Devant une échoppe sous une tente, aux Philippines : un Père Noël, un sapin et des guirlandes

Après le typhon Haiyan, aux Philippines : un Noël pas comme les autres

23 Décembre, 2013 | Conflits et Urgences

Sur l’île de Bantayan, au nord de Cebu, j’ai trouvé un ukulélé de fabrication artisanale. Quand j’ai commencé à en jouer, les gens autour de moi se sont mis à chanter le célèbre chant de Noël « We wish you a merry Christmas ». Je ne sais pas vraiment qui d’entre nous était le plus surpris ! Aux Philippines, on fête Noël en grand. Dans la ville de Cebu, un panneau annonce pas moins de « douze semaines de fêtes de Noël ». Ca ne plaisante pas ! Noël est généralement l’événement le plus important de l’année. Mais cette année n’est pas une année comme les autres.  

Destruction in Santa Cruz, south of Tacloban

A Santa Cruz, au sud de Tacloban, seuls quelques bâtiments tiennent encore debout. Des cocotiers jonchent le sol, déracinés, ou coupés en deux. Lorsque le village a été submergé, au moment du passage du typhon Haiyan, une centaine de personnes s’est entassée dans une petite salle située à l’étage d’un bâtiment communautaire. D’autres ont survécu soit parce qu’elles avaient déjà quitté le village soit parce qu’elles ont réussi à s’agripper à l’un des arbres qui ont tenu bon face à l’assaut de la tempête. Leurs bras étroitement enroulés autour des troncs. Au cœur de la tempête, ils criaient, s’encourageaient, s’appelaient pour grimper plus haut dans les arbres, se donner la main les uns aux autres et tenir bon tous ensemble. Je ne sais combien ont survécu. Au moins 300 personnes ont perdu la vie. La plupart ont perdu leur maison, leurs biens, leurs moyens de subsistance.

Désormais abrités sous des tentes, ils ne possèdent bien souvent plus que quelques biens de première nécessité reçus à l’occasion de distributions d’aide humanitaire – de la nourriture, des kits d’hygiène, des matelas, des jerrycans, des ustensiles de cuisine. Alors que je marchais au milieu de décombres, j’ai pourtant eu la surprise de voir, à l’entrée d’une petite échoppe de fortune, un grand Père-Noël, un sapin de Noël et des guirlandes. On aurait dit la grotte du Père Noël ! « Nous avons trouvé ces décorations dans les décombres. Nous les avons nettoyées et accrochées, explique Rowen, 25 ans. Nous tenions à fêter Noël, d’une manière ou d’une autre. » 

Un Noël pas comme les autres

Rowen, comme toutes les personnes avec qui j’ai discuté, estime que « la fête de Noël cette année sera différente des autres années ». « Nous sommes heureux parce que nous avons survécu alors que d’autres n’ont pas eu cette chance. Nous fêterons bien Noël, mais dans la simplicité, cette année ». La plupart des gens expriment de la reconnaissance pour « la chance » qu’ils ont eue… J’ai entendu plus d’une fois dire : « nous fêterons Noël cette année dans le calme mais nous partagerons cette chance avec les autres ». D’habitude, de nombreuses fêtes sont organisées, on mange en abondance et on dépense beaucoup d’argent. 

L’un des chauffeurs d’Oxfam m’a raconté que de nombreuses personnes aux Philippines ont décidé, au lieu d’organiser des fêtes ou de dépenser tant d’argent, d’envoyer leurs économies pour venir en aide aux personnes touchées par le typhon Haiyan. Un autre chauffeur m’a confié : « Ce genre de choses vous fait apprécier ce qui compte vraiment dans la vie. C’est cela que je célèbrerai et pour lequel je rendrai grâce, ce Noël-ci. » Tous deux viennent de Tacloban.  

Se remettre debout

 'Roofless, homeless; but not hopeless – bangon Caldgcog'

Je vois ces mots, encore et encore, griffonnés sur des murs en ruines ou sur des pancartes, spécialement faites à cette intention : « bangon » et « tindog », « se lever » et « se mettre debout ». Deux mots qui résument bien l’esprit de ces gens. En cette période de Noël, à travers les Philippines et plus particulièrement dans les zones dévastées par le typhon, les gens se lève et tiennent bon, debout, déterminés à se soutenir mutuellement et à aider leurs communautés à se remettre de l’une des pires catastrophes qu’aient connue les Philippines.

Mais l’ampleur des dégâts est considérable. Pour une reconstruction durable, à long terme, les individus, les communautés et les Philippines dans leur ensemble ne peuvent rester seuls. 

De nombreuses personnes aux Philippines passeront ce Noël sans leurs proches, sans leur maison, sans toit, sans emploi. Mais malgré tout pas sans espoir

Je passerai pour ma part Noël à Tacloban, cette année. Où que vous soyez, je vous souhaite un joyeux Noël, sain et sauf et en paix.

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