Sahra et sa famille ont fui le conflit en Syrie avec quasiment rien, si ce n'est les vêtements qu'ils portaient sur eux. Photo : Sam Tarling

Réfugiés de Syrie au Liban : « nous ne sommes pas seuls »

24 Juin, 2013 | Conflits et Urgences

« Maman, sommes-nous devenus des mendiants ? » La fille de Sahra lui a posé cette question. C’est d’ailleurs littéralement la première chose qu’elle nous raconte lorsque nous la rencontrons avec d’autres femmes réfugiées à Shabreeha, dans le sud du Liban.

Ces femmes sont au Liban depuis quatre à dix mois. Sahra, son mari et leurs trois enfants ont fui le conflit en Syrie, n’emportant quasiment que les vêtements qu’ils portaient sur eux. Ces vêtements ont maintenant fait long feu. « Mes enfants ont honte quand ils sortent. » Avant de quitter la Syrie, la famille n’a cessé de se déplacer, laissant ses maigres possessions dans différents endroits, soit parce qu’ils ne pouvaient pas les porter, soit que l’intensité des combats ne leur permettait pas de les récupérer. « Nous avons habité des endroits dont je n’avais jamais entendu parler ! Ma famille m’appelait pour savoir où j’étais et, quand je leur annonçais le nom du lieu où nous avions trouvé refuge, ils répondaient systématiquement en demandant où cela se trouve. Même moi je ne le savais pas précisément, alors que je suis Syrienne. »

J’ai demandé à Sahra ce qu’elle avait répondu à ses enfants quand ils lui avaient demandé s’ils étaient devenus des mendiants. « Je leur ai expliqué que nous ne sommes pas les seuls. Beaucoup de gens sont dans la même situation. Si nous voulons survivre, nous devons accepter l’aide de ces organisations. Il n’y a pas de travail pour votre père, mais nous devons bien continuer à vivre. » Et Sahra d’ajouter avec tristesse : « Les temps sont très durs pour eux. » 

Des emplois rares, des produits alimentaires coûteux

Pour les réfugiés syriens, les épiceries sont bien plus chères au Liban que chez eux. Les coupons d'Oxfam aideront 150 000 people déplacées par le conflt en Syrie. Photo : Sam Tarling/Oxfam

La fille aînée de Sahra a 16 ans et cherche du travail. Elle est coiffeuse de formation. Sahra m’explique que sa fille compatit énormément avec son père. Il lui est impossible de trouver du travail. Son dos est en mauvais état car il souffre d’une hernie discale. Comme il est physiquement très limité, elle essaye de le remplacer. Elle a déjà écrit une liste de tout ce qu’elle allait acheter à chacun des membres de la famille. Elle veut offrir un nouveau pantalon à une de ses sœurs et de nouvelles chaussures à une autre tant elles sont en piteux état. Elle veut également m’offrir une nouvelle robe. Elle m’a dit : « Maman, fais-moi une liste de ce que tu voudrais acheter au supermarché et j’irai tout acheter dès que j’aurai trouvé du travail et reçu un salaire. »

Malheureusement, comme l’explique Sahra, sa famille n’est pas la seule dans ce cas. Plus de 490 000 réfugiés vivent à présent au Liban. Tandis que certaines vivent dans des appartements traditionnels, de nombreuses familles ne sont pas en mesure de payer les loyers qui ont doublé ou triplé ces derniers mois. De nombreux réfugiés vivent maintenant dans des garages humides et sombres, dans des abris en bois construits à la hâte ou dans des campements. Le peu d’argent que les réfugiés ont pu emporter a été rapidement dépensé. Sahra et les autres femmes expliquent que la nourriture et les autres produits indispensables sont beaucoup plus chers au Liban qu’en Syrie. Les chances que sa fille trouve du travail sont maigres. En effet, les réfugiés entrent en concurrence avec les Libanais et les emplois sont rares. Les perspectives d’avenir ne sont pas bonnes. Même si elles le souhaitent ardemment, Sahra et ses amies ne pensent pas pouvoir rentrer en Syrie avant longtemps.

Dans le cadre du programme d’Oxfam, qui bénéficie du soutien financier du gouvernement des Pays-Bas, la famille de Sahra reçoit un équipement d’hiver (dont un matelas, quatre coussins et deux couvertures) ainsi que des bons donnant droit à de l’alimentation et des articles d’hygiène.

Oxfam invite les donateurs internationaux à continuer à soutenir l’appel humanitaire lancé en faveur de la Syrie. Le programme d’aide aux Syriens piloté par les Nations unies n’est financé qu’à hauteur de 60 %. Notre objectif est de venir en aide à 650 000 personnes d’ici à la fin 2013, mais notre travail n’est financé qu’à concurrence de 20 %.

>> Faites un don pour soutenir l'action d'Oxfam face à la crise en Syrie <<

En savoir plus

Crise en Syrie : le point sur la situation et sur l'action d'Oxfam

Permalink: http://oxf.am/UWJ