La face cachée des marques : bilan mi-figue mi-raisin sur les droits des travailleurs agricoles

Irit Tamir

Publié par Irit Tamir

Oxfam America, Conseillère Campagne et plaidoyer
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Pour de nombreuses personnes du monde entier, le 1er mai correspond à la « fête du travail », l’occasion de célébrer les réalisations des ouvriers et travailleurs de notre société. Nous avons donc pensé que c’était le moment idéal pour nous intéresser de plus près aux notes des dix géants de l’agroalimentaire sur leurs politiques en faveur des droits des ouvriers dans notre fiche d’évaluation « La face cachée des marque ». Résultat des courses : le bilan est plutôt mitigé.

Commençons par la bonne nouvelle : dans la fiche d’évaluation « La face cachée des marques », certaines des meilleures notes ont été atteintes dans le secteur des droits des ouvriers. La mauvaise nouvelle, en revanche, c’est que les notes n’atteignent toujours pas la zone verte correspondant à la mention « Bien ». Et il n’y a franchement aucune raison pour que cela soit le cas. Après tout, contrairement à certaines des autres thématiques de la fiche d’évaluation, le problème des ouvriers existe dans ces entreprises depuis très longtemps. Rappelez-vous du roman La Jungle d’Upton Sinclair, qui met en lumière les conditions de travail horribles des ouvriers travaillant dans l’industrie de la viande au début des années 1900. Et pourtant, les entreprises ne font toujours pas ce qu’on attend d’elles !

D’un point de vue méthodologique, les indices d’évaluation des « droits des ouvriers » ont été bien plus faciles à développer que pour certaines des autres problématiques de la campagne « La face cachée des marques », puisqu’ils s’appuient sur les conventions de l’Organisation internationale du travail et sur les normes fondamentales des droits humains, acceptées depuis déjà pas mal de temps.

Bien que les entreprises ayant obtenu la meilleure note de 6 (Coca-Cola, Nestlé et Unilever) en fassent probablement plus pour leurs propres employé-e-s, elles n’ont pas étendu la plupart de ces normes à leur chaîne d’approvisionnement. Il s’agit pourtant d’un point essentiel car la main d’œuvre est souvent l’atout le plus précieux que possèdent les petits producteurs et les personnes sans terre.

Les ouvriers du secteur agricole sont parmi les personnes les plus pauvres des zones rurales. Leurs emplois sont souvent temporaires, leurs salaires sont bas et leurs conditions de travail peuvent s’avérer très précaires voire dangereuses. Il existe plus de femmes que d’hommes impliquées dans des emplois agricoles rémunérés. Toutefois, malgré leur supériorité numérique, elles sont généralement « invisibles » aux yeux des entreprises, des États et des institutions internationales. Leurs organisations peuvent se révéler fragiles et leur accès aux services de sécurité sociale et aux autres avantages est souvent minimal.

Étant donné que 75 % des personnes les plus pauvres du monde vivent dans des zones rurales, les entreprises agroalimentaires peuvent avoir un énorme impact dans l’amélioration de la qualité de vie des ouvriers tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Pour ce faire, elles doivent s’assurer que des salaires permettant de vivre décemment sont versés et que le travail précaire est limité. Surtout, en respectant la représentation des ouvriers, les négociations collectives et l’accessibilité et la confidentialité des mécanismes de plainte, les entreprises agroalimentaires garantiront que chaque personne contribuant à leurs bénéfices aura son mot à dire pour ce qui est de ses moyens de subsistance et, ce faisant, de son avenir.

Contribuons à assurer un avenir meilleur aux travailleurs et travailleuses de l’agroalimentaire. Demandez aux sociétés qui détiennent vos marques préférées de mieux faire.

Cet article a été publié initialement sur le blog d’Oxfam Amérique (Etats-Unis) et traduit de l’anglais