et Kellogg’s ont respectivement obtenu des notes de 3 %, 9 % et 12 % en matière de résilience face au changement climatique. Leurs scores en ce qui concerne leurs politiques sur les émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole s'élevaient respectivement à 15 %, 0 % et 8 %. Ces entreprises sont clairement à la traîne lorsqu'il s'agit de s'attaquer aux causes et conséquences du changement climatique sur leurs chaînes d’approvisionnement.

Elles doivent prendre conscience des effets de leurs agissements. Les populations les plus pauvres du monde pâtissent des politiques de ces entreprises. Cela doit changer !

Cet article, traduit de l'anglais au français, a été publié initialement sur le blog d'Oxfam Amérique (Etats-Unis)