La campagne CULTIVONS souffle ses deux bougies

21 Juin, 2013 | CULTIVONS

Début juin, nous fêtions le deuxième anniversaire de la campagne CULTIVONS, l’occasion de nous arrêter un instant pour faire le bilan.

Cette campagne représente notre contribution aux efforts déployés dans le monde pour transformer notre système alimentaire défaillant. Notre ambition, qui consiste à « construire un avenir où chacune et chacun d’entre nous pourra tous les jours manger à sa faim », est grande. Mais elle est à la mesure du problème et des solutions à apporter ! 

À l’heure actuelle, près de 900 millions de personnes souffrent de la faim dans un monde qui produit pourtant assez pour nourrir l’humanité. Le changement climatique, la dilapidation des ressources naturelles et la concurrence qui s’ensuit, les déchets, les inégalités et injustices tenaces, la croissance démographique sont autant de facteurs de précarité. Si nous ne redressons pas la barre tout de suite, quel espoir restera-t-il pour l’avenir ?

Avec la campagne CULTIVONS, nous avons décidé de nous attaquer à quelques-uns de ces problèmes corrélés et si épineux. Nous avons commencé par engager le dialogue, organisant des événements dans plus de trente pays : une « table pour neuf milliards » en Irlande ; débats sur ces questions avec la lauréate du prix Nobel de la paix, Rigoberta Menchu, au Guatemala ; vidéos de soutien de l’ancien président du Brésil Lula da Silva et de la star de la chanson africaine Angélique Kidjo ; lancement de la campagne en présence de l’acteur Djimon Hounsou et du Rapporteur spécial des Nations unies sur la sécurité alimentaire aux États-Unis.

Comme nous ne pouvons pas résoudre ces problèmes à nous seuls, nous collaborons avec un grand nombre d’agricultrices et agriculteurs, de groupes de femmes et d’organisations de la société civile à travers le monde. La campagne CULTIVONSGROW » dans le monde anglophone et « CRECE » en Amérique latine) se déroule maintenant dans plus de 50 pays ! 

Stop aux accaparements de terres

Nous nous sommes d’abord intéressés à l’enjeu du foncier. Les entreprises et les États font main basse sur d’immenses étendues dans les pays en développement. L’équivalent de la surface de Londres est ainsi vendu tous les six jours ! Résultat : des communautés se retrouvent sans toit et perdent les terres qu’ils exploitaient, trop souvent sans consultation préalable ni compensation. Nous nous sommes donc unis à des alliés et des partenaires pour obtenir l’adoption de nouvelles directives internationales qui permettent d’améliorer la gouvernance des droits de propriété et d’accès à la terre. L’accord a été ratifié par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale en mai 2012. Nous avons ensuite interpellé la Banque mondiale sur son rôle dans le financement des accaparements de terres. Avec l’appui de 50 000 personnes et l’aide de Coldplay, nous l’avons amenée à reconnaître son obligation de protéger les droits fonciers dans le cadre de ses propres opérations foncières et à accepter que soit menée une évaluation indépendante de l’incidence de ses activités sur les droits fonciers.

La face cachée des marques

Dans le cadre de notre campagne La face cachée des marques, nous nous penchons à présent sur le rôle du secteur privé, notamment des dix principales entreprises mondiales de l’agroalimentaire, lesquelles représentent un chiffre d’affaires total de plus d’un milliard de dollars par jour. Nous voulions savoir comment ces entreprises, dont Nestlé, Coca Cola et Unilever, mènent leurs affaires et influent sur le système alimentaire. Nous avons donc procédé à une analyse approfondie de leurs politiques sociales et environnementales et sommes arrivés au constat que toutes manquent à leurs devoirs, même si à des degrés divers. À Pâques, nous avons dénoncé le traitement honteux que les grands fabricants de chocolat infligent aux femmes dans leurs chaînes d’approvisionnement en cacao. Plus de 100 000 personnes se sont mobilisées et ont exhorté Nestlé, Mars et Mondelez – qui à eux trois pèsent pour 40 % du marché du chocolat et achètent un tiers de la production mondiale de cacao – à s’amender. En l’espace de quelques semaines, ces trois géants se sont engagés à prendre des mesures en faveur des femmes, à revoir leurs chaînes d’approvisionnement et à adhérer aux principes d’autonomisation des femmes énoncés par l’ONU.

