La 1ère réunion internationale des femmes qui transforment le monde était organisée à Madrid, du 10 au 12 octobre 2013

D'Amérique Latine, d'Afrique et d'Espagne, des femmes qui changent le monde

18 Octobre, 2013 | CULTIVONS, Justice de genre

Du 10 au 12 Octobre 2013, a eu lieu à Madrid, en Espagne, une rencontre de femmes activistes défenseurs des droits des femmes.

Venues d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Espagne, ces femmes ont en commun d’agir chacune dans son milieu pour transformer le monde. Oxfam Intermón (Espagne) a pris l’initiative dans le cadre de son projet « Avanzadoras » et de la campagne CULTIVONS, de réunir ces femmes afin de créer un cadre d’échanges d’expériences et d’apprentissage mutuels, de tisser des liens qui facilitent la mise en réseau, d’assurer par la même occasion la visibilité de la situation de ces « avanceuses », c'est-à-dire ces femmes rurales qui luttent pour leurs droits, notamment, les droits à l’alimentation, à la terre et aux autres ressources de production, ainsi qu'à la prise de décision.

Un combat commun contre les injustices

Dans une ambiance des plus conviviales, les participantes ont communiqué et se sont raconté leurs luttes respectives pour accéder à la terre et aux autres droits économiques et sociaux, dans des contextes différents mais ayant tous en commun l’exclusion des femmes, des inégalités et injustices. Les débats ont permis d’analyser toutes ces réalités faites d’inégalité et d’injustices qui affectent les communautés mais plus particulièrement les femmes.

Ainsi, en Amérique Latine, c’est l’industrie extractive qui s’accapare des terres et ressources naturelles dans de nombreux pays, provoquant des déplacements de populations entières. Le contexte de conflits armés vient parfois exacerber les difficultés.

En Afrique, les coutumes et les religions privent traditionnellement les femmes de l’accès à la terre, mais le continent commence à être affecté également par le phénomène d’accaparement des terres dont sont essentiellement responsables l’agrobusiness et l’industrie extractive dans certaines parties du continent.

Des questions aussi cruciales que les relations entre femmes rurales et urbaines, les alliances entre femmes, l’incidence des politiques de développement rural sur les femmes et l’autonomisation des femmes ont fait l’objet de débats approfondis en petits groupes.

Des stratégies adaptées au contexte

Face à ces réalités, les femmes adoptent des stratégies de lutte variées et adaptées à leur contexte. Les exemples ne manquent pas :

  • L’organisation des travailleurs et travailleuses agricoles afin de défendre leurs droits permet de réelles avancées comme au Brésil avec le Contag (Confederacion Nacional de trabajadores y trabajadoras de la agricultura) qui représente 20 millions d’affiliés et est présidé par une femme, ou au Burkina où l’association des femmes étuveuses du village de Bagré comprend déjà 460 membres.
  • L’organisation en coopérative des femmes productrices de cacao en République Dominicaine a contribué à renforcer leur pouvoir économique et conséquemment leur capacité à améliorer leur cadre de vie, y compris l’infrastructure routière et les équipements collectifs de leur village.
  • La formation des femmes agricultrices sur leurs droits civils, politiques, économiques et sociaux par le Wildaf (Women in Law and Development in Africa) leur permet de mobiliser les autres femmes, les autorités traditionnelles et religieuses et les communautés villageoises du Burkina Faso, du Togo, du Ghana, du Bénin et du Libéria pour changer les coutumes inégalitaires en matière d’héritage et d’accès à la terre, assurer l’accès à des parcelles de terre dans des conditions pérennes par les femmes, influencer les lois et politiques agricoles et foncières en faveur des femmes, et participer davantage à la prise de décision au niveau des villages et au sein des organisations paysannes . Au Niger, grâce à l’utilisation du coran pour sensibiliser les femmes et les populations rurales, le Réseau des femmes pour la paix a démontré que c’est par une certaine interprétation du livre Saint que les femmes sont exclues de l’accès à la terre.
  • Le suivi budgétaire par les femmes rurales, sanctionné par un feu rouge, vert ou jaune, organisé au Mexique par Movimiento de Mujeres por la Igualdad, permet de s’assurer de l’intégration du genre au budget par les différents ministères. Au Burkina, les étuveuses de riz, informées du projet d’agrobusiness sur des centaines de milliers d’hectares de terre ont rapidement perçu le danger en matière de dépossession des villageois de leurs terres et ont mené un plaidoyer qui leur a permis d’obtenir quelques centaines d’hectares pour les femmes de l’association.

Les obstacles restent nombreux

Les témoignages de résistance , de lutte et le courage des femmes qui obtiennent déjà des résultats en arrivant à transformer les situations d’injustices et d’inégalités, ne doivent hélas pas faire oublier les difficultés et les dangers qu’elles doivent affronter, ni le chemin qui reste à parcourir en vue d’un monde plus juste.

  • En Amérique Latine, elles sont parfois emprisonnées comme terroristes
  • Que ce soit là-bas ou en Afrique, elles doivent concilier leurs responsabilités d’activistes avec les obligations qui leur incombent en tant que mères et épouses et sont amenées à choisir dans des cas extrêmes, entre la poursuite de leur lutte et leur vie conjugale
  • En Amérique Latine comme en Afrique, le capitalisme représenté par les multinationales, les agrobusiness et les industries extractives a la peau dure et est souvent conforté par la dictature ou des régimes militaires. 
  • Le système patriarcal et les extrémismes religieux qui se renforcent mutuellement ne sont pas plus aisés à combattre et transformer, leurs racines et tentacules étant plus profondes et ramifiées qu’on ne le croie.

Face à l’âpreté de la lutte ces femmes qui œuvrent à transformer le monde en arrivent à oublier de prendre soin de leurs corps eux-aussi durement éprouvés.

Mais l’espoir réside véritablement dans la détermination de ces « avanceuses ». Ragaillardies par les moments d’intenses échanges, elles ont résolu de rester unies, de maintenir les échanges, de se renforcer continuellement et de poursuivre leur organisation, de développer davantage les liens entre femmes rurales et femmes urbaines, femmes du Sud et femmes du Nord, femmes de toutes conditions sociales. Elles se sont séparées en ayant chacune avec des mots très touchants et lourds de sens, pris l’engagement de poursuivre la lutte, quel qu’en soit le prix.

>> Retrouvez les principaux événements organisés dans le cadre de la semaine CULTIVONS à travers le monde <<

Permalink: http://oxf.am/UCa