Recommandations au président Barack Obama lors de son voyage en Afrique

Publié par Winnie Byanyima

Oxfam International, Directrice générale
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Au cours des dix prochaines années, des ressources naturelles d’une valeur de plus de mille milliards de dollars seront extraites du sol africain. Aujourd’hui, les exportations africaines de pétrole, de gaz et de minerais s’élèvent à plus de 300 milliards de dollars par an, soit quatre fois plus que le montant de l’aide reçue par le continent. Mais cet argent ne sert pas à construire des routes, des écoles et des hôpitaux pour les populations africaines. En fait, l’essor des industries extractives contribue souvent à les enfoncer davantage encore dans la pauvreté et l’impuissance.

Par exemple, sous les pieds des habitants de Kédougou, au Sénégal, les gisements aurifères sont exploités à grande échelle. Les richesses trouvées dans leur sol n’ont pourtant rien rapporté à leur communauté. Nombreux sont ceux qui ne peuvent plus accéder aux terres dont ils tiraient leur subsistance et qui leur permettaient de subvenir aux besoins de leur famille. Beaucoup n’ont même pas reçu d’indemnité digne de ce nom lorsqu’on les a expulsés de force, sans consultation préalable.

Le président des États-Unis, Barack Obama, avait raison quand il a dit, il y a quatre ans, que l’avenir de l’Afrique repose sur les institutions africaines. J’espère qu’il saisira l’occasion de sa visite au Sénégal, en Afrique du Sud et en Tanzanie pour dénoncer le manque de transparence et de responsabilité qui perpétue la pauvreté et les inégalités sur le continent.

Les dirigeantes et dirigeants africains doivent faire preuve de plus d’ouverture concernant les dépenses publiques et l’emploi des droits d’exploitation et des royalties qu’ils tirent des sociétés pétrolières et minières actives sur leur territoire. Les citoyennes et citoyens africains sont en droit de décider de la meilleure façon de mettre les ressources de leur pays au service de leur propre avenir. Laissez-les revendiquer leurs droits et lutter pour leur propre développement.

Pour sa part, le président Obama devra montrer l’exemple et publier les données sur l’aide publique au développement (APD) américaine. En tant que destinataires de cette aide, les citoyennes et citoyens africains ont le droit de savoir si ces fonds permettent d’obtenir des résultats. Le peuple américain aussi a le droit de savoir. Les États-Unis sont l’un des principaux bailleurs d’aide au monde ; qu’ils ne soient pas aussi l’un des moins transparents.

Lors de son dernier voyage en Afrique, en 2009, Barack Obama a invité les Africains à davantage prendre en main leur développement. Le gouvernement américain ne doit pas leur rendre la tâche inutilement difficile. La capacité des populations locales à décider de la façon dont l’aide est dépensée et à piloter leurs propres efforts de développement en partenariat avec les États-Unis a une valeur immense.

Il faut à présent changer la donne pour les populations africaines et, par des réformes équitables, permettre que les ressources de l’Afrique bénéficient à tous ses habitants. L’appui en ce sens du président Barack Obama sera fortement apprécié.

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