La campagne CULTIVONS a désormais pris son essor dans plus de 50 pays à travers le monde En voici quelques exemples. En Tanzanie, nous avons sensibilisé le public au rôle essentiel que jouent les femmes grâce à notre concours national : les héroïnes de l’alimentation. Ce concours qui fait l’objet d’une émission de télévision, du style Big Brother, suivie par des millions Tanzaniennes et Tanzaniens, a inspiré des projets similaires partout dans le monde, du Canada au Tadjikistan. Au Guatemala, avec des partenaires et des alliés, nous avons amené le gouvernement à investir davantage dans des programmes de production alimentaire gérés par le ministère de l’Agriculture. Au Pakistan, nous collaborons avec le monde agricole et le gouvernement à une nouvelle initiative ayant pour objectif la « faim zéro ». Aux Pays-Bas, nous avons poussé quatre banques internationales à adopter de nouvelles politiques visant à prévenir toute implication dans des accaparements de terres. De même, en France, en Allemagne et en Belgique, nos campagnes nationales ont ciblé les banques pour mettre fin aux pratiques préjudiciables de spéculation sur les matières premières agricoles ; plusieurs, dont BNP Paribas et le Crédit Agricole, nous ont entendus et ont pris les mesures qui s’imposaient. 

Flambée des prix des denrées alimentaires

Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire pour réduire la faim dans le monde et en finir avec l’injustice de notre système alimentaire. Les prix alimentaires restent élevés et instables, ce qui oblige les plus démunis à acheter des produits meilleur marché et de moins bonne qualité (voir l’étude que nous avons menée récemment dans dix pays). Nous avons contribué à mettre la question des droits fonciers sur le radar des responsables politiques, mais nous ne devons pas pour autant baisser la garde. Il nous faut veiller à ce que ces avancées conduisent à des mesures concrètes sur le terrain. Nous devons continuer à faire pression sur les grandes entreprises pour qu’elles adoptent des pratiques responsables. Et nous devons continuer à joindre notre voix à d’autres voix, car nous avons la conviction que c’est la clé de la réussite !

Le coût du changement climatique

Mais peut-être le défi le plus important pour l’avenir de notre planète est-il l’impact du changement climatique sur notre capacité de production alimentaire. Avec la raréfaction des ressources naturelles, l’imprévisibilité des conditions météorologiques et la multiplication de phénomènes extrêmes, ainsi que l’augmentation des besoins alimentaires, ce sera encore plus difficile pour les millions de personnes vulnérables et défavorisées de manger à leur faim. Selon les dernières données scientifiques, le changement climatique est appelé à atteindre des niveaux désastreux pour nombre de systèmes alimentaires importants. Nous avons très peu de marge de manœuvre pour limiter les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux raisonnables. C’est pourquoi, à partir de 2014, la campagne CULTIVONS portera essentiellement sur les questions primordiales de l’alimentation et du changement climatique.

Notre campagne La face cachée des marques passera à la vitesse supérieure pour inciter les grandes entreprises mondiales du secteur alimentaire à se lancer dans une « course au sommet ». Nous poursuivrons en outre nos activités innovantes et très diverses dans tout autant de pays.

Mais nous aurons besoin de votre aide et votre soutien pour pouvoir changer la donne. Des données et des faits tangibles ne suffisent pas à éveiller l’attention des responsables politiques ; il faut aussi le poids du nombre. La campagne CULTIVONS s’inscrit dans un mouvement naissant, en plein essor, et nous avons besoin de votre engagement – qu’il s’agisse d’actions dans votre vie personnelle, de faire pression sur les États et les entreprises ou de vous joindre à notre dialogue mondial sur l’alimentation. 

Nous vous remercions pour votre soutien !

Si ce n'est déjà fait, rejoignez le mouvement dès à présent !

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