A-t-on retenu les leçons pour les Philippines ?

Mark Goldring

Publié par Mark Goldring

Oxfam Great Britain, Directeur général
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Il y a à peine trois ans, en 2010, le séisme d’Haïti, suivi par de terribles inondations au Pakistan, provoquait une onde de choc dans le monde entier. Les États comme le public ont alors donné corps à un immense élan de générosité. L’aide humanitaire internationale est montée en flèche pour atteindre 20,2 milliards de dollars, afin d’au moins tenter de faire face à « l’année des deux méga-catastrophes ».

En 2011, l’aide s’est approchée de ce chiffre, malgré un retard tragique pour les populations confrontées à une crise alimentaire au Sahel et surtout dans la Corne de l’Afrique. En 2012 en revanche, l’aide a accusé une baisse de 2,3 milliards de dollars par rapport à 2010. L’appel de fonds lancé par l’ONU n’a été financé qu’à un peu plus de 60 %. 2012 est ainsi devenue « l’année de la plus faible couverture des besoins en plus dix ans », selon le rapport 2013 de Global Humanitarian Assistance (en anglais uniquement).

Mais revenons rapidement à aujourd’hui ou, du moins, à la veille du passage du typhon Haiyan, qui a dévasté une grande partie de l’archipel des Philippines. Nous approchions déjà de la fin de l'année 2013 où la situation en syrie est devenue la pire crise de réfugiés en vingt ans depuis le terrible épisode du génocide rwandais et ses séquelles dans ce qui était alors le Zaïre.

Puis est arrivé Haiyan

Sans parler des millions de personnes qui souffrent dans d’autres pays tels que la République démocratique du Congo où sévit la plus longue et grave crise au monde – une « méga-crise » sur tous les plans, sauf celui des médias qui continuent d’éluder honteusement le sujet. Cette crise se poursuit pour des milliers et des milliers de Congolaises et Congolais encore confrontés à la violence, en dépit de la défaite du M23 au début du mois.

En cette année marquée par une série de méga-catastrophes, la communauté internationale va-t-elle accroître l’aide humanitaire pour faire face aux crises des Philippines, de la Syrie, du Congo et à d’innombrables autres ? Ou va-t-elle échouer maintenant, en 2013, là où elle avait réussi en 2010 ? Il faut de toute évidence apporter une aide massive et rapide aux Philippines. Mais la communauté internationale ne fera vraiment preuve de décence que si elle assure aussi une aide humanitaire suffisante ailleurs, à l’approche de la fin de cette année 2013.

Associer les communautés locales

L’aide doit être efficace, appropriée et responsable, de même que suffisante. C’est pourquoi nous ne devons pas oublier les leçons sur l’importance desquelles nous nous accordions tous au lendemain d’Haïti, du tsunami de l’océan Indien et de trop nombreuses autres catastrophes. L’Évaluation de l’aide humanitaire en Haïti, publiée l’an dernier, résumait bien les choses. L’aide humanitaire « a certes répondu aux besoins immédiats des zones affectées – voire dans certains cas excédé ces besoins. Cependant [...] les Haïtiens auraient dû être intégrés plus étroitement, et dès le départ, ce qui aurait permis d’assurer que les stratégies, les choix politiques et la mise en œuvre des programmes visant à porter secours aux communautés affectées aient été plus judicieux au regard des besoins des victimes. »

Il est navrant de rappeler que la principale évaluation après le tsunami, publiée en 2007, exprimait déjà un regret similaire. Il y était dit que l’aide internationale « était le plus efficace lorsqu’elle donnait les moyens d’agir aux acteurs locaux, leur facilitait la tâche et leur apportait un appui ». Or, bien que la majeure partie de l’aide ait été satisfaisante, « il existe un besoin énorme de faire mieux et de soutenir les propres efforts de secours et de relèvement des communautés touchées, et [...] de s’investir beaucoup plus dans la réduction des risques de catastrophe et dans la préparation » à l’avenir.

Investir dans le renforcement des capacités aux Philippines

D’une part, c’est précisément ce qu’Oxfam et de nombreuses organisations humanitaires font, y compris aux Philippines. Depuis les effroyables souffrances causées par le typhon Ketsana en 2009, Oxfam aide les ONG philippines à développer leur Consortium d’intervention humanitaire, tout en se tenant prête à intervenir en cas de catastrophe qui, comme le typhon Haiyan, dépasserait leurs seules capacités. D’autres organisations font de même, ayant pleinement conscience que le défi posé par de telles catastrophes ne consiste pas tant à intervenir qu’à renforcer la résilience des populations face à de nouvelles catastrophes à l’avenir. L’ampleur colossale de Haiyan ne signifie certainement pas que les efforts menés par le gouvernement philippin pour mieux se préparer et intervenir soient demeurés vains. Au contraire, ces efforts ont joué un rôle essentiel.

D’autre part, les possibilités qu’ont les donateurs et les organisations humanitaires d’investir davantage dans les organisations locales restent malheureusement inexploitées à travers le monde, un point soulevé par le rapport Missed Opportunities (en anglais uniquement), publié à point nommé il y a deux semaines.

Nous n’avons pas le droit à l’erreur aux Philippines. Rares sont ceux qui le contesteront, des signes bien visibles de l’aide internationale, tels que le porte-avion USS George Washington, sont indispensables. Mais la vraie valeur de l’action internationale se mesurera à l’aune de sa capacité à soutenir l’action locale et à s’inscrire dans la durée. Car, Haiyan ne sera, hélas, vraisemblablement pas la dernière catastrophe de grande ampleur que les Philippines et un nombre croissant d’autres pays essuieront.

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