Victor Rosales, bénéficiaire de l'aide d'Oxfam, lors d'une distribution de kits d’hygiène à Daanbantayan, aux Philippines. Photo : Chee Chee Leung/OxfamAustralie
Victor Rosales, bénéficiaire de l'aide d'Oxfam, lors d'une distribution de kits d’hygiène à Daanbantayan, aux Philippines. Photo : Chee Chee Leung/Oxfam

Après le typhon Haiyan aux Philippines, renaître des décombres

27 Novembre, 2013 | Conflits et Urgences

Par Cherian Mathews, directeur régional d’Oxfam Asie

Je reviens tout juste des zones sinistrées par le typhon à Daanbantayan et sur l’île de Bantayan, dans la province de Cebu, aux Philippines. À l’aller, j’avais la tête pleine des scènes de destruction et des visages désespérés de femmes et d’enfants que diffusaient les chaînes de télévision. Mais je suis revenu enthousiasmé et ému par l’énergie dont font preuve les communautés sinistrées, les autorités locales et les bénévoles face à l’adversité. Dans les régions où je me suis rendu, les gens se remettent très vite de la tragédie causée par le typhon Haiyan.

Déterminés à reconstruire

De l’aéroport de Cebu, je suis directement parti avec mes collègues pour la région de Daanbantayan où Oxfam allait distribuer de l’aide. Alors que les paysages défilaient, j’ai pu prendre la mesure des destructions : arbres déracinés, habitations démolies, poteaux électriques abattus, églises sans toit... Rien ne semblait avoir résisté à la violence des vents. Sans se laisser décourager, les équipes des services publics d’électricité s’affairaient à réparer les dégâts tandis que d’autres groupes dégageaient la route, coupant les branches cassées et brûlant les déchets et décombres accumulés. Dans nombre d’habitations, les travaux de reconstruction avaient commencé. J’ai vu quelques agriculteurs de retour aux champs, et des petits marchés et des commerces en pleine effervescence. Des hommes, des femmes et des enfants rentraient chez eux les mains chargées de biens de première nécessité après une distribution. La détermination à se battre et reconstruire sa vie au plus vite se lisait sur les visages.

Les images d’impuissance que j’avais vues à la télévision ont bientôt fait place à des images d’espoir et de dignité. Certes, il faudra des mois aux communautés sinistrées pour se remettre pleinement de cette catastrophe. Mais c’est un début prometteur.

À mon arrivée sur le lieu de distribution de PayPay Barangay, dans les locaux de l’école communale, des femmes et des hommes faisaient patiemment la file pour recevoir les colis d’aide. Des responsables locaux et des bénévoles aidaient le personnel d’Oxfam à procéder à la distribution. J’y ai fait la connaissance d’un jeune homme dynamique d’une vingtaine d’années, appelé Ian. Il hélait les gens et leur donnait des instructions sur un ton enjoué. « Ma propre famille et des proches ont été touchés par la catastrophe. Mais je tiens à aider ma communauté. J’apporte mon soutien à l’équipe d’Oxfam dans cette région-ci. Entre-deux, je trouve le temps de retourner auprès de ma famille pour donner un coup de main », explique-t-il avec enthousiasme et fierté.

Rouvrir l'école, pour avoir le sentiment d'un retour à la normalité

Selon le directeur, l’école a hébergé de nombreuses familles depuis le passage du typhon. La plupart d’entre elles sont maintenant rentrées chez elles, même quelques-unes doivent encore s’y attarder. « Je suis fermement décidé à rouvrir l’école la semaine prochaine. Cela aidera les enfants à se remettre quelque peu de la tragédie, en leur donnant comme un sentiment de retour à la normalité », déclare le directeur. Avec ses collègues et les responsables locaux, il veille au bon déroulement des secours.

Pour atteindre l’île de Bantayan, il faut prendre un ferry ; la traversée dure plus d’une heure. Pendant que nous attendions sur l’embarcadère, une femme de près de 70 ans nous a invités dans sa buvette. « Quand le typhon s’est abattu, je me suis réfugiée ici. Ma maison a été complètement détruite, et je vis encore dans cette boutique, raconte-t-elle montrant son logement de fortune. Les deux premiers jours, il n’y avait plus ni eau ni électricité. J’avais faim et soif. Maintenant les affaires reprennent avec la remise en service du ferry. » Bien qu’elle ait perdu son toit et ses biens, elle s’exprimait avec chaleur et espoir. C’était touchant.

