Cueilleuses de thé à Mulanje, Sud Malawi. Photo : Abbie Trayler-Smith
Un travail pénible : la cueillette de thé à Mulanje, dans le sud du Malawi. Les cueilleurs sont payés au taux du jour, au poids, ce qui leur rapport généralement, pour 11 heures de travail, à peine 4,5 dollars par jour.

Un salaire décent pour les cueilleurs de thé, boisson la plus consommée au monde

3 Mai, 2013 | CULTIVONS

L’effondrement tragique d’une usine de confection textile au Bangladesh a douloureusement attiré l’attention sur les mauvaises conditions salariales et de travail endurées par les millions de personnes qui fabriquent nos vêtements ou produisent notre nourriture.

Un nouveau rapport publié par Oxfam et l’Ethical Tea Partnership, un groupement de 28 fabricants de thé, confirme que la main-d’œuvre à la base de la boisson la plus prisée au monde ne fait pas exception. Mais il apporte aussi une lueur d’espoir : les choses bougent.

Incapables d’établir si la main-d’œuvre des plantations de thé reçoit ou non un salaire décent, les entreprises et les ONG ont tenu un dialogue de sourds pendant des années. Pour tenter de clarifier la situation, un groupe d’organisations, dont Oxfam, l’Ethical Tea Partnership, la Sustainable Trade Initiative (IDH), Unilever et les organismes de certification Rainforest Alliance, Fairtrade International et UTZ Certified, a fait exécuter une évaluation indépendante de la rémunération et des avantages perçus par la main-d’œuvre dans les plantations du Malawi, de l’Indonésie et de l’État indien de l’Assam. 

Tous les acteurs du secteur se seront sentis mal à l’aise à la lecture des conclusions du rapport. Au Malawi, bien que conforme aux exigences légales minimales, le montant cumulé du salaire et des avantages des cueilleurs de thé – hommes et femmes – correspond approximativement à la moyenne pour le pays, mais seulement à la moitié environ du seuil de pauvreté de 2 dollars par personne et par jour, établi par la Banque mondiale. Dans l’Assam, en Inde, les cueilleurs de thé gagnent à peine plus que le seuil de pauvreté de la Banque mondiale et moins que le salaire indien moyen. Au Java occidental, en Indonésie, les revenus des cueilleurs se situent bien au-dessus du seuil de pauvreté, mais ne représentent que le quart de ce que la population indonésienne gagne en moyenne. 

Un traitement injuste

Anna Lawan Gana au Niger

Il ressort de l’étude qu’une série de facteurs profonds et complexes maintiennent les salaires à un niveau bas. Un des principaux problèmes réside dans le fait que la rémunération est fixée pour l’ensemble du secteur – il n’y a pas de différence de rémunération d’une plantation à l’autre – et qu’elle est fixée au niveau du salaire minimum légal. Or celui-ci est souvent loin de suffire aux besoins de base d’une famille. Sont également en cause l’extrême variabilité de l’offre et de la qualité des avantages en nature, tels que la garde des enfants ou le logement, et le fait que les travailleurs, notamment les femmes qui constituent la majorité de la main-d’œuvre, n’ont guère voix au chapitre dans les négociations salariales. 

Clairement, les cueilleurs de thé ne sont pas gâtés. Il est aussi évident qu’aucune organisation ne peut, à elle seule, résoudre ces problèmes. Des mesures s’imposent à l’échelle du secteur. 

Une action concertée

Heureusement, les résultats de l’étude ont convaincu de l’urgence du problème tous les membres de la coalition, y compris les fabricants de thé, et ceux-ci s’engagent à y remédier. 

Pour l’heure, la coalition s’efforce de sensibiliser le secteur et d’associer un plus grand nombre de parties prenantes à cette initiative, y compris les gouvernements, les syndicats, les distributeurs et d’autres fabricants de thé. Elle met en outre sur pied plusieurs projets nationaux, au Malawi d’abord, visant à lutter contre les bas salaires et, plus généralement, la pauvreté dans les communautés productrices de thé et à inspirer le changement dans le reste du monde. 

Des cueilleurs de thé aux consommateurs

Il convient également de rassurer les personnes qui achètent des produits certifiés : les organismes de certification se sont engagés à améliorer leurs critères relatifs à la main-d’œuvre salariée et à exiger que les plantations augmentent progressivement les rémunérations jusqu’à atteindre le niveau d’un salaire décent. 

C’est un bon début, mais il faut aller plus loin. Pour que les travailleuses et travailleurs puissent recevoir un salaire décent, d’autres facteurs ne relevant pas du champ de l’étude doivent également être revus, notamment le prix auquel les fabricants de thé, les distributeurs et, en fin de compte, les consommateurs achètent le thé, ainsi que la répartition de ce prix dans l’ensemble de la chaîne de valorisation.

Nous ne pouvons pas résoudre ce problème du jour au lendemain. Mais nous travaillons sur la question depuis quinze ans et il s’agit là de notre meilleure chance de réellement améliorer les conditions de vie de centaines de milliers de cueilleurs de thé. J’espère que, dans deux ou trois ans, les femmes employées dans les plantations de thé, à travers le monde, commenceront à voir une réelle différence. 

Photos : Abbie Trayler-Smith

En savoir plus

Téléchargez le rapport Comprendre les questions salariales dans l’industrie du thé

Découvrez la face cachée des marques

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