Des ouvrières d'une usine de confection textile rentrent du travail en "romork" (remorque), au Cambodge. Photo : Chhor Sokun/Banque mondiale
Des ouvrières d'une usine de confection textile rentrent du travail en "romork" (remorque), au Cambodge. Photo : Chhor Sokun/Banque mondiale

Secteur privé et services publics : quelles solutions contre la pauvreté ?

2 Décembre, 2013 | CULTIVONS

Création d’emplois, d’innovation, de richesses... Le secteur privé offre de formidables voies de sortie de la pauvreté. En même temps, les pays en développement ouvrant grand les bras aux échanges commerciaux et aux investissements, le rayonnement, l’influence et l’impact des entreprises privées s’étendent. Compte tenu de ce pouvoir d’influer – pas toujours dans le sens de l’amélioration – sur la vie des personnes vivant dans la pauvreté, il est essentiel qu’Oxfam se mobilise.

De plus en plus, nous lançons des campagnes sans complaisance visant à amener les entreprises à assumer l’impact de leurs activités. Nous nous employons également à établir des partenariats porteurs de transformation avec les leaders du secteur privé. 

Notre expérience du développement au carrefour entre affaires et pauvreté nous a amenés à une prise de conscience aiguë du fait que les effets bénéfiques de la participation du secteur privé ne peuvent compenser les préjudices causés. Ainsi, par exemple, la création de 2 000 emplois ne saurait justifier le déplacement de 20 000 personnes privées de leurs terres et de leurs moyens de subsistance. 

Ce mois-ci, suite à la mobilisation de plus de 225 000 personnes qui ont signé une pétition dans le cadre de la campagne d’Oxfam pour le respect des droits fonciers, Coca-Cola a annoncé une politique de « tolérance zéro » des accaparements de terres. L’entreprise a également indiqué qu’elle autorisera les études indépendantes de l’impact social, environnemental et sur les droits humains dans l’ensemble de ses chaînes d’approvisionnement. En tant que premier acheteur mondial de sucre, Coca-Cola possède un pouvoir d’influence considérable sur ses fournisseurs et sur le secteur. Le principe « d’abord, ne pas nuire » doit s’inscrire au cœur de toutes les pratiques commerciales, et l’initiative sans précédent de Coca-Cola aura un retentissement dans l’ensemble du secteur. 

Le secteur privé, nouveau pilier de la lutte contre la pauvreté ?

Dans un article qu’il a écrit pour le blog d’Oxfam, Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale, qualifie le secteur privé de pilier de la nouvelle stratégie de la banque en matière de lutte contre l’extrême pauvreté. Le fait que la Banque mondiale se penche de près sur le rôle du secteur privé dans le développement, ainsi que sur les limites de ce rôle, est encourageant. 

Selon Jim Yong Kim, les normes de performance sociale et environnementale sont la condition sine qua non à une collaboration de la banque pour les entreprises qui souhaitent bénéficier de son expertise technique, ses relations, sa capacité d’investissement et son assurance risque. En effet, il incombe à la banque de veiller à ce que les populations les plus pauvres et les plus vulnérables ne fassent pas les frais de ses transactions avec le secteur privé. La banque doit, à cet effet, s’assurer de disposer de mécanismes solides de responsabilité, car après tout, les normes ne peuvent être efficaces que si elles sont appliquées. De même, l’assurance donnée par Jim Yong Kim que « nous tirons les leçons des échecs » est importante.

Des audits d’investissements réalisés par la Société financière internationale (IFC) et la Banque mondiale ont récemment mis en lumière des failles dans la capacité de la banque à garantir que ses opérations ne nuisent pas aux communautés locales, notamment en cas d’octroi de prêts par l’intermédiaire de banques et de fonds de capital-investissement. Pourtant dernièrement, dans au moins deux cas, la direction du Groupe de la Banque mondiale a réfuté les résultats de ses mécanismes de responsabilité, les a niés ou a omis d’y donner suite. C’est pourquoi, avec nos alliés, nous avons écrit à Jim Yong Kim pour lui demander de faire cas de ces résultats, de s’assurer que le Groupe de la Banque mondiale prend des mesures correctives et tient compte à l’avenir des éléments qui ressortent de ses mécanismes de responsabilité.

Au Brésil, de nombreux enfants souffrent de maux causés par les pesticides répandus dans les plantations sucrières. Photo: Tatiana Cardeal/Oxfam
Au Brésil, de nombreux enfants souffrent de maux causés par les pesticides répandus dans les plantations sucrières. Photo: Tatiana Cardeal/Oxfam

Le rôle fondamental des services publics

Il ne faut pas minimiser les limites du secteur privé. Fondamentalement, les gouvernements doivent préserver des cadres réglementaires efficaces. Et c’est aux gouvernements qu’il appartient de fournir les services publics essentiels : aucun pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire n’est parvenu à l’universalité ou la quasi-universalité de la santé et de l’éducation sans s’appuyer essentiellement sur un financement public et une offre publique de services. Jim Yong Kim affirme que « pour éradiquer la pauvreté absolue à l’horizon 2030, les États doivent assurer à l’ensemble de leur population un accès à des services de santé de qualité, à des prix abordables ». Nous sommes d’accord. Mais nous mettons en garde contre la tendance à, pour ce faire, augmenter la part du secteur privé dans l’offre de services de santé, car les faits montrent que cette solution n’en est pas une pour les couches les plus pauvres de la société. Par exemple, une évaluation à mi-parcours de l’initiative de l’IFC pour la santé en Afrique a relevé l’incapacité systématique de l’initiative à axer les efforts sur ses bénéficiaires cibles, les populations « mal desservies ». 

Une marée montante ne permet pas nécessairement de mettre à flot tous les navires. Trop souvent, on fait primer la croissance et relègue les intérêts des populations pauvres au second plan. Ces dernières font dès lors les frais de la croissance : dégradation de l’environnement, creusement des inégalités, corruption et marginalisation. Pour relayer la croissance économique et engager des ressources en faveur des pauvres, il convient de reconnaître et de combattre la réalité concrète du pouvoir et de la marginalisation. Les interventions de la banque ne doivent pas accentuer l’asymétrie de rapports de force déjà en faveur des grosses pointures.

Il faudra donc mettre l’accent sur la transparence, l’obligation de rendre des comptes et la participation. Le rôle que joue la banque dans la mobilisation des flux d’investissement dans les pays en développement est crucial. Mais il est encore plus important de faire en sorte que ces ressources servent à renforcer les capacités des agriculteurs, des travailleurs et des communautés.

Ensemble, nous devons nous assurer que la puissance du secteur privé est mise au service de la lutte contre la pauvreté dans le monde. La victoire contre la pauvreté en dépend. 

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