Relancer l'économie locale

Sur l’île de Bantayan, j’ai rencontré Jose B. Esgana, le maire de Santa Fe. Il nous a introduits dans son bureau et nous a expliqué l’ampleur des destructions dans sa commune. « Je suis entré en fonction en juillet 2013 et j’étudiais différents besoins de développement dans la région. Mais avec cette catastrophe, je suis complètement débordé. J’ai besoin de beaucoup de soutien pour pouvoir aider ma communauté », plaide-t-il. Dans le bureau, sa femme et sa fille prêtaient main forte avec la coordination de l’assistance.

Rowena Inso a reçu un kit Oxfam d’hygiène
Rowena Inso avec le kit Oxfam d’hygiène et de purification de l’eau qu’elle vient de recevoir. Elle se réjouit de ne plus devoir dormir à même le sol de terre battue. Photo : Anne Wright/Oxfam

« Maintenant que nous entrons en phase de relèvement, nous n’avons plus tant besoin d’articles de première nécessité que d’aide en espèces. Cela permettra aux communautés de reconstruire leur vie comme elles l’entendent. Cela permettra également de relancer notre économie locale », ajoute-t-il. Jose B. Esgana a proposé à Oxfam d'installer son centre de coordination à la mairie, puisque l’organisation cherche à mettre en place des programmes de rétablissement à long terme sur l’île, en aide aux communautés sinistrées.

Puis, je me suis rendu dans une autre commune, à Madridejos où Oxfam a commencé à distribuer ses kits d’hygiène. En chemin, j’ai de nouveau été témoin de l’ampleur de la dévastation. Fait intéressant, j’ai aussi remarqué des rangées de poulaillers familiaux. L’île de Bantayan, et plus particulièrement la commune de Madridejos, est connue pour sa production avicole. Les poulaillers ont été détruits par le typhon et les communautés ont commencé à en réparer les toits.

« Salamat po », merci !

Au centre de distribution, je me suis joint aux bénévoles et au personnel d’Oxfam pour leur donner un coup de main avec la distribution. Les membres de la communauté se présentaient et acceptaient les bons d’achat le sourire aux lèvres. Pendant cette distribution, plusieurs sentiments se sont bousculés en moi. Une femme m’a pris la main et m’a remercié avec effusion. J’en suis resté sans voix, pensant qu’Oxfam n’est qu’un des nombreux canaux par lesquels l’aide mobilisée grâce à la générosité des donateurs est distribuée. Bénéficier d’une aide est un droit pour cette femme. Ne sachant pas quoi répondre, je lui ai souri et ai simplement dit « Salamat po », ce qui veut dire merci en tagalog.

Le soir, j’ai assisté à la réunion entre les bénévoles et les collègues d’Oxfam en charge des opérations de secours dans les trois communes de l’île de Bantayan. Nous avons évalué le travail de la journée et planifié les activités du lendemain. Chacun a fait part des résultats obtenus et des difficultés rencontrées. Toutes et tous étaient épuisés, mais des étincelles brillaient dans leurs yeux tandis qu’ils établissaient les objectifs du lendemain, le nombre de familles ou de personnes sinistrées auxquels ils porteraient assistance. Au moment où j’écris ces mots, plus de 25 000 personnes ont déjà bénéficié de l’aide d’Oxfam dans les régions touchées par le typhon Haiyan.

Le lendemain matin, je quittais l’île de Bantayan. À bord du ferry, alors que je regardais l’île s’éloigner, je pouvais clairement voir les habitants de l’île de Bantayan renaître.

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Commentaires

benevol

Bonjour, nous serons sur bantayan dimanche au soir pour presque une semaine, recherche vous des benevoles si oui nous pouvons vous donnez de notre temps pour de l aide. merci

Permalink: http://oxf.am/w5X