Extraction d’uranium au Niger : coup de projecteur sur une injustice

Mohammed Chikhaoui

Publié par Mohammed Chikhaoui

Oxfam International, Directeur pays d’Oxfam au Niger
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Si vous demandez à un Français d’où vient son électricité, il vous répondra sûrement fièrement de l’énergie nucléaire. La France possède l’un des complexes d’énergie nucléaire les plus importants au monde, fournissant de l’électricité à des centrales en Allemagne et en Europe de l’Est.

Mais la France ne dispose que de faibles ressources en uranium – et aujourd’hui aucun gisement en exploitation - pour alimenter son industrie nucléaire. Depuis plus de 50 ans, cela n’a pourtant jamais été un problème. Depuis l’accord signé avec un pays pauvre et enclavé, le Niger, en 1967, la France bénéficie de conditions plus que favorables.

Pour un contrat « gagnant – gagnant »

Entre 1971 et 2010, deux filiales d’Areva, le géant français du nucléaire, avaient extrait un total de 114 346 tonnes d’uranium au Niger, représentant une valeur d’exportation de 2 300 milliards de francs CFA (soit plus de 3,5 milliards d’euros). Sur cette somme, le Niger n’aurait touché que 300 milliards de Francs CFA (environ 459 millions d’euros, soit 11 millions d’euros par an), soit à peine 13% de cette valeur exportée.

Cela n’est évidemment pas équitable. Ce que demande Oxfam, c’est que le Niger signe un contrat « gagnant – gagnant », correspondant au souhait du pays de voir l’uranium contribuer à environ 20% de son budget national, soit environ 400 millions d’euros par an.

Areva et le gouvernement du Niger renégocient actuellement ce contrat. Mais comment le Niger peut-il tenir bon et obtenir ce qui lui revient de droit ? Le pays manque d’information sur les activités d’Areva et également d’expérience dans de telles négociations. Plus que tout, le Niger est dépendant de la France à travers son aide au développement, son soutien budgétaire et son assistance militaire.

Des négociations dans le plus grand secret

La France se place au 20e rang du dernier indice de développement humain, alors qu’on retrouve le Niger à la 187e et dernière place. Il est crucial que la France soit la plus transparente et équitable possible dans des négociations concernant un minerai aussi important pour le pays le plus pauvre au monde. C’est à ces conditions qu’elle dissipera toute suspicion de pression et d’exploitation. Malheureusement, l’attitude de la France est l’exact contraire de cela et ces négociations semblent se faire dans la plus grande opacité.

Pour aggraver le tout, il ne faut pas oublier les menaces sanitaires dues aux radiations, l’épuisement des ressources d’eau et l’impact environnemental. Des recherches supplémentaires, dont les résultats seront rendus publics, sont nécessaires pour déterminer l’impact de l’uranium sur la santé des travailleurs ainsi que sur les habitants de la région, tout comme sur l’environnement. Le Rotab, une organisation de la société civile nationale, et l’Aghir In’Man, une association locale, critiquent régulièrement Areva et le gouvernement du Niger pour leur négligence.

Le Rotab, membre de la coalition « Publiez ce que vous payez » est un partenaire d’Oxfam qui fait un travail de plaidoyer auprès des industries extractives pour que ces dernières soient plus transparentes et redevables. Dans la région d’Agadez et d’autres sites miniers, le Rotab forme les populations locales et les autorités pour participer aux débats budgétaires pour s’assurer que les revenus générés par les industries extractives soient gérés de manière plus transparente.

Mobilisation citoyenne

Je suis fier du rapport commun produit par Oxfam le mois dernier [22 novembre]. Nous devons mobiliser l’opinion publique pour faire pression sur le Niger afin qu’il établisse un partenariat plus équilibré sur l’exploitation du Niger, au profit des Nigériens.

Les communautés pastorales à travers les vastes terres désertiques du Nord du pays n’ont pas voix au chapitre dans les négociations complexes de permis minier. Et ils ne sont pas les seuls : c’est aussi le cas de nombreuses communautés rurales reculées dans le monde entier. Des millions de Nigériens vivent sans électricité, ni accès à l’éducation ou des services de santé. Dans un pays si vulnérable aux inondations et aux sècheresses, l’uranium devrait pouvoir permettre de se développer et de construire une économie résiliente aux chocs alimentaires et climatiques  tout en assurant à sa population un accès aux services de base.

Un des meilleurs moyens de changer la donne est de renforcer la société civile nigérienne qui tente d’aider les citoyen-ne-s à faire valoir leurs droits. A Oxfam, notre expérience nous fait dire que la plupart des progrès du partenariat entre Areva et le Niger sont le fruit du travail de militant-e-s sur le terrain. La société civile renforce et encourage les négociateurs du gouvernement nigérien à défendre plus fortement l’intérêt national. C’est la pression de la société civile qui a davantage sensibilisé les autorités à l’obligation de « redevabilité ». Oxfam continuera le même travail de plaidoyer au niveau international, en Europe et particulièrement en France.

Ces négociations avec Areva représentent une immense opportunité pour le Niger de mieux exploiter une de ses ressources les plus précieuses. La première chose à faire est de rendre ces négociations plus ouvertes et, grâce à un meilleur contrat, de s’assurer qu’Areva commence en 2014 à payer le véritable prix de son énergie.

Oxfam au Niger emploie 107 personnes et mène des programmes depuis 1992.

A vous d'agir

Signez la pétition pour des négociations plus justes et transparentes des contrats entre Areva et l’Etat du Niger