Un plaidoyer vibrant de l’ambassadeur des Philippines pour la lutte contre le changement climatique

Al Kinley

Publié par Al Kinley

Oxfam Great Britain, Chargé de campagnes numériques
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À l’ouverture de la conférence des Nations unies sur le changement climatique, hier à Varsovie, les représentants et représentantes des pays du monde entier se sont pressés dans la salle de conférence pour entendre le principal négociateur philippin, Yeb Sano, témoigner de la « désolation inimaginable et sans précédent laissée par le typhon Haiyan, le plus puissant de l’histoire ». Dans un appel émouvant, Yeb Sano a raconté son angoisse atroce alors qu’il attendait des nouvelles de ses proches, son soulagement d’apprendre que son frère avait survécu et les événements traumatisants vécus, au cours des derniers jours, par son frère qui « affamé et épuisé, a rassemblé de ses propres mains les corps de victimes ». 

Ce fut de loin l’intervention la plus émouvante qu’il m’ait été donné d’entendre depuis que je suis, au fil des ans, les aléas des négociations sur le changement climatique. Ces mots poignants ont confronté chaque personne présente dans cette salle de conférence gigantesque, souvent si impersonnelle, à la réalité du changement climatique que vivent les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète. Et oui, beaucoup n’ont pas pu retenir leurs larmes.

Des phénomènes climatiques extrêmes plus nombreux

Malgré l’impossibilité d’imputer une tempête, une inondation ou une canicule donnée au changement climatique, la communauté scientifique est catégorique : le risque de phénomènes météorologiques extrêmes, tels que le typhon Haiyan, va s’accroître avec le réchauffement climatique.

C’est pourquoi l’appel de Yeb Sano a constitué le plaidoyer le plus éloquent qui soit en faveur de la réduction des émissions et de l’aide aux efforts de préparation et d’adaptation des pays pauvres aux phénomènes météorologiques extrêmes et imprévisibles. Pourtant, rien ne garantit que les représentants et représentantes des pays présents à la table des négociations de Varsovie soient disposés à agir avec la célérité requise.

Dans l’immédiat, les populations des régions sinistrées des Philippines ont besoin de vivres, d’eau, de soins médicaux et d’abris, et Oxfam met tout en œuvre pour apporter de l’eau potable et de l’assainissement aux familles de certaines des régions les plus gravement touchées. Mais les communautés pauvres des Philippines, du Bangladesh, du Mozambique, du Guatemala et du monde entier ont aussi besoin d’aide pour pouvoir se préparer et s’adapter à des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et imprévisibles.

Mettons un terme à cette folie

Les États peuvent montrer qu’ils ont bien entendu les paroles de Yeb Sano et qu’ils sont prêts à prendre les mesures qui s’imposent de toute urgence pour lutter contre le changement climatique ; ici même, à Varsovie, ils doivent adopter un mécanisme international de réparation des « pertes et dommages », prenant en compte les effets du changement climatique auxquels il est impossible de s’adapter, tels que la perte de vies humaines ou la destruction d’un pays.

Les pays développés doivent en outre indiquer comment ils entendent mobiliser les 100 milliards de dollars annuels jusqu’en 2020, promis il y a quatre ans à Copenhague, pour financer la lutte contre le changement climatique. Ils doivent aussi s’engager fermement, ici et maintenant, à apporter des fonds pour permettre aux pays pauvres de faire face aux effets du changement climatique.

Les pays pauvres en première ligne du changement climatique ont besoin de connaître les montants dont ils pourront disposer, de savoir que ces fonds ne proviendront pas de budgets d’aide déjà engagés ou ne prendront pas non plus la forme de prêts difficiles à rembourser. Nul ne peut nier que cela représente une somme importante, mais ce n’est qu’une goutte dans l’océan par rapport aux sommes colossales – jusqu’à 90 milliards de dollars par an – que les pays riches ont dépensées pour subventionner les énergies fossiles entre 2005 et 2011.

Selon l’expression de Yeb Sano, « ce que mon pays traverse suite à ce phénomène météorologique extrême est de la folie. La crise climatique est une folie [...] nous pouvons mettre un terme à cette folie. Ici même, à Varsovie. »

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