Réfugiées syriennes : plongée dans l’incertitude

Claire Seaward

Publié par Claire Seaward

Oxfam Great Britain, Responsable de campagne et plaidoyer sur la crise en Syrie
Partagez cette page: 

Dans un camp de réfugiés au Liban, j’ai récemment fait la connaissance de Reema*, une jeune Syrienne de 19 ans. Dans son pays natal, Reema avait toute sa vie devant elle. Elle venait de terminer le lycée et était sur le point d’entrer à l’université. Soucieuse de se construire un avenir, elle avait soif d’étudier.

Mais la maison de sa famille a été bombardée et, avec ses parents et ses sœurs, elle a dû fuir. Elle se trouve à présent dans un camp de réfugiés, désemparée, sans possibilité de poursuivre des études ni de gagner son indépendance, sans espoir d’un avenir meilleur.

L’histoire de Reema n’est hélas pas unique ; c’est l’histoire de nombreux Syriens et Syriennes.

Au cours des quatre derniers mois, j’ai rencontré beaucoup de femmes réfugiées au Liban et en Jordanie, qui m’ont fait l’honneur de me confier leur histoire. Dans une telle crise, il est souvent difficile de recueillir les points de vue et les préoccupations des populations. Les voix des femmes se font particulièrement rares.

Beaucoup de Syriennes ont du mal à faire face à la réalité. Comme vous et moi, elles avaient un foyer, un emploi, l’eau et l’électricité à la maison et accès à un système scolaire et de santé. Certaines sont professeures d’université, architectes, et leurs maris jardiniers-paysagistes, maçons ou chefs d’entreprise. Mais un jour, tout cela a été fini.

« Jamais je n’aurais pensé que cela puisse nous arriver »

Les nombreuses mères que j’ai rencontrées s’inquiètent surtout pour leurs enfants. Beaucoup ont quitté la Syrie parce qu’elles craignaient pour la vie de leurs fils et de leurs filles. Elles s’inquiètent que leurs enfants ne reçoivent pas d’éducation, que l’eau qu’ils boivent les rende malades et de ne pas pouvoir leur donner assez à manger.

Les femmes enceintes redoutent d’accoucher et d’élever leur enfant dans un camp poussiéreux et sale, dans lequel seuls des soins médicaux rudimentaires sont accessibles.

En écoutant ces récits, je me rends compte de la chance que j’ai eue de grandir dans un pays aussi stable et prospère que l’Australie. Quand je suis malade, je vais voir mon médecin traitant. Il me suffit d’ouvrir un robinet pour avoir de l’eau potable. Comment ferais-je si je devenais moi aussi réfugiée ? Je ne sais vraiment pas.

Il y a peu de risque que cela m’arrive. Mais c’est aussi ce que pensaient les femmes que j’ai rencontrées. « Jamais je n’aurais pensé que cela puisse nous arriver » est l’une des phrases que j’ai le plus entendues dans la bouche des réfugiées syriennes.

Aide aux réfugiés en collaboration avec des organisations locales

Depuis le début du conflit il y a trois ans, 1,7 million de personnes ont dû quitter la Syrie pour chercher la sécurité dans les pays voisins, arrivant parfois sans rien d’autre que les vêtements qu’ils avaient sur le dos. 4,25 autres millions de personnes sont restées en Syrie, mais ont dû partir de chez elles en quête d’un lieu plus sûr.

Oxfam et de nombreuses autres organisations peuvent aider les réfugiés à faire face aux difficultés immédiates. Par exemple, en collaboration avec des organisations locales, nous distribuons de l’argent liquide et des bons pour que les familles puissent s’acheter à manger et se payer un toit, que ce soit dans un sous-sol, dans un bâtiment à l’abandon ou sous une tente confectionnée de bâches en plastique.

Les dons d’États comme l’Australie et de simples citoyens sont une vraie source de soulagement et permettent de sauver des vies.

L’ONU a récemment lancé un appel de fonds de 5 milliards de dollars pour répondre aux besoins humanitaires des victimes de la crise syrienne en 2013. C’est une somme considérable, mais il n’en faut pas moins pour apporter une aide essentielle – vivres, eau, abris et soins médicaux – aux millions de personnes touchées.

La sécurité, une condition préalable au retour

En revanche, les organisations humanitaires telles qu’Oxfam ne sont pas en mesure de sécuriser la Syrie pour permettre aux réfugiés de rentrer chez eux. Il appartient aux gouvernements et aux groupes d’opposition en Syrie de le faire et nous les engageons instamment à trouver au plus vite une solution pacifique à la crise.

Les femmes à qui j’ai parlé souhaitent ardemment rentrer chez elles. Elles aiment la Syrie. Mais en attendant que ce soit sûr, elles demeurent dans l’incertitude de l’avenir, dans des pays comme le Liban et la Jordanie.

Pour aider des femmes comme Reema à reprendre pied, faites un don pour l’action humanitaire d’Oxfam face à la crise en Syrie.

*Reema n’est pas son vrai nom.

Sur le même sujet

L'action d'Oxfam face à la crise en Syrie

Participez à l'appel mondial pour des pourparlers de paix pour la Syrie