Réfugiés syriens : Reema, une fillette dont vous ne verrez pas le visage

Jane Beesley

Publié par Jane Beesley

Oxfam Great Britain, Responsable de communications humanitaires
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Aujourd’hui, j’ai rencontré une fillette dont vous ne verrez pas le visage, car elle craint les représailles à son retour en Syrie : « Je ne veux pas être prise en photo ; j’ai trop peur que quelque chose nous arrive quand nous rentrerons. » Je reprends ici ce qu’elle m’a dit mot pour mot ; je n’ai rien inventé. Elle a 12 ans mais en paraît 25.

Elle habite au premier étage d’une maison encore en construction, au Liban. Des gravats et du béton jonchent le sol partout. Pas de fenêtres. Aucun confort. Elle dort dans une petite « chambre » avec ses parents et ses quatre frères et sœurs. Alors que je terminais une conversation avec quelqu’un d’autre, elle est arrivée et s’est mise à me parler dans un mélange d’anglais et d’arabe. Elle commence par expliquer : « J’étais à l’école quand elle a été bombardée. Des enfants ont été tués. Nous nous sommes tous enfuis. Nous sommes partis de Syrie parce que nous avions peur des bombardements. Après celui de mon école, nous avons cru qu’ils bombardaient toutes les écoles du monde entier. » Ces paroles sont parmi les plus tristes que j’aie jamais entendues.

Fuyant les violences, sa famille a vécu trois mois dans la clandestinité et sans électricité. Photo : Sam Tarling/Oxfam

« Mes amis me manquent, dit-elle. Mes professeurs me manquent. Mes cours aussi, ceux d’anglais, d’arabe, de musique. Maintenant, je reste assise ici toute la journée. Sa mère confirme : « Elle s’ennuie et n’arrête pas de pleurer. Je ne permets pas aux enfants de jouer dans la rue, parce que je ne voudrais pas qu’ils aient des problèmes avec les autres enfants et j’ai peur qu’ils ne tombent et se fassent mal. Je ne pourrais pas payer les soins médicaux. Et la fillette de poursuivre : « Je n’ai pas de crayon ni de papier. Rien. Je me réveille le matin et je vois des enfants aller à l’école. Alors je pleure parce que, moi, je n’ai pas le droit d’y aller. Je reste assise ici et je me rappelle notre maison en Syrie, avant les combats. »

« Je n’ai aucune idée de ce qui est arrivé à mes amis »

Balayant du regard le petit espace qui lui tient désormais lieu de foyer, elle raconte : « Nous avons enlevé du sable et des pierres avec nos seules mains pour essayer de mener une vie normale ici. Il y a beaucoup de rats. Je les ai vus. Nous sommes malades à cause d’eux. » Sa maison, en Syrie, a été détruite par un bombardement il y a un an. Depuis lors, sa famille sa famille s’est déplacée d’un endroit à l’autre. Chaque fois que les combats s’intensifiaient, ils repartaient. Ils ont fini par vivre trois mois dans la clandestinité et sans électricité.

Je n’ai jamais rencontré de fillette qui s’exprime aussi bien à 12 ans. « Elle allait dans une école pour élèves brillants et était en tête de classe », m’apprend-on. Il ne fait aucun doute qu’elle adorait l’école : elle cite à plusieurs reprises les cours, les enseignants et les amis qu’elle aimait, répétant que nombre d’enfants ont perdu la vie. « Je n’ai aucune idée de ce qui est arrivé à mes amis. Je ne sais pas s’ils sont ici, au Liban, ou en Syrie. » Quand son école a été bombardée pour la première fois, « [...] juste une petite partie s’est écroulée, alors nous avons continué à aller à l’école. Mais quand elle a de nouveau été bombardée, personne ne pouvait plus y retourner. »

Le recoin servant de cuisine. Photo : Sam Tarling/Oxfam

Une année sans école

Devant le petit espace dans lequel ils préparent les repas, elle me regarde et s’excuse : « Désolée, j’ai oublié le mot en anglais. » Elle veut dire cuisine. Le reste du temps que nous passons ensemble, elle ne cesse de s’excuser : « Ça fait maintenant un an que j’ai arrêté l’école et j’oublie plein de choses. Mes professeurs m’emmenaient dans d’autres établissements pour représenter mon école. En plus des cours, j’apprenais l’anglais par moi-même, en lisant des livres. »

Avant de nous quitter, elle déclare : « J’aimais ma ville. J’aimais mon école. J’aimais mes amis. J’aimais mes professeurs. » Ses derniers mots seront : « Reviendrez-vous nous voir ? »

La famille de Reema recevra de l’argent liquide dans le cadre d’un programme de transferts monétaires mené par Oxfam. Cet argent permettra à des familles comme celle de Reema de payer leur loyer ces deux prochains mois. Elles recevront deux versements de 150 dollars.